CONTE EN VERS : La mule du pape

Publié le par loveVoltaire

CONTE EN VERS-LA MULE-Partie 24

 

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LA MULE DU PAPE

 

 

− 1733 −

 

 

(1)

 

 

 

 

 

 

Frères très chers, on lit dans saint Matthieu

Qu’un jour le diable emporta le bon Dieu

Sur la montagne, et puis lui dit : « Beau sire,

Vois-tu ces mers, vois-tu ce vaste empire,

L’Etat romain de l’un à l’autre bout ? »

L’autre reprit : « Je ne vois rien du tout,

Votre montagne en vain serait plus haute. »

Le diable dit : « Mon ami, c’est ta faute.

Mais avec moi veux-tu faire un marché ? »

« Oui-dà, dit Dieu, pourvu que sans péché

Honnêtement nous arrangions la chose. »

« Or, voici donc ce que je te propose,

Reprit Satan : Tout le monde est à moi,

Depuis Adam j’en ai la jouissance ;

Je me démets, et tout sera pour toi,

Si tu me veux faire la révérence. »

 

Notre Seigneur, ayant un peu rêvé,

Dit au démon que, quoique en apparence

Avantageux le marché fût trouvé,

Il ne pouvait le faire en conscience,

Car il avait appris dans son enfance

Qu’étant si riche, on fait mal son salut.

Un temps après, notre ami Belzébuth

Alla dans Rome : or, c’était l’heureux âge

Où Rome avait fourmilière d’élus ;

Le pape était un pauvre personnage,

Pasteur de gens, évêque, et rien de plus.

L’Esprit malin s’en va droit au saint-père,

Dans son taudis l’aborde, et lui dit : « Frère,

Je te ferai, si tu veux, grand seigneur. »

A ce seul mot l’ultramontain pontife

Tombe à ses pieds, et lui baise la griffe.

Le farfadet, d’un air de sénateur,

Lui met au chef une triple couronne :

« Prenez, dit-il, ce que Satan vous donne ;

Servez-le bien, vous aurez sa faveur. »

 

O papegots, voilà la belle source

De tous vos biens, comme savez. Et pour ce

Que le saint-père avait en ce tracas

Baisé l’ergot de messer Satanas,

Ce fut depuis chose à Rome ordinaire

Que l’on baisât la mule du saint-père.

Ainsi l’ont dit les malins huguenots

Qui du papisme ont blasonné l’histoire :

Mais ces gens-là sentent bien les fagots ;

Et, grâce au ciel, je suis loin de les croire.

Que s’il advient que ces petits vers-ci

Tombent ès-mains de quelque galant homme,

C’est bien raison qu’il ait quelque souci

De les cacher, s’il fait voyage à Rome.

 

 

CONTE EN VERS-LA MULE-Partie 24 

 

 

1 – Ce conte figure dans les œuvres de Grécourt avec quelques variantes. (G.A.)

 

 

 

 

 

 

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