POESIE : Au Régent

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AU RÉGENT

 

 

(1)

 

 

 

  1716 

 

 

 

 

 

 

Non, monseigneur, en vérité,

Ma muse n’a jamais chanté

Ammonites ni Moabites.

Brancas (2) vous répondra de moi.

Un rimeur sorti des jésuites

Des peuples de l’ancienne loi

Ne connaît que les Sodomites.

 

 

 

 POESIE-AU REGENT

 

 

 

 

1 – Ce couplet, qui désavoue l’épigramme « A Madame la duchesse de Berry, fille du régent » fut envoyé au régent après que le poète eût obtenu sa grâce. (G.A.)

 

2 – Voyez la lettre à ce duc, Sully - 1716

 

 

 

 

 

 

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anton erecinski 27/05/2017 01:35

Présente à la première de l'Œdipe de Voltaire la duchesse de Berry poursuit sa quête permanente de plaisirs et de représentations mondaines alors qu’elle avance dans sa grossesse. Le 28 novembre 1718, elle retourne voir l'Œdipe à la Comédie-Française. Le 7 décembre elle est à l’Opéra pour voir « Sémiramis », trônant comme une impératrice sur l’amphithéâtre où elle a fait dresser un fauteuil et réservé 30 places pour les dames qui l’accompagnent. Le 14 janvier 1719 la duchesse est à la Comédie-Française où elle mène à son ordinaire beaucoup de dames et a retenu plusieurs loges. Elle va très souvent à l’Opéra pour les soirs de carnaval : le 19 février 1719 comme le note Dangeau « Madame la duchesse de Berry demeura au bal jusqu’à quatre heures du matin ». L’orgueilleuse princesse méprise ouvertement toutes les lois de la nature ou de la bienséance, mais sa grossesse est un secret public dont le tout Paris parle ouvertement… Lorsque Madame de Berry parade à la Comédie Française ou à l'Opéra avec toute sa suite, les curieux se paient une pinte de bon sang, pointant du doigt les formes rebondies de la jeune veuve, qui ne parvient plus à dissimuler sous ses robes à panier la protubérance de son ventre fécondé, si lourd qu’elle doit parfois le soutenir d’une main, tandis qu’elle s'obstine à mener le bal et à s'exhiber en public.

Un incident manque de faire grand scandale lorsque la princesse assiste de nouveau à une représentation d’Œdipe. Dangeau écrit en date du samedi 11 février 1719 « On joua la comédie d'OEdipe chez le roi [Louis XV]. Madame la duchesse de Berry y étoit à côté de lui, en grand habit, et toutes les dames qui étoient sous les yeux du roi étoient en grand habit aussi ; mais sur les gradins derrière le roi et dans les tribunes, elles étoient dans leurs habits ordinaires. La pièce fut fort applaudie. Les ambassadeurs de l'empereur, du roi de Portugal et du roi de Sardaigne, y étoient. Quoique le lieu soit assez petit, et qu'il y eût beaucoup de monde, l'ordre y fut très-grand. Madame la duchesse de Berry s'y trouva incommodée un moment par la grande chaleur ; on fit ouvrir une fenêtre ; on lui donna quelques petites bouteilles d'eau d'odeur forte à sentir, qui dissipèrent cette petite vapeur-là, qui ne dura pas plus de deux minutes. »

On dit que la duchesse s’évanouit lorsque le public applaudit bruyamment un passage de la pièce faisant référence à l’inceste entre Œdipe et sa mère. La voyant indisposée certains spectateurs avides de scandales chuchotent que la future mère a des contractions et va se délivrer en plein théâtre du fruit de ses amours incestueuses. Ils sont vite déçus car la princesse revient à elle. Comme l’écrit Edouard de Barthélémy « Il est permis de croire que la princesse succomba à l'émotion de quelques applaudissements significatifs et paya de la sorte la maladroite audace qu'il y avait à venir inutilement s'afficher dans un moment où le déchaînement de l'opinion était peut-être plus violent encore par suite de son état avancé de grossesse qui n'était un secret pour personne. »

