DICTIONNAIRE PHILOSOPHIQUE : F comme FAIBLE

Publié le par loveVoltaire

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F comme FAIBLE.

 

 

 

(1)

 

 

 

 

         Foible, qu’on prononce faible, et que plusieurs écrivent ainsi, est le contraire de fort, et non de dur et de solide. Il peut se dire de presque tous les êtres. Il reçoit souvent l’article de : le fort et le faible d’une épée ; faible de reins ; armée faible de cavalerie ; ouvrage philosophique faible de raisonnement, etc.

 

         Le faible du cœur n’est point le faible de l’esprit ; le faible de l’âme n’est point celui du cœur. Une âme faible est sans ressort et sans action ; elle se laisse aller à ceux qui la gouvernent.

 

         Un cœur faible s’amollit aisément, change facilement d’inclinations, ne résiste point à la réduction, à l’ascendant qu’on veut prendre sur lui, et peut subsister avec un esprit fort ; car on peut penser fortement et agir faiblement. L’esprit faible reçoit les impressions sans les combattre, embrasse les opinions sans examen, s’effraye sans cause, tombe naturellement dans la superstition.

 

         Un ouvrage peut être faible par les pensées ou par le style : par les pensées, quand elles sont trop communes, ou lorsque, étant justes, elles ne sont pas assez approfondies ; par le style, quand il est dépourvu d’images, de tours, de figures qui réveillent l’attention. Les oraisons funèbres de Mascaron sont faibles, et son style n’a point de vie, en comparaison de Bossuet.

 

         Toute harangue est faible quand elle n’est pas relevée par des tours ingénieux et par des expressions énergiques ; mais un plaidoyer est faible quand avec tout le secours de l’éloquence et toute la véhémence de l’action, il manque de raison. Nul ouvrage philosophique n’est faible, malgré la faiblesse d’un style lâche, quand le raisonnement est juste et profond. Une tragédie est faible, quoique le style en soit fort, quand l’intérêt n’est pas soutenu. La comédie la mieux écrite est faible, si elle manque de ce que les Latins appelaient vis comica, la force comique ; c’est ce que César reproche à Térence :

 

 

                            Lenibus atque utinam scriptis adjuncta foret vis

                            Comica !

 

 

         C’est surtout en quoi a péché souvent la comédie nommée larmoyante (2). Les vers faibles ne sont pas ceux qui pèchent contre les règles, mais contre le génie ; qui, dans leur mécanique, sont sans variété, sans choix de termes, sans heureuses inversions, et qui, dans leur poésie, conservent trop la simplicité de la prose. On ne peut mieux sentir cette différence qu’en comparant les endroits que Racine et Campistron son imitateur ont traités.

 

 

 

FAIBLE

 

 

1 – A paru dans l’Encyclopédie.

 

2 – Le chef de l’école larmoyante au théâtre fut La Chaussée. (G.A.)

 

 

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