Présentation

  • : Monsieur de Voltaire
  • Monsieur de Voltaire
  • : 16/10/2008
  • : Correspondance voltairienne pour découvrir ou re-découvrir VOLTAIRE
  • Retour à la page d'accueil

Rechercher

Derniers Commentaires

Samedi 2 avril 2011 6 02 /04 /Avr /2011 08:29

A-Mademoiselle-CLAIRON.jpg

 

 

 

 

PARTIE 4

 

 

 

 

 

        Marie-Angélique de Scorailles

              Duchesse de Fontanges

                    1661 - 1681                                               

   Angelique-de-Fontanges-1661-1681.jpg                                                               

        La jeunesse, la beauté de mademoiselle de Fontanges, un fils qu’elle donna au roi en 1680, le titre de duchesse dont elle fut décorée, écartaient madame de Maintenon de la première place, qu’elle n’osait espérer qu’elle eut depuis : mais la duchesse de Fontanges et son fils moururent en 1681 (1).

 

 

         La marquise de Montespan n’ayant plus de rivale déclarée, n’en posséda pas plus un cœur fatigué d’elle et de ses murmures. Quand les hommes ne sont plus dans leur jeunesse, ils ont presque tous besoin de la société d’une femme complaisante ; le poids des affaires rend surtout cette consolation nécessaire. La nouvelle favorite, madame de Maintenon, qui sentait le pouvoir secret qu’elle acquérait tous les jours, se conduisait avec cet art qui est si naturel aux femmes, et qui ne déplaît pas aux hommes. Elle écrivit un jour à madame de Fontenac, sa cousine, en qui elle avait une entière confiance : « Je le renvoie toujours affligé, et jamais désespéré. » Dans ce temps où sa faveur croissait, où madame de Montespan touchait à sa chute, ces deux rivales se voyaient tous les jours, tantôt avec une aigreur secrète, tantôt avec une confiance passagère, que la nécessité de se parler et la lassitude de la contrainte mettaient quelquefois dans leurs entretiens (2). Elles convinrent de faire, chacune de leur côté, des Mémoires de tout ce qui se passait à la cour. L’ouvrage ne fut pas poussé fort loin. Madame de Montespan se plaisait à lire quelque chose de ces Mémoires à ses amis, dans les dernières années de sa vie. La dévotion, qui se mêlait à toutes ces intrigues secrètes, affermissait encore la faveur de madame de Maintenon, et éloignait madame de Montespan. Le roi se reprochait son attachement pour une femme mariée, et sentait surtout ce scrupule depuis qu’il ne sentait plus d’amour. Cette situation embarrassante subsista jusqu’en 1685, année mémorable par la révocation de l’édit de Nantes. On voyait alors des scènes bien différentes : d’un côté le désespoir et la fuite d’une partie de la nation ; de l’autre, de nouvelles fêtes à Versailles, Trianon et Marly bâtis ; la nature forcée dans tous ces lieux de délices, et des jardins où l’art était épuisé. Le mariage du petit-fils du grand Condé avec mademoiselle de Nantes, fille du roi et de madame de Montespan, fut le dernier triomphe de cette maîtresse, qui commençait à se retirer de la cour.

 

         Le roi maria depuis deux enfants qu’il avait eus d’elle : mademoiselle de Blois avec le duc de Chartres, que nous avons vu depuis régent du royaume ; et le duc du Maine à Louise-Bénédicte de Bourbon, petite-fille du grand Condé, et sœur de monsieur le Duc, princesse célèbre par son esprit et par le goût des arts. Ceux qui ont seulement approché du Palais-Royal et de Sceaux savent combien sont faux tous les bruits populaires recueillis dans toute l’histoire concernant ces mariages (3).

