Monsieur de Voltaire
A MADAME NECKER (1)
− 1776 −
J’étais nonchalamment tapi
Dans le creux de cette statue (2).
Contre laquelle a tant glapi
Des méchants l’énorme cohue ;
Je voulais d’un écrit galant
Cajoler la belle héroïne
Qui me fit un si beau présent
Du haut de la double colline.
Mais on m’apprend que votre époux,
Qui sur la croupe du Parnasse
S’était mis à côté de vous,
A changé tout à coup de place ;
Qu’il va de la cour de Phébus,
Petite cour assez brillante,
A la grosse cour de Plutus,
Plus solide et plus importante.
Je l’aimai lorsque dans Paris
De Colbert il prit la défense,
Et qu’au Louvre il obtint le prix
Que le goût donne à l’éloquence.
A monsieur Turgot j’applaudis,
Quoiqu’il parût d’un autre avis
Sur le commerce et la finance.
Il faut qu’entre les beaux esprits
Il soit un peu de différence,
Qu’à son gré chaque mortel pense,
Qu’on soit honnêtement en France
Libre et sans fard dans ses écrits.
On peut tout dire, on peut tout croire :
Plus d’un chemin mène à la gloire,
Et quelquefois au paradis.
1 – Son mari venait d’être nommé directeur du trésor public. (G.A.)
2 – Voir les Stances à la même dame. (G.A.)
Merci pour le fou-rire.
Par contre, vous LoveV, je vous vois bien à la porte du paradis, posant la question :"aimez-vous Voltaire ?" .
A ceux qui répondent "non", je propose de les envoyer en compagnie de JJ Rousseau pour l'éternité ! pour commencer ....
Non, Mister James, je poserai autrement la question car n'importe qui peut répondre oui...
En revanche, si la question est : Que pensez-vous de Voltaire ? Là, il y aura débat et je pense qu'il sera beaucoup plus difficile de franchir le seuil de la
porte !
Il est bien évident que, pour vous, elle sera grande ouverte, sans autre forme de procès. ![]()
... Pourrais-je rentrer aussi ?
Je vous explique : aimer Volti pour un bon catho superficiel de base, c'est aimer le diable, l'antichrist , donc répondre "oui" pour eux me semble difficile (mais pas impossible me souffle mon bon ange ) ...
"Admirer Voltaire est le signe infaillible d'une âme corrompue !"
Ahhhh !!! Je suis perdue et vous aussi, James !
Soit !
Je me contenterai du paradis, je connais le gardien, un ange voltairien ...