anton erecinski 21/05/2017 00:24

Dans le volume de son « Histoire de France » consacré à la Régence, Jules Michelet écrit avec talent la venue du Régent et de sa fille, la duchesse de Berry, à la première de l'Œdipe de Voltaire le 18 novembre 1718 à la Comédie-Française. Les rumeurs d'une relation incestueuse de Philippe avec sa fille avaient rendu la pièce controversée longtemps avant qu'elle fût jouée. La duchesse de Berry se trouvant alors une fois de plus enceinte, sa grossesse illégitime, vite connue du public, inspira aux satiristes des commentaires mordants i la taille plantureuse de la fille du Régent s’était singulièrement arrondie au cours des dernières semaines il serait donc aisé de découvrir ce qui ne se pouvait plus cacher ! Les spectateurs ne verraient pas seulement dans la salle de théâtre Œdipe (le Régent) et Jocaste (la duchesse de Berry), mais devineraient aussi la présence d'Etéocle. Je cite in extenso ce beau texte de Michelet.

« Les spectateurs aussi faisaient spectacle. Le Régent, si myope, auditeur bienveillant de la pièce qu'il ne voyait point, ne représentait pas mal l'aveugle Œdipe. Et la véritable Jocaste, la duchesse de Berry, dans la triomphante splendeur de la beauté et des honneurs royaux, occupait l'assemblée plus que la pièce elle-même. Elle n'était pas en loge. Nulle loge ne l'aurait contenue. Elle venait avec une trentaine de dames, ses gentilshommes, ses gardes, et elle emplissait d'elle-même la plus grande partie de l'amphithéâtre. Mais, ce qui surprenait le plus, ce que nulle reine, nulle régente, ne s'était donné, c'est qu'elle avait fait dresser un dais dans le théâtre, et qu'elle siégeait dessous comme un Saint-Sacrement ou une idole indienne. Je n'ai vu d'elle qu'un portrait authentique (1714 ?). Elle est dans le plus riche épanouissement de la beauté, la fleur d'un naissant embonpoint par lequel elle aurait rappelé son origine allemande. La noble tête, un cou de rondeur sensuelle, un vrai cou de Junon, un beau sein, une taille de cambrure voluptueuse, remueraient fort si l'attitude hautaine, ne glaçait, n'éloignait. Elle a un tour d'épaules d'une insolence intolérable. On sent bien qu'un souffle, un esprit, circule en ce beau cou, le gonfle. Mais quel ? on ne le sait un esprit de tempête, un sinistre et terrible esprit. Quatre années après ce portrait, au début d'Œdipe, en novembre 1718, elle avait fort grossi, aussi bien que son père. Elle était amplement, un peu lourdement belle, d'un luxe exubérant. Ajoutez six mois de grossesse. Quoique la mode d'alors dissimulât un peu, l'invincible nature ne pouvait manquer de paraître. Le public eut sans doute l'esprit de ne rien voir. Une épigramme que la cabale exigea de Voltaire pour expliquer la chose et dire que c'était bien le sujet de Sophocle, qu'on allait voir naître Étéocle, etc., n'eut aucune action.
On raffolait des mœurs d'Asie, de Chardin, de Galland, des Mille et une Nuits. On savait à merveille les indulgences des casuistes musulmans, et que, de leur avis, le Mogol épousa sa fille. Des seigneurs étrangers à Paris suivaient ces exemples. Le prince de Montbelliard maria sa fille à son fils (Saint-Simon). Et madame de Wurtemberg (selon la Palatine) n'avait d'autre amant que le sien.
La curiosité la plus grande fut d'épier comment Œdipe serait pris du Régent. Depuis le jour où le Cid fut joué devant Richelieu, ce jour où le théâtre brava l'homme tout-puissant, on n'avait pu voir rien de tel. La situation ressemblait, mais tout autres étaient les acteurs. À la place du tragique cardinal, du sinistre fantôme, c'était le débonnaire Régent, roi du vice et de l'indulgence. Fin, plein d'esprit, sous sa grosse enveloppe, il ne perdit pas un mot des allusions dont on espérait le piquer. Mais il ne le fut point du tout. Il semblait qu'il y eût plaisir, qu'il fût charmé que l'on eût vu si bien. Il applaudit et fit venir Voltaire, l'enleva à l'ennemi, lui fit une pension, forte pour le temps, deux mille livres (qui en feraient huit aujourd'hui.) » Michelet "Histoire ce France" vol. 15 "La Régence"

