POESIE : Sur M. le duc d'Orléans

Publié le par loveVoltaire

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 Photo de PAPAPOUSS

 

 

 

 

 

 

 

SUR M. LE DUC D’ORLÉANS

 

ET MADAME DE BERRY, SA FILLE

 

 

 

(1)

 

 

 

  1716 

 

 

 

 

 

Ce n’est point le fils, c’est le père ;

C’est la fille et non point la mère ;

A cela près tout va des mieux.

Ils ont déjà fait Etéocle ;

S’il vient à perdre les deux yeux,

C’est le vrai sujet de Sophocle (2).

 

 

 POESIE-SUR M. LE DUC

 

 

 

 

1 – Cette épigramme et la suivante firent exiler Voltaire de Paris. Le poète les désavoua en 1716 dans un autre couplet, Au Régent.(G.A.)

 

2 – En ce moment Voltaire travaillait à sa tragédie d’Œdipe, et, quant au régent, il était menacé de devenir aveugle. (G.A.)

 

 

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anton erecinski 20/05/2017 02:44

Dans son histoire de la vie quotidienne sous la Régence, Charles Künstler mentionne que dans le parc du château de la Muette, la Duchesse de Berry composait des tableaux vivants « au naturel » d'après des bas-reliefs antiques. Réservés à quelques privilégiés ces spectacles dans lesquels la princesse jouait le premier rôle, parée des attributs de quelque fameuse déesse païenne, montraient l'Enlèvement d'Europe, Diane surprise au bain par Actéon, ou encore le Jugement de Pâris à propos duquel l’auteur précise : “Ce « jugement » fut trouvé si réussi qu'on le revit, au Luxembourg, lors d'un souper.” Moment « épicé » du repas, ce tableau-vivant représenté à la gloire de Madame de Berry servait de prélude à toutes sortes de jeux amoureux. La Duchesse ne se contentait pas en effet de « mettre en scène » ces tableaux-vivants. Métamorphosée en statue de chair, elle était aussi la grande protagoniste de ces « jeux de rôle » bien arrosés de vins et de spiritueux finissant le plus souvent en orgies. Dans sa biographie du Régent (1845), Capefigue évoque brièvement la reconstitution de la célèbre scène du Jugement de Pâris montée à l'occasion d'une orgie du Régent et il ne fait aucun mystère de la participation active de la Duchesse à ces divertissements grivois : « Plus d'une fois au dessert, quand les têtes étaient ivres et les femmes échevelées, on improvisait des représentations cyniques, et les Mémoires nous ont conservé le Jugement de Paris, représenté d'après les bas-reliefs de l'école antique et nue de la Grèce et de Rome, par Mme de Parabère (Junon), Mme de Berry (Vénus); Mme d'Averne s'était réservé le rôle de Minerve. Souvent ces scènes d'ivresse avaient lieu dans le propre palais de la duchesse de Berry au Luxembourg. » Mais si la Berry est Vénus qui donc lui remet la pomme d'or ? Selon les mauvaises langues c'est le Régent en personne qui tient le rôle de Pâris et offre donc la pomme à sa fille... Ce tableau vivant associé aux rumeurs d'inceste entre la princesse et son père prétend-il reconstituer Le jugement de Paris peint par Rubens ?

Comme le suggère son surnom, “Joufflotte”, la Duchesse de Berry était une déesse charnue, d'une beauté très rubènienne. Mais, face à la rumeur d'un « jugement de Pâris » à relents d'inceste dont la duchesse de Berry serait la protagoniste évoquons plutôt le chef d'oeuvre d'un peintre fort inspiré par Rubens, Watteau. C'est aux débuts de la Régence que Watteau peint avec un immense talent ce même sujet mythologique, représentant la déesse de l'amour de dos, blonde toute en rondeurs, aux formes appétissantes et d'une sensualité triomphante. On ne distingue pas le visage de cette jeune beauté, et cet « anonymat » incita l'un ou l'autre auteur (citons Eugène Brieux dans sa pièce de théâtre « La Régence ») à imaginer que Watteau, ce peintre admirable et dont l'oeuvre exprime merveilleusement le climat de liberté associé à la Régence, aurait pris pour modèle de sa Vénus la fille du Régent en personne ! On sait que Watteau travailla pour la Duchesse de Berry, mais peut-on imaginer qu'elle aurait posée pour lui dans le plus simple appareil, lui dévoilant ses charmes avec une impudeur si délicieuse ? Watteau dissimule les traits de son modèle, mais il s'attarde à figurer avec réalisme et sensualité frémissante les belles fesses et les chairs fermes de sa jeune déesse. Princesse de sang et première Dame du royaume, jalouse de ses prérogatives et possédée d'un intolérable orgueil, la Berry se choisit pourtant les amants les plus « communs », manifestant ainsi un bel esprit démocratique avant la lettre, au grand effroi de ses contemporains qui n'y voient que l'expression de sa folie congénitale et de son abjecte dépravation.

Si la vaniteuse Duchesse s'exhibe « au naturel » en Vénus, pourquoi se priverait-elle de faire admirer aussi son corps de déesse, tout en fossettes et en rondeurs ? Veuve et libre, elle a vingt ans et se trouve dans l'épanouissement de sa beauté. Pourquoi alors ne ferait-elle pas immortaliser sur la toile du peintre le témoignage éternel des pouvoirs de séduction de son corps de déesse ? Nudité ensorcelante d'une inconnue dont le peintre nous masque l'identité. Princesse ou soubrette, la Vénus de Watteau est un hymne à l'explosion amoureuse de la Régence dont la Duchesse de Berry est la figure emblématique, trop vite consumée au feu du plaisir.