 

 

                                                                                                André Le Notre

                                                                                                                          1613 - 1700

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         Andre-Le-Notre-1613-1700.jpg

         (1685) Avant la célébration du mariage de monsieur le Duc avec mademoiselle de Nantes, le marquis de Seignelai, à cette occasion, donna au roi une fête digne de ce monarque dans les jardins de Sceaux, plantés par Le Nôtre, avec autant de goût que ceux de Versailles. On y exécuta l’idylle de la Paix, composée par Racine. Il y eut dans Versailles un nouveau carrousel, et, après le mariage, le roi étala une magnificence singulière, dont le cardinal Mazarin avait donné la première idée en 1656. On établit dans le salon de Marly quatre boutiques remplies de ce que l’industrie des ouvriers de Paris avait produit de plus riche et de plus recherché. Ces quatre boutiques étaient autant de décorations superbes, qui représentaient les quatre saisons de l’année. Madame de Montespan en tenait une avec Monseigneur. Sa rivale, madame de Maintenon, en tenait une autre avec le duc du Maine. Les deux        

nouveaux mariés avaient chacun la leur ; monsieur le Duc avec madame de Thiange ; et madame la Duchesse, à qui la bienséance ne permettait pas d’en tenir une avec un homme, à cause de sa grande jeunesse, était avec la duchesse de Chevreuse. Les dames et les hommes nommés du voyage tiraient au sort les bijoux dont ces boutiques étaient garnies. Ainsi, le roi fit des présents à toute la cour, d’une manière digne d’un roi. La loterie du cardinal Mazarin fut moins ingénieuse et moins brillante. Ces loteries avaient été mises en usage autrefois par les empereurs romains ; mais aucun d’eux n’en releva la magnificence par tant de galanterie (4).

 

      

      Françoise de Rochechouart

        Marquise de Montespan

               1640 - 1707   Mme-de-Montespan-1640-1707.jpg      

               

 

 Après le mariage de sa fille, madame de Montespan ne reparut plus à la cour. Elle vécut à Paris avec beaucoup de dignité. Elle avait un grand revenu, mais viager ; et le roi lui fit payer toujours une pension de mille louis d’or par mois. Elle allait prendre tous les ans les eaux à Bourbon, et y mariait des filles du voisinage, qu’elle dotait. Elle n’était plus dans l’âge où l’imagination, frappée par de vives impressions, envoie aux carmélites. Elle mourut à Bourbon en 1707 (5).

 

         Un an après le mariage de mademoiselle de Nantes avec monsieur le Duc, mourut à Fontainebleau le prince de Condé, à l’âge de soixante-six ans, d’une maladie qui empira par l’effort qu’il fit d’aller voir madame la duchesse, qui avait la petite vérole. On peut juger par cet empressement, qui lui coûta la vie, s’il avait eu de la répugnance au mariage de son petit-fils avec cette fille du roi et de madame de Montespan, comme l’ont écrit tous ces gazetiers de mensonges, dont la Hollande était alors infectée. On trouve encore dans une Histoire du prince de Condé (6), sortie de ces mêmes bureaux d’ignorance et d’imposture, que le roi se plaisait en toute occasion à mortifier ce prince, et qu’au mariage de la princesse de Conti, fille de mademoiselle de La Vallière, le secrétaire d’Etat lui refusa le titre de haut et puissant seigneur, comme si ce titre était celui qu’on donne aux princes du sang. L’écrivain qui a composé l’Histoire de Louis XIV  (7), dans Avignon, en partie sur ces malheureux Mémoires, pouvait-il assez ignorer le monde et les usages de notre cour pour rapporter des faussetés pareilles ?

 

        

                                                                                                         Madame de Maintenon

                                                                                                        née Françoise d'Aubigné

                                                                                                                   1635 - 1719

 

 

Madame-de-Maintenon---1635-1719-2.JPG        Cependant, après le mariage de madame la Duchesse, après l’éclipse totale de la mère, madame de Maintenon, victorieuse, prit un tel ascendant, et inspira à Louis XIV tant de tendresse et de scrupule, que le roi, par le conseil du Père La Chaise, l’épousa secrètement, au mois de janvier 1686, dans une petite chapelle qui était au bout de l’appartement occupé depuis par le duc de Bourgogne. Il n’y eut aucun contrat, aucune stipulation. L’archevêque de Paris, Harlay de Chanvalon, leur donna la bénédiction ; le confesseur y assista ; Montchevreuil (8) et Bontems, premiers valets de chambre, y furent comme témoins. Il n’est plus permis de supprimer ce fait, rapporté dans tous les auteurs, qui, d’ailleurs, se sont trompés sur les noms, sur le lieu, et sur les dates. Louis XIV était alors dans sa quarante-huitième année, et la personne qu’il épousait, dans sa cinquante-deuxième (9). Ce prince, comblé de gloire, voulait mêler aux fatigues du gouvernement les douceurs innocentes d’une vie privée : ce mariage ne l’engageait à rien d’indigne de son rang. Il fut toujours problématique à la cour si madame de Maintenon était marié : on respectait en elle le choix du roi, sans la traiter en reine (10).