anton erecinski 17/05/2017 16:03

La grossesse et les couches clandestines de la duchesse de Berry en juillet 1717 inspirent de bien cinglantes satires dont la diffusion ne fait qu’accroître la sulfureuse réputation de débauchée notoire de la princesse. Ainsi, dans un texte célèbre de Noëls satiriques pour l’année 1717 toute la cour de France se rend à Bethléem rendre hommage à l’enfant Jésus, le Régent à leur tête et parmi « Les grands et les petits » de France figure aussi Madame de Berry, dont le ventre énorme témoigne de ses mœurs dissolues :
Grosse à pleine ceinture,
La féconde Berry
Dit en humble posture
Et le cœur bien marri :
Seigneur, je n'aurai plus de mœurs aussi gaillardes,
Je ne veux que Riom et mon papa,
Ou par-ci, par-là mes gardes.

On retrouve la Berry un peu plus loin dans une autre strophe de ces Noëls, plus gaillarde encore, et faisant référence aux amours de la duchesse avec Riom, lieutenant de sa garde premier écuyer, son amant favori et jouet sexuel :
Au fond de la cahute
La Berry vint aussi,
Mais apercevant l’âne
Qui montrait son outil
Ah, dit-elle à l’instant, seigneur, je te conjure
Accorde à mon Riom don don
De l’âne que voilà la la
La puissance et mesure.

Un poème satirique très populaire daté de 1719 chanté sur l’air de Confiteor qualifie la duchesse de première putain de France :
La Messaline de Berry,
L'œil en feu, l'air plein d'arrogance,
Dit en faisant charivari,
Qu'elle est la première de France,
Elle prend ma foi, tout le train,
D'être la première putain

On retrouve la même image de première putain caractérisant Madame de Berry dans une chanson de 1718 sur l’air de Landerirette faisant allusion à l’envoi de prostituées en Amérique française organisée par le pouvoir sous la Régence et proposant d’y envoyer en premier lieu la duchesse de Berry.
On envoie au Mississipi
Toutes les putains de paris
lon lan landerirette
Adieu duchesse du Berry
Lon lan la deriri

Enfin, inspiré par l’accouchement de la duchesse de Berry en juillet 1717, un épigramme daté de la même année fait allusion à la fécondité de la princesse en recommandant de l’embarquer à destination des Amériques afin qu’elle assure le peuplement de la nouvelle colonie française.
Si tu veux réformer l'État,
Que l'on pende Law et Noailles ;
Aux flatteurs donne échec et mat,
De la cour chasse la canaille,
Et qu'on embarque la Berry
Pour peupler le Mississipi.

