ZULIME - Partie 3 : Acte deuxième

Publié le par loveVoltaire

     ZULIME - ACTE DEUXIEME

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Z U L I M E

 

 

 

 

ACTE DEUXIÈME.

 

 

 

SCÈNE I.

 

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RAMIRE, IDAMORE

 

_______

 

 

 

IDAMORE.

 

Oui, Dieu même est pour nous ; oui, ce Dieu de la guerre

Nous appelle sur l’onde et désarme la terre.

Vous voyez les sujets du triste Bénassar

Suspendre leurs fureurs au pied de ce rempart :

Ils ont quitté ces traits, ces funestes machines

Qui des murs d’Arsénie apportaient les ruines,

Tour ce grand appareil qui, dans quelques moments,

Pouvait de ce palais briser les fondements.

Cependant l’heure approche où la mer favorable

Va quitter avec nous ce rivage effroyable.

Seigneur, au nom d’Atide, au nom de nos malheurs,

Et de tant de périls, et de tant de douleurs,

Par le salut public devant qui tout s’efface,

Par ce premier devoir des rois de notre race,

Ne songez qu’à partir, et ne rougissez pas

Des bontés de Zulime et de ses attentats :

Ne fuyez point les dons de sa main bienfaisante,

Envers les siens coupable, envers nous innocente ;

Entouré d’ennemis dans ce séjour d’horreur,

Craignez…

 

RAMIRE.

 

Mes ennemis sont au fond de mon cœur.

Atide l’a voulu ; c’est assez, Idamore.

 

IDAMORE.

 

Comment ! quel repentir peut vous troubler encore ?

Qui vous retient ?

 

RAMIRE.

 

L’honneur. Crois-tu qu’il soit permis

D’être injuste, infidèle, et traître à ses amis ?

 

IDAMORE.

 

Non, sans doute, seigneur, et ce crime est infâme.

 

RAMIRE.

 

Est-il donc plus permis de trahir une femme,

De la conduire au piège, et de l’abandonner ?

 

IDAMORE.

 

Un plus grand intérêt doit vous déterminer.

Voudriez-vous livrer à l’horreur des supplices

Ceux qui vous ont voué leur vie et leurs services ?

Entre Zulime et nous il est temps de choisir.

 

RAMIRE.

 

Eh bien ! qui de vous tous me faut-il donc trahir ?

Faut-il que, malgré nous, il soit des conjonctures

Où le cœur égaré flotte entre les parjures ?

Où la vertu sans force, et prête à succomber,

Ne voit que des écueils, et tremble d’y tomber ?

Tu sais ce que pour nous Zulime a daigné faire ;

Elle renonce à tout, à son trône, à son père,

A sa gloire, en un mot ; il faut en convenir.

Armé de ses bienfaits, moi j’irais l’en punir !

C’est trop rougir de moi : plains ma douleur mortelle.

 

IDAMORE.

 

Rougissez de tarder, Valence vous appelle ;

Les moments sont bien chers ; et si vous hésitez…

 

RAMIRE.

 

Non ; je vais m’expliquer, et lui dire…

 

IDAMORE.

 

Arrêtez ;

Gardez-vous d’arracher un voile nécessaire :

Laissez-lui son erreur, cette erreur est trop chère.

Pour entraîner Zulime à ses égarements,

Vous n’employâtes point l’art trompeur des amants.

Sensible, généreuse, et sans expérience,

Elle a cru n’écouter que la reconnaissance ;

Elle ne savait pas qu’elle écoutait l’amour.

Tous vos soins empressés la perdaient sans retour ;

Dans son illusion nous l’avons confirmée :

Enfin elle vous aime, elle se croit aimée.

De quel jour odieux ses yeux seraient frappés !

Il n’est de malheureux que les cœurs détrompés.

Réservez pour un temps plus sûr et plus tranquille

De ces droits délicats l’examen difficile.

Lorsque vous serez roi, jugez et décidez :

Ici Zulime règne, et vous en dépendez.

 

RAMIRE.

 

Je dépends de l’honneur ; votre discours m’offense.