 

         La destinée de cette dame paraît, parmi nous, fort étrange, quoique l’histoire fournisse beaucoup d’exemples de fortunes plus grandes et plus marquées, qui ont eu des commencements plus petits. La marquise de Saint-Sébastien, que le roi de Sardaigne, Victor-Amédée, épousa, n’était pas au-dessus de madame de Maintenon ; l’impératrice de Russie, Catherine, était fort au-dessous ; et la première femme de Jacques II, roi d’Angleterre, lui était bien inférieure, selon les préjugés de l’Europe, inconnus dans le reste du monde.

 

         Elle était d’une ancienne maison, petite-fille de Théodore-Agrippa d’Aubigné, gentilhomme ordinaire de la chambre de Henri IV. Son père, Constant d’Aubigné, ayant voulu faire un établissement à la Caroline, et s’étant adressé aux Anglais, fut mis en prison au Château Trompette, et en fut délivré par la fille du gouverneur, nommé Cardillac, gentilhomme bordelais. Constant d’Aubigné épousa sa bienfaitrice en 1627 et la mena à la Caroline. De retour en France avec elle au bout de quelques années, tous deux furent enfermés à Niort en Poitou par ordre de la cour. Ce fut dans cette prison de Niort que naquit en 1635 Françoise d’Aubigné, destinée à éprouver toutes les rigueurs et toutes les faveurs de la fortune. Menée à l’âge de trois ans en Amérique, laissée par la négligence d’un domestique sur le rivage, prête à y être dévorée d’un serpent, ramenée orpheline, à l’âge de douze ans, élevée avec la plus grande dureté chez madame de Neuillant, mère de la duchesse de Navailles, sa parente, elle fut trop heureuse d’épouser, en 1651, Paul Scarron, qui logeait auprès d’elle dans la rue d’Enfer.

 

                 Paul Scarron

                 1610 -1660

 

       Epoux de Mme de Maintenon

 

Paul-Scarron-1610-1660.jpg         Scarron était d’une ancienne famille du parlement, illustrée par de grandes alliances ; mais le burlesque dont il faisait profession l’avilissait en le faisant aimer. Ce fut pourtant une fortune pour mademoiselle d’Aubigné d’épouser cet homme disgracié de la nature, impotent et qui n’avait qu’un bien très médiocre. Elle fit, avant ce mariage, abjuration de la religion calviniste, qui était la sienne comme celle de ses ancêtres. Sa beauté et son esprit la firent bientôt distinguer. Elle fut recherchée avec empressement de la meilleure compagnie de Paris : et ce temps de sa jeunesse fut sans doute le plus heureux de sa vie (11). Après la mort de son mari, arrivée en 1660, elle fit longtemps solliciter auprès du roi une petite pension de quinze cents livres, dont Scarron avait joui. Enfin, au bout de quelques années, le roi lui en donna une de deux mille, en lui disant : « Madame, je vous ai fait attendre longtemps ; mais vous avez tant d’amis que j’ai voulu avoir seul ce mérite auprès de vous. »

 

         Ce fait m’a été conté par le cardinal de Fleury, qui se plaisait à le rapporter souvent, parce qu’il disait que Louis XIV lui avait fait le même compliment, en lui donnant l’évêché de Fréjus.

 

         Cependant il est prouvé par les lettres mêmes de madame de Maintenon qu’elle dut à madame de Montespan ce léger secours qui la tira de la misère. On se ressouvint d’elle quelques années après, lorsqu’il fallut élever en secret le duc du Maine, que le roi avait eu, en 1670, de la marquise de Montespan. Ce ne fut certainement qu’en 1672 qu’elle fut choisie pour présider à cette éducation secrète : elle dit dans une de ses lettres : « Si les enfants sont au roi, je le veux bien ; car je ne me chargerais pas sans scrupule de ceux de madame de Montespan (12) : ainsi il faut que le roi me l’ordonne ; voilà mon dernier mot. » Madame de Montespan n’avait deux enfants qu’en 1672, le duc du Maine et le comte de Vexin. Les dates des lettres de madame de Maintenon, de 1670, dans lesquelles elle parle de ces deux enfants, dont l’un n’était pas encore né, sont donc évidemment fausses. Presque toutes les dates de ces lettres imprimées sont erronées. Cette infidélité pourrait donner de violents soupçons sur l’authenticité de ces lettres, si d’ailleurs on n’y reconnaissait pas un caractère de naturel et de vérité qu’il est presque impossible de contrefaire (13).

