POESIE : A M. le duc d'Aremberg

Publié le par loveVoltaire

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Photo de PAPAPOUSS

 

 

 

 

 

 

A M. LE DUC D’AREMBERG

 

 

 

 

 

 

− 1716 −

 

 

 

(1)

 

 

 

 

D’Aremberg, où vas-tu ? Penses-tu m’échapper ?

Quoi ! Tandis qu’à Paris on t’attend pour souper,

Tu pars, et je te vois, loin de ce doux rivage,

Voler en un clin d’œil aux lieux de ton bailliage !

C’est ainsi que les dieux qu’Homère a tant prônés

Fendaient les vastes airs de leur course étonnés,

Et les fougueux chevaux du fier dieu de la guerre

Franchissaient en deux sauts la moitié de la terre.

Ces grands dieux toutefois, à ne déguiser rien,

N’avaient point dans la Grèce un château comme Enghien ;

Et leurs divins coursiers, regorgeant d’ambroisie,

Ma foi, ne valaient pas tes chevaux d’Italie.

Que fais-tu cependant dans ces climats amis

Qu’à tes soins vigilants l’empereur a commis ?

Vas-tu, de tes désirs portant partout l’offrande,

Séduire la pudeur d’une jeune Flamande,

Qui, tout en rougissant, acceptera l’honneur

Des amours indiscrets de son cher gouverneur ?

La paix offre un champ libre à tes exploits lubriques :

Va remplir de cocus les campagnes belgiques,

Et fais-moi des bâtards où tes vaillantes mains

Dans nos derniers combats firent tant d’orphelins.

Mais quitte aussi bientôt, si la France te tente,

Des tétons du Brabant la chair flasque et tremblante ;

Et, conduit par Momus et porté par les Ris,

Accours, vole, et reviens t’enivrer à Paris.

Ton salon est tout prêt, tes amis te demandent ;

Du défunt Rothelin les pénates t’attendent.

Viens voir le doux La Faye, aussi fin que courtois ;

Le conteur Lasseré, Matignon le sournois,

Courcillon, dont ma plume a fait l’apothéose (2),

Courcillon, qui se gâte, et qui, si je m’en crois,

Pourrait bien quelque jour être indigne de toi.

Ah ! S’il allait quitter la débauche et la table,

S’il était assez fou pour être raisonnable,

Il se perdrait, grands dieux ! Ah ! Chef duc, aujourd’hui

Si tu ne viens pour toi, viens par pitié pour lui !

Viens le sauver ; dis-lui qu’il s’égare et s’oublie,

Qu’il ne peut être bon qu’à force de folie,

Et pour tout dire enfin, remets-le dans tes fers.

Pour toi, près l’Auxerrois, pendant quarante hivers,

Bois, parmi les douceurs d’une agréable vie,

Un peu plus d’hypocras, un peu moins d’eau-de-vie.

 

 

 POESIE- A M.LE DUC D'AREMBERG

 

 

 

 

 

1 – Un des habitués du Temple. (G.A.)

 

2 – Voyez le conte intitulé l’Anti-Giton. (G.A.)

 

 

 

 

Publié dans Poésies

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James 17/03/2011 07:21



Un régal que cet envoi du jeune et pétillant Volti !


Je comprends qu'il ait été si bien accueilli dans les salons libertins .


Merci pour le rire qu'il provoque



loveVoltaire 18/03/2011 06:20



Oui, le p'tit Arouet promettait déjà, à 22 ans !


 


Bonne journée, Mister James.