Je crains l’ingratitude, et non pas sa vengeance.

Quoi qu’il puisse arriver, un cœur tel que le mien

Lui tiendra sa parole, ou ne promettra rien.

 

IDAMORE.

 

Tremblez donc : son amour peut se tourner en rage.

Atide de son sang peut payer cet outrage.

 

RAMIRE.

 

Cher Idamore, au bruit de son moindre danger,

De ces lieux ennemis va, cours la dégager.

Sois sûr que de Zulime arrêtant la poursuite,

Avant que d’expirer j’assurerai sa fuite.

 

IDAMORE.

 

Vous vous connaissez mal en ces extrémités ;

Atide et vos amis mourront à vos côtés.

Mais non, votre prudence et la faveur céleste

Ne nous annoncent point une fin si funeste.

Zulime est encor loin de vouloir se venger ;

Peut-elle craindre, hélas ! qu’on la veuille outrager ?

Son âme tout entière à son espoir livrée,

Aveugle en ses bontés, et d’amour enivrée,

Goûte d’un calme heureux le dangereux sommeil…

 

RAMIRE.

 

Que je crains le moment de son affreux réveil !

 

IDAMORE.

 

Cachez donc à ses yeux la vérité cruelle,

Au nom de la patrie… On approche, c’est elle.

 

RAMIRE.

 

Va, cours après Atide, et reviens m’avertir

Si les mers et les vents m’ordonnent de partir.

 

 

 

 

SCÈNE II.

 

_______

 

ZULIME, RAMIRE, SÉRAME

 

_______

 

 

 

ZULIME.

 

Oui, nous touchons, Ramire, à ce moment prospère

Qui met en sûreté cette tête si chère.

En vain nos ennemis (car j’ose ainsi nommer

Qui voudrait désunir deux cœurs nés pour s’aimer),

En vain tous ces guerriers, ces peuples que j’offense,

De mon malheureux père ont armé la vengeance.

Profitons des instants qui nous sont accordés :

L’amour nous conduira, puisqu’il nous a gardés ;

Et je puis dès demain rendre à votre patrie

Ce dépôt précieux qu’à moi seul il confie.

Il ne me reste plus qu’à m’attacher à vous

Par les nœuds éternels et de femme et d’époux.

Grâce à ces noms si saints, ma tendresse épurée

En est plus respectable, et non plus assurée.

Le père, les amis que j’ose abandonner,

Le ciel, tout l’univers, doivent me pardonner,

Si de tant de héros la déplorable fille

Pour un époux si cher oublia sa famille.

Prenons donc à témoin ce Dieu de l’univers,

Que nous servons tous deux par des cultes divers ;

Attestons cet auteur de l’amour qui nous lie,

Non que votre grande âme à la mienne est unie

(Nos cœurs n’ont pas besoin de ces vœux solennels) ;

Mais que bientôt, seigneur, au pied de vos autels

Vos peuples béniront, dans la même journée,

Et votre heureux retour, et ce grand hyménée.

Mettons près des humains ma gloire en sûreté ;

Du Dieu qui nous entend méritons la bonté :

Et cessons de mêler, par trop de prévoyance,

Le poison de la crainte à la douce espérance.

 

RAMIRE.

 

Ah ! vous percez un cœur destiné désormais

A d’éternels tourments, plus grands que vos bienfaits.

 

ZULIME.

 

Eh ! qui peut vous troubler quand vous m’avez su plaire ?

Les chagrins sont pour moi ; la douleur de mon père,

Sa vertu, cet opprobre à ma fuite attaché,

Voilà les déplaisirs dont mon cœur est touché :

Mais vous qui retrouvez un sceptre, une couronne,

Vos parents, vos amis, tout ce que j’abandonne,

Qui de votre bonheur n’avez point à rougir ;

Vous qui m’aimez enfin…

 

RAMIRE.

 

Pourrais-je vous trahir ?

Non, je ne puis.

 

ZULIME.

 

Hélas ! je vous en crois sans peine :

Vous sauvâtes mes jours, je brisai votre chaîne ;

Je vois en vous, Ramire, un vengeur, un époux :

Vos bienfaits et les miens, tout me répond de vous.