 

         Il n’est pas fort important de savoir en quelle année cette dame fut chargée du soin des enfants naturels de Louis XIV ; mais l’attention à ces petites vérités fait voir avec quel scrupule on a écrit les faits principaux de cette histoire.

 

         Le duc du Maine était né avec un pied difforme. Le premier médecin, d’Aquin, qui était dans la confidence, jugea qu’il fallait envoyer l’enfant aux eaux de Barége. On chercha une personne de confiance, qui pût se charger de ce dépôt. Le roi se souvint de madame Scarron. M. de Louvois alla secrètement à Paris lui proposer ce voyage (14). Elle eut soin depuis ce temps-là de l’éducation du duc du Maine, nommée à cet emploi par le roi, et non point par madame de Montespan, comme on l’a dit. Elle écrivait au roi directement ; ses lettres plurent beaucoup. Voilà l’origine de sa fortune : son mérite fit tout le reste.

 

         Le roi, qui ne pouvait d’abord s’accoutumer à elle, passa de l’aversion à la confiance, et de la confiance à l’amour. Les lettres que nous avons d’elle sont un monument bien plus précieux qu’on ne pense : elles découvrent ce mélange de religion et de galanterie, de dignité et de faiblesse, qui se trouve si souvent dans le cœur humain, et qui était dans celui de Louis XIV. Celui de madame de Maintenon paraît à la fois plein d’une ambition et d’une dévotion qui ne se combattent jamais. Son confesseur Gobelin approuve également l’une et l’autre ; il est directeur et courtisan ; sa pénitente, devenue ingrate envers madame de Montespan, se dissimule toujours son tort. Le confesseur nourrit cette illusion : elle fait venir de bonne foi la religion au cours de ses charmes usés, pour supplanter sa bienfaitrice devenue sa rivale.

 

         Ce commerce étrange de tendresse et de scrupule de la part du roi, d’ambition et de dévotion de la part de la nouvelle maîtresse, paraît durer depuis 1681 jusqu’à 1686, qui fut l’époque de leur mariage (15).

 

         Son élévation ne fut pour elle qu’une retraite. Renfermée dans son appartement, qui était de plain-pied à celui du roi, elle se bornait à une société de deux ou trois dames retirées comme elle ; encore les voyait-elle rarement. Le roi venait tous les jours chez elle après son dîner, avant et après le souper, et y demeurait jusqu’à minuit. Il y travaillait avec ses ministres, pendant que madame de Maintenon s’occupait à la lecture, ou à quelque ouvrage des mains, ne s’empressant jamais de parler d’affaires d’Etat, paraissant souvent les ignorer, rejetant bien loin tout ce qui avait la plus légère apparence d’intrigue et de cabale ; beaucoup plus occupée de complaire à celui qui gouvernait que de gouverner, et ménageant son crédit en ne l’employant qu’avec une circonspection extrême. Elle ne profita point de sa place pour faire tomber toutes les dignités et tous les grands emplois dans sa famille. Son frère, le comte d’Aubigné, ancien lieutenant-général, ne fut pas même maréchal de France. Un cordon bleu, et quelques parts secrètes (16) dans les fermes générales, furent sa seule fortune : aussi disait-il au maréchal de Vivonne, frère de madame de Montespan, « qu’il avait eu son bâton de maréchal en argent comptant. »

 