anton erecinski 16/05/2017 19:15

Voltaire vient d’être embastillé lorsque la duchesse de Berry interrompt son long séjour à la Muette pour recevoir le Tsar de Russie, Pierre le Grand, au palais du Luxembourg le 21 mai 1717. Selon La Gazette de la Régence : « Mme de Berry y parut puissante comme une tour, quoique d'ailleurs belle et fraiche. ». Le ton est à l’euphémisme et à l’allusion : le sens à donner au mot « puissante » qualifiant la taille de la duchesse dans la Gazette devient très clair deux mois plus tard lorsque la princesse accouche clandestinement… Comme le note le dictionnaire de l’académie française de 1786 « puissant » s’utilise pour qualifier la corpulence d’une femme : « On dit […] en parlant d’une femme qui est devenue trop grasse, qu’elle est devenue puissante » (pp. 345-346). La duchesse de Berry est en grossesse et devenant de plus en plus « grasse » paraît « grosse comme une tour » en présence du Tsar. On sait que du vivant de son mari Madame de Berry prend vite beaucoup de poids chaque fois qu’elle est enceinte, jusqu’à devenir énorme ! Lors de la visite du Tsar, la duchesse, enceinte de plus de sept mois, se trouve bien incapable de dissimuler entièrement son état, même si la mode de l'époque l’aide à camoufler son ventre rebondi sous les amples plis et le panier d’une robe volante.
Les témoins de la réception du monarque russe au Luxembourg ne peuvent manquer de noter la remarquable corpulence de la duchesse qui ne fait que confirmer les rumeurs de grossesse dont Arouet s’est fait l’écho quelques jours auparavant... Cette grossesse avancée freine-t-elle la duchesse dans sa quête de plaisirs ? Ou bien au contraire exacerbe-t-elle ses fureurs d’alcôve ? Dubois dans ses mémoires et Capefigue suggèrent que Madame de Berry a une aventure galante avec le Tsar… Mais quelle voracité lubrique pousserait donc la « Messaline de Berry » à coucher avec Pierre le Grand ? On imagine que la princesse se trouve alors beaucoup trop enceinte pour vouloir assouvir toutes ses envies charnelles de croqueuse d’hommes...
En date du 9 juillet 1719, la Gazette de la Régence précise : « Mme la duchesse de Berry ne sort pas de la Muette, où elle est incommodée, devenant si puissante qu'il est à craindre qu'elle ne fournisse pas une longue carrière ici-bas. ». La grossesse de la princesse arrive en effet à terme et sa délivrance imminente n’est pas sans susciter de légitimes inquiétudes. En cette époque de techniques obstétriques archaïques l’accouchement est un moment de grands dangers pour toute femme. Et fin juillet, selon la Gazette, la rumeur court « que la duchesse de Berry étoit à l'extrémité : elle se délivroit d'un enfant ». Cet accouchement clandestin, vite connu du public, ne fait qu’amplifier la très mauvaise réputation de la « Messaline de Berry ».

anton erecinski 15/05/2017 14:20

Arouet est loin d’être le seul à brocarder la sexualité dissolue de la fille aînée du Régent. La ''Gazette de la Régence'' rapporte l'affront que madame de Berry reçoit à un bal de Carnaval début janvier 1717 « Un officier ivre qui ne la connaissoit pas sous le masque, en l'abordant lui dit qu'elle avait une belle paire de tétons et demanda s'ils étoient à vendre; la princesse sur cela lui dit : - Me connois-tu bien, masque ? - Oui, je te connois. - Et qui suis-je ? - La plus grande putain de Paris. » L'impudent parvient à s'éclipser sans être inquiété. Avide de plaisirs et de représentations, la duchesse de Berry assiste chaque année aux bals de Carnaval, quel que soit son état... La jeune veuve a en effet participé au bal de carnaval à l’Opéra en janvier 1716, faisant scandale en Dansant et Se divertissant sans vergogne, alors que officiellement elle était encore en deuil du Roi-Soleil, Et de plus se trouvait visiblement enceinte jusqu’aux yeux ! l’officier grivois qui en 1717 complimente madame de Berry sur sa poitrine généreuse devine-t-il qu’en vérité les beaux seins de la princesse, bien remplis et menaçant à tout moment de déborder du décolleté de sa somptueuse robe à la française, sont gonflés par un début de grossesse ?

loveVoltaire 15/05/2017 15:37

Merci anton pour toutes ces informations fort intéressantes.

Bonne journée.