 

RAMIRE.

 

Sous un ciel inconnu le destin vous envoie.

 

ZULIME.

 

Je le sais, je le veux, je le cherche avec joie ;

C’est vous qui m’y guidez.

 

RAMIRE.

 

C’est à vous de juger

Qu’on a tout à souffrir chez un peuple étranger ;

Coutumes, préjugés, mœurs, contraintes nouvelles,

Abus devenus droits, et lois souvent cruelles.

 

ZULIME.

 

Qu’importe à notre amour ou leurs mœurs ou leurs droits ?

Votre peuple est le mien, vos lois seront mes lois.

J’en ai quitté pour vous, hélas : de plus sacrées ;

Et qu’ai-je à redouter des mœurs de vos contrées ?

Quels sont donc les humains qui peuplent vos Etats ?

Ont-ils fait quelques lois pour former des ingrats ?

 

RAMIRE.

 

Je suis loin d’être ingrat ; non, mon cœur ne peut l’être.

 

ZULIME.

 

Sans doute…

 

RAMIRE.

 

Mais en moi vous ne verriez qu’un traître,

Si, tout prêt à partir, je cachais à vos yeux

Un obstacle fatal opposé par les cieux.

 

ZULIME.

 

Un obstacle !

 

RAMIRE.

 

Une loi formidable, éternelle.

 

ZULIME.

 

Vous m’arrachez le cœur ; achevez, quelle est-elle ?

 

RAMIRE.

 

C’est la religion… Je sais qu’en vos climats,

Où vingt peuples mêlés ont changé tant d’Etats,

L’hymen unit souvent ceux que leur loi divise.

En Espagne autrefois cette indulgence admise

Désormais parmi nous est un crime odieux :

La loi dépend toujours et des temps et des lieux.

Mon sang dans mes Etats m’appelle au rang suprême,

Mais il est un pouvoir au-dessus de moi-même.

 

ZULIME.

 

Je t’entends, cher Ramire, il faut t’ouvrir mon cœur :

Pour ma religion j’ai connu ton horreur,

J’en ai souvent gémi ; mais, s’il ne faut rien taire,

A mon âme en secret tu la rendis moins chère.

Soit erreur ou raison, soit ou crime ou devoir,

Soit du plus tendre amour l’invincible pouvoir,

(Puisse le juste ciel excuser mes faiblesses !)

Du sang en ta faveur j’ai bravé les tendresses ;

Je pourrai t’immoler, par de plus grands efforts,

Ce culte mal connu de ce sang dont je sors :

Puisqu’il t’est odieux, il doit un jour me l’être.

Fidèle à mon époux, et soumise à mon maître,

J’attendrai tout du temps et d’un si cher lien.

Mon cœur servirait-il d’autre Dieu que le tien ?

Je vois couler tes pleurs ; tant de soin, tant de flamme,

Tant d’abandonnement, ont pénétré ton âme.

Adressons l’un et l’autre au Dieu de tes autels

Ces pleurs que l’amour verse, et ces vœux solennels.

Qu’Atide y soit présente ; elle approche ; elle m’aime :

Que son amitié tendre ajoute à l’amour même !

Atide !

 

RAMIRE.

 

C’en est trop ; et mon cœur déchiré…

 

 

 

 

 

SCÈNE III.

 

_______

 

ZULIME, RAMIRE, ATIDE, SÉRAME

 

_______

 

 

 

ATIDE.

 

Madame, dans ces murs votre père est entré.

 

ZULIME.

 

Mon père !

 

ATIDE.

 

Lui !

 

ZULIME.

 

Grand Dieu !

 

ATIDE.

 

Sans soldats, sans escorte,

Sa voix de ce palais s’est fait ouvrir la porte.

A l’aspect de ses pleurs et de ses cheveux blancs,

De ce front couronné, respecté si longtemps,

Vos gardes interdits, baissant pour lui les armes,

N’ont pas cru vous trahir en partageant ses larmes.

Il approche, il vous cherche.

 

ZULIME.