         Le marquis de Villette, son neveu, ou son cousin, ne fut que chef d’escadre. Madame de Caylus, fille de ce marquis de Villette, n’eut en mariage qu’une pension modique donnée par Louis XIV. Madame de Maintenon, en mariant sa nièce d’Aubigné au fils du premier maréchal de Noailles (17), ne lui donna que deux cent mille francs : le roi fit le reste. Elle n’avait elle-même que la terre de Maintenon, qu’elle avait achetée des bienfaits du roi. Elle voulut que le public lui pardonnât son élévation en faveur de son désintéressement. La seconde femme du marquis de Villette, depuis madame de Bolingbroke, ne put jamais rien obtenir d’elle. Je lui ai souvent entendu dire qu’elle avait reproché à sa cousine le peu qu’elle faisait pour sa famille, et qu’elle lui avait dit en colère : « Vous voulez jouir de votre modération, et que votre famille en soit la victime. » Madame de Maintenon oubliait tout quand elle craignait de choquer les sentiments de Louis XIV. Elle n’osa pas même soutenir le cardinal de Noailles contre le Père Le Tellier. Elle avait beaucoup d’amitié pour Racine ; mais cette amitié ne fut pas assez courageuse pour le protéger contre un léger ressentiment du roi. Un jour, touchée de l’éloquence avec laquelle il lui avait parlé de la misère du peuple, en 1698, misère toujours exagérée, mais qui fut portée réellement depuis jusqu’à une extrémité déplorable, elle engagea son ami à faire un mémoire, qui montrât le mal et le remède. Le roi le lut, et en ayant témoigné du chagrin, elle eut la faiblesse d’en donner l’auteur, et celle de ne le pas défendre. Racine, encore plus faible encore, fut pénétré d’une douleur qui le mit depuis au tombeau (18).

 

         Du même fonds de caractère dont elle était incapable de rendre service, elle l’était aussi de nuire. L’abbé de Choisi rapporte que le ministre Louvois s’était jeté aux pieds de Louis XIV pour l’empêcher d’épouser la veuve Scarron. Si l’abbé de Choisi savait ce fait, madame de Maintenon en était instruite, et non-seulement elle pardonna à ce ministre, mais elle apaisa le roi dans les mouvements de colère que l’humeur brusque du marquis de Louvois inspirait quelquefois à son maître (19).

 

         Louis XIV, en épousant madame de Maintenon, ne se donna donc qu’une compagne agréable et soumise. La seule distinction publique qui faisait sentir son élévation secrète, c’est qu’à la messe elle occupait une de ces petites tribunes ou lanternes dorées, qui ne semblaient faites que pour le roi et la reine. D’ailleurs, nul extérieur de grandeur. La dévotion qu’elle avait inspirée au roi, et qui avait servi à son mariage, devint peu à peu un sentiment vrai et profond, que l’âge et l’ennui fortifièrent. Elle s’était déjà donné, à la cour et auprès du roi, la considération d’une fondatrice, en rassemblant à Noisy plusieurs filles de qualité ; et le roi avait affecté déjà les revenus de l’abbaye de Saint-Denis à cette communauté naissante. Saint-Cyr fut bâti au bout du parc de Versailles, en 1686. Elle donna alors à cet établissement toute sa forme, en fit les règlements avec Godet Desmarets, évêque de Chartres, et fut elle-même supérieure de ce couvent. Elle y allait souvent passer quelques heures, et quand je dis que l’ennui la déterminait à ces occupations, je ne parle que d’après elle. Qu’on lise ce qu’elle écrivait à madame de La Maison-fort, dont il est parlé dans le chapitre du Quiétisme.

 

« Que ne puis-je vous donner mon expérience ! Que ne puis-je vous faire voir l’ennui qui dévore les grands, et la peine qu’ils ont à remplir leurs journées ! Ne voyez-vous pas que je meurs de tristesse, dans une fortune qu’on aurait eu peine à imaginer ? J’ai été jeune et jolie ; j’ai goûté les plaisirs ; j’ai été aimée partout. Dans un âge plus avancé, j’ai passé des années dans le commerce de l’esprit ; je suis venue à la faveur, et je vous proteste, ma chère fille, que tous les états laissent un vide affreux (20). »

 

         Si quelque chose pouvait détromper de l’ambition, ce serait assurément cette lettre. Madame de Maintenon, qui pourtant n’avait d’autre chagrin que l’uniformité de sa vie auprès d’un grand roi, disait un jour au comte d’Aubigné son frère : « Je ne peux plus tenir, je voudrais être morte. » On sait qu’elle réponse il lui fit : « Vous avez donc parole d’épouser Dieu le père ? »

 

         A la mort du roi, elle se retira entièrement à Saint-Cyr. Ce qui peut surprendre, c’est que le roi ne lui avait presque rien assuré. Il la recommanda seulement au duc d’Orléans. Elle ne voulut qu’une pension de quatre-vingt mille livres, qui lui fut exactement payée jusqu’à sa mort, arrivée en 1719, le 15 Avril. On a trop affecté d’oublier dans son épitaphe le nom de Scarron : ce nom n’est point avilissant, et l’omission ne sert qu’à faire penser qu’il peut l’être.

