PHILOSOPHIE DE NEWTON : Epître dédicatoire

Publié le par loveVoltaire

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Emilie du Châtelet

 

 

 

 

 

 

 

ÉPÎTRE DÉDICATOIRE

 

A MADAME LA MARQUISE DU CHÂTELET.

 

 

DE L’ÉDITION DE 1743

 

 

 

 

 

Madame,

 

 

         Lorsque je mis pour la première fois votre nom respectable à la tête de ces Eléments de philosophie, je m’instruisais avec vous. Mais vous avez pris depuis un vol que je ne peux plus suivre. Je me trouve à présent dans le cas d’un grammairien qui aurait présenté un essai de rhétorique à Démosthène ou à Cicéron. J’offre de simples éléments à celle qui a pénétré toutes les profondeurs de la géométrie transcendante, et qui, seule parmi nous, a traduit et commenté le grand Newton.

 

         Ce philosophe recueillit pendant sa vie toute la gloire qu’il méritait ; il n’excita point l’envie, parce qu’il ne put avoir de rival. Le monde savant fut son disciple ; le reste l’admira sans oser prétendre à le concevoir. Mais l’honneur que vous lui faites aujourd’hui est sans doute le plus grand qu’il ait jamais reçu. Je ne sais qui des deux je dois admirer davantage, ou Newton, l’inventeur du calcul de l’infini, qui découvrit de nouvelles lois de la nature, et qui anatomisa la lumière ; ou vous, madame, qui, au milieu des dissipations attachées à votre état, possédez si bien tout ce qu’il a inventé. Ceux qui vous voient à la cour ne vous prendraient assurément pas pour un commentateur de philosophie ; et les savants qui sont assez savants pour vous lire se douteront encore moins que vous descendez aux amusements de ce monde avec la même facilité que vous vous élevez aux vérités les plus sublimes. Ce naturel et cette simplicité, toujours si estimables, mais si rares avec des talents et avec la science, feront au moins qu’on vous pardonnera votre mérite. C’est en général tout ce qu’on peut espérer des personnes avec lesquelles on passe la vie ; mais le petit nombre d’esprits supérieurs qui se sont appliqués aux mêmes études que vous aura pour vous la plus grande vénération, et la postérité vous regardera avec étonnement. Je ne suis pas surpris que des personnes de votre sexe aient régné glorieusement sur de grands empires. Une femme, avec un bon conseil, peut gouverner comme Auguste : mais pénétrer par un travail infatigable dans des vérités dont l’approche intimide la plupart des hommes, approfondir dans ses heures de loisir ce que les philosophes les plus instruits étudient sans relâche, c’est ce qui n’a été donné qu’à vous, madame ; et c’est un exemple qui sera bien peu imité, etc.

 

 

 

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james 26/10/2010 14:09



Quelques extraits de ce qui m'a attiré l'oeil et attisé ma malice :


 


...vous, madame, qui, au milieu des dissipations attachées à votre état,...





...on vous pardonnera votre mérite. C’est en général tout ce qu’on peut
espérer des personnes avec lesquelles on passe la vie .





Une femme, avec un bon conseil, peut gouverner...


Oui, Love, une femme peut tout et vous en êtes la preuve , Volti , du paradis, vous fait sans doute les mêmes compliments mérités



loveVoltaire 27/10/2010 11:41



Je ne sais quoi répondre à pareil compliment, Mister James. Merci.