 

O mon père ! ô mon roi !

Devoir, nature, amour, qu’exigez-vous de moi ?

 

ATIDE.

 

Il va, n’en doutez point, demander notre vie.

 

RAMIRE.

 

Donnez-lui tout mon sang, je vous le sacrifie ;

Mais conservez du moins…

 

ZULIME.

 

Dans l’état où je suis,

Pouvez-vous bien, cruel, irriter mes ennuis ?

Tombent, tombent sur moi les traits de sa vengeance !

Allez, Atide, et vous, évitez sa présence.

C’est le premier moment où je puis souhaiter

De me voir sans Ramire, et de vous éviter.

Allez, trop digne époux de la triste Zulime ;

Ce titre si sacré me laisse au moins sans crime.

 

ATIDE.

 

Qu’entends-je ? son époux ?

 

RAMIRE.

 

On vient, suivez mes pas ;

Plaignez mon sort, Atide, et ne m’accusez pas.

 

 

 

 

 

SCÈNE IV.

 

_______

 

ZULIME, BÉNASSAR, SÉRAME

 

_______

 

 

 

ZULIME.

 

Le voici, je frissonne, et mes yeux s’obscurcissent.

Terre, que devant lui tes gouffres m’engloutissent !

Sérame, soutiens-moi.

 

BÉNASSAR.

 

C’est elle !

 

ZULIME.

 

O désespoir !

 

BÉNASSAR.

 

Tu détournes les yeux, et tu crains de me voir !

 

ZULIME.

 

Je me meurs ! Ah, mon père !

 

BÉNASSAR.

 

O toi, qui fus ma fille !

Cher espoir autrefois de ma triste famille,

Toi qui dans mes chagrins étais mon seul recours,

Tu ne me connais plus ?

 

ZULIME, à genoux.

 

Je tombe en frémissant à ces pieds que j’embrasse,

Je les baigne de pleurs, et je n’ai point l’audace

De lever jusqu’à vous un regard criminel,

Qui ferait trop rougir votre front paternel.

 

BÉNASSAR.

 

Sais-tu quelle est l’horreur dont ton crime m’accable.

 

ZULIME.

 

Je sais trop qu’à vos yeux il est inexcusable.

 

BÉNASSAR.

 

J’aurais pu te punir, j’aurais pu dans ces tours

Ensevelir ma honte et tes coupables jours.

 

ZULIME.

 

Votre colère est juste, et je l’ai méritée.

 

BÉNASSAR.

 

Tu vois trop que mon cœur ne l’a point écoutée.

Lève-toi ; ta douleur commence à m’attendrir,

 

(Elle se relève.)

 

Et le cœur de ton père attend ton repentir.

Tu sais si dans ce cœur, trop indulgent, trop tendre,

Les cris de la nature ont su se faire entendre.

Je vivais dans toi seule, et jusques à ce jour

Jamais père à son sang n’a marqué plus d’amour.

Tu sais si j’attendais qu’au bout de ma carrière

Ma bouche en expirant nommât mon héritière,

Et cédât, malgré moi, par des soins superflus,

Ce qui dans ces moments ne nous appartient plus.

Je n’ai que trop vécu : ma prodigue tendresse

Prévenait par ses dons ma caduque vieillesse ;

Je te donnais pour dot, en engageant ta foi,

Ces trésors, ces Etats que je quittais pour toi,

Et tu pouvais choisir entre les plus grands princes

Qui des bords syriens gouvernent les provinces :

Et c’est dans ces moments que, fuyant de mes bras,

Toi seule à la révolte excites mes soldats,

M’arraches mes sujets, m’enlèves mes esclaves,

Outrages mes vieux ans, m’abandonnes, me braves !

Quel démon t’a conduite à cet excès d’horreur ?

Quel monstre a corrompu les vertus de ton cœur ?

Veux-tu ravir un rang que je te sacrifie ?

Veux-tu me dépouiller de ce reste de vie ?

Ah, Zulime ! ah, mon sang ! par tant de cruauté

Veux-tu punir ainsi l’excès de ma bonté ?

 

ZULIME.

 

Seigneur, mon souverain, j’ose dire mon père,

Je vous aime encor plus que je ne vous fus chère.

Régnez, vivez heureux, ne vous consumez plus

Pour cette criminelle en regrets superflus.

De mon aveuglement moi-même épouvantée,

Expirant des regrets dont je suis tourmentée,

Et de votre tendresse et de votre courroux,

Je pleure ici mon crime à vos sacrés genoux ;

Mais ce crime si cher a sur moi trop d’empire ;

Vous n’avez plus de fille, et je suis à Ramire.

 

BÉNASSAR.

 

Que dis-tu ? malheureuse ! opprobre de mon sort !

Quoi ! tu joins tant de honte à l’horreur de ma mort !

Qui, Ramire ! un captif ! Ramire t’a séduite !

Un barbare t’enlève, et te force à la fuite !

Non, dans ton cœur séduit, d’un fol amour atteint,

Tout l’honneur de mon sang n’est pas encore éteint ;

Tu ne souilleras point d’une tache si noire

La race des héros, ma vieillesse et ma gloire.

Quelle honte, grand Dieu ! suivrait un sort si beau !

Veux-tu déshonorer ma vie et mon tombeau ?

De mes folles bontés quel horrible salaire !

Ma fille, un suborneur est-il donc plus qu’un père ?

Repens-toi, suis mes pas, viens, sans plus m’outrager.

 

ZULIME.

 

Je voudrais obéir ; mon sort ne peut changer.

Approuvée en Europe, en vos climats flétrie,

Il n’est plus de retour pour moi dans ma patrie.

Mais si le nom d’esclave aigrit votre courroux,

Songez que cet esclave a combattu pour vous ;

Qu’il vous a délivré d’une main ennemie ;

Que vos persécuteurs ont demandé sa vie ;

Que j’acquitte envers lui ce que vous lui devez ;

Qu’à d’assez grands honneurs ses jours sont réservés ;

Qu’il est du sang des rois, et qu’un héros pour gendre,

Un prince vertueux…

 

BÉNASSAR.

 

Je ne veux plus t’entendre,

Barbare ! que les cieux partagent ma douleur !

Que ton indigne amant soit un jour mon vengeur !

Il le sera sans doute, et j’en reçois l’augure.

Tous les enlèvements sont suivis du parjure.

Puisse la perfidie et la division

Etre le digne fruit d’une telle union !

J’espère que le ciel, sensible à mon outrage,

Accourcira bientôt, dans les pleurs, dans la rage,

Tes jours infortunés que ma bouche a maudits,

Et qu’on te trahira comme tu me trahis.

Coupable de la mort qu’ici tu me prépares,

Lâche, tu périras par des mains plus barbares :

Je le demande aux cieux ; perfide, tu mourras

Aux pieds de ton amant qui ne te plaindra pas.

Mais avant de combler son opprobre et sa rage,

Avant que le cruel t’arrache à ce rivage,

J’y cours ; et nous verrons si tes lâches soldats

Seront assez hardis pour t’ôter de mes bras,

Et si, pour se ranger sous les drapeaux d’un traître,

Ils fouleront aux pieds et ton père et leur maître.

 

 

 

 

 

SCÈNE V.

 

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ZULIME, SÉRAME

 

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ZULIME.

 

Seigneur… Ah ! cher auteur de mes coupables jours !

Voilà quel est le fruit de mes tristes amours !

Dieu qui l’as entendu, Dieu puissant que j’irrite,

Aurais-tu confirmé l’arrêt que je mérite ?

La mort et les enfers paraissent devant moi :

Ramire, avec plaisir j’y descendrais pour toi.

Tu me plaindras sans doute… Ah ! passion funeste !

Quoi ! les larmes d’un père, et le courroux céleste,

Les malédictions prêtes à m’accabler,

Tout irrite les feux dont je me sens brûler !

Dieu ! je me livre à toi : si tu veux que j’expire,

Frappe ; mais réponds-moi des larmes de Ramire.

 

 

 

                                                        ZULIME - ACTE DEUXIEME

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