 

         La cour fut moins vive et plus sérieuse, depuis que le roi commença à mener avec madame de Maintenon une vie plus retirée ; et la maladie considérable qu’il eut en 1686 contribua encore à lui ôter le goût de ces fêtes galantes qui avaient jusque-là signalé presque toutes ses années. Il fut attaqué d’une fistule dans le dernier des intestins. L’art de la chirurgie, qui fit sous ce règne plus de progrès en France que dans tout le reste de l’Europe, n’était pas encore familiarisé avec cette maladie. Le cardinal de Richelieu en était mort, faute d’avoir été bien traité. Le danger du roi émut toute la France. Les églises furent remplies d’un peuple innombrable, qui demandait la guérison de son roi, les larmes aux yeux. Ce mouvement d’un attendrissement général fut presque semblable à ce que nous avons vu, lorsque son successeur fut en danger de mort à Metz, en 1744 (21). Ces deux époques apprendront à jamais aux rois ce qu’ils doivent à une nation qui sait aimer ainsi.

 

         Dès que Louis XIV ressentit les premières atteintes de ce mal, son premier chirurgien Félix alla dans les hôpitaux chercher des malades qui fussent dans le même péril : il consulta les meilleurs chirurgiens ; il inventa avec eux des instruments qui abrégeaient l’opération, et qui la rendaient moins douloureuse. La roi la souffrît sans se plaindre. Il fit travailler ses ministres auprès de son lit le jour même ; et, afin que la nouvelle de son danger ne fît aucun changement dans les cours de l’Europe, il donna audience le lendemain aux ambassadeurs.

 

         A ce courage d’esprit se joignait la magnanimité avec laquelle il récompensa Félix ; il lui donna une terre qui valait alors plus de cinquante mille écus (22).

 

         Depuis ce temps le roi n’alla plus aux spectacles. La dauphine de Bavière, devenue mélancolique et attaquée d’une maladie de langueur qui la fit enfin mourir en 1690, se refusa à tous les plaisirs, er resta obstinément dans son appartement. Elle aimait les lettres ; elle avait même fait des vers ; mais dans sa mélancolie ; elle n’aimait plus que la solitude.

 

         Ce fut le couvent de Saint-Cyr qui ranima le goût des choses d’esprit. Madame de Maintenon pria Racine, qui avait renoncé au théâtre pour le jansénisme et pour la cour, de faire une tragédie qui pût être représentée par ses élèves (23). Elle voulut un sujet tiré de la Bible. Racine composa Esther. Cette pièce, ayant d’abord été jouée dans la maison de Saint-Cyr, le fut ensuite plusieurs fois à Versailles devant le roi, dans l’hiver de 1689. Des prélats, des jésuites, s’empressaient d’obtenir la permission de voir ce singulier spectacle. Il paraît remarquable que cette pièce eut alors un succès universel, et que deux ans après, Athalie, jouée par les mêmes personnes, n’en eut aucun. Ce fut tout le contraire quand on joua ces pièces à Paris, longtemps après la mort de l’auteur, et après le temps des partialités. Athalie, représentée en 1717, fut reçue comme elle devait l’être, avec transport ; et Esther, en 1721, n’inspira que de la froideur, et ne reparut plus. Mais alors il n’y avait plus de courtisans qui reconnussent avec flatterie Esther dans madame de Maintenon, et avec malignité Vasthi dans madame de Montespan, Aman dans M. de Louvois, et surtout les huguenots persécutés par ce ministre dans la proscription des Hébreux (24). Le public impartial ne vit qu’une aventure sans intérêt et sans invraisemblance ; un roi insensé, qui a passé six mois avec sa femme sans savoir, sans s’informer même qui elle est ; un ministre assez ridiculement barbare pour demander au roi qu’il extermine toute une nation, vieillards, femmes, enfants, parce qu’on ne lui a pas fait la révérence ; ce même ministre assez bête pour signifier l’ordre de tuer tous les Juifs dans onze mois, afin de leur donner apparemment le temps d’échapper ou de se défendre ; un roi imbécile qui sans prétexte signe cet ordre ridicule, et qui, sans prétexte, fait pendre subitement son favori : tout cela, sans intrigue, sans action, sans intérêt, déplut beaucoup à quiconque avait du sens et du goût (25). Mais, malgré le vice du sujet, trente vers d’Esther valent mieux que beaucoup de tragédies qui ont eu de grands succès.

 

         Ces amusements ingénieux recommencèrent pour l’éducation d’Adélaïde de Savoie, duchesse de Bourgogne, amenée en France à l’âge de onze ans.

 

         C’est une des contradictions de nos mœurs, que, d’un côté, on ait laissé un reste d’infamie attaché aux spectacles publics, et que, de l’autre, on ait regardé ces représentations comme l’exercice le plus noble et le plus digne des personnes royales. On éleva un petit théâtre dans l’appartement de madame de Maintenon. La duchesse de Bourgogne, le duc d’Orléans, y jouaient avec les personnes de la cour qui avaient le plus de talent. Le fameux acteur Baron leur donnait des leçons, et jouait avec eux. La plupart des tragédies de Duché, valet de chambre du roi, furent composées pour ce théâtre ; et l’abbé Genest, aumônier de la duchesse d’Orléans, en faisait pour la duchesse du Maine, que cette princesse et sa cour représentaient.

 

         Ces occupations formaient l’esprit, et animaient la société (26).

 

        

 

1 – « La Fontanges était absurde et folle, ne disait rien, que de travers. Cela piqua le roi. Elle était vraiment neuve. Ce qu’on n’attendait pas, c’est que dès le lendemain il n’y eut plus d’enfant. Elle fut insolente, colère, cynique, menant les gens bride abattue. » Michelet. (G.A.)

 

2 – Les Mémoires donnés sous le nom de madame de Maintenon rapportent qu’elle dit à madame de Montespan, en parlant de ses rêves : «J’ai rêvé que nous étions sur le grand escalier de Versailles : je montais, vous descendiez : je m’élevais jusqu’aux nues, vous allâtes à Fontevrault. » Ce conte est renouvelé d’après le fameux duc d’Epernon, qui rencontra le cardinal de Richelieu sur l’escalier du Louvre, l’année 1624. Le cardinal lui demanda s’il n’y avait rien de nouveau. « Non, lui dit le duc, sinon que vous montez, et je descends. » Ce conte est gâté en ajoutant que d’un escalier on s’éleva jusqu’aux nues. Il faut remarquer que dans presque tous les livres d’anecdotes, dans les ana, on attribue presque toujours à ceux qu’on fait parler des choses dites un siècle et même plusieurs siècles auparavant.

 

3 – Il y a plus de vingt volumes dans lesquels vous verrez que la maison d’Orléans et la maison de Condé s’indignèrent de ces propositions ; vous lirez que la princesse, mère du duc de Chartres, menaça son fils ; vous lirez même qu’elle le frappa. Les Anecdotes de la constitution rapportent sérieusement que le roi s’étant servi de l’abbé Dubois, sous-précepteur du duc de Chartres, pour faire réussir la négociation, cet abbé n’en vint à bout qu’avec peine, et qu’il demanda pour récompense le chapeau de cardinal. Tout ce qui regarde la cour est écrit ainsi dans beaucoup d’histoires. − Et toutes ces histoires ont raison sur ce point. Les mariages furent imposés ; le duc de Chartres fut souffleté, et l’abbé Dubois négocia l’affaire. (G.A.)

 

4 – Cette même année 1685, eut lieu le mariage secret du roi avec madame de Maintenon, au moment où l’on proscrivait, pourchassait, suppliciait les protestants par toute la France. (G.A.)

 

5 – Quand il apprit sa mort, Louis XIV dit : « Il y a trop longtemps qu’elle est morte pour moi, pour que je la pleure aujourd’hui ! » (G.A.)

 

6 – Attribuée à Pierre Coste, protestant réfugié. (G.A.)

 

7 – Reboulet. (G.A.)

 

8 – Et non par le chevalier de Forbin, comme le disent les Mémoires de Choisy. On ne prend pour confidents d’un tel secret que des domestiques affidés, et des hommes attachés par leur service à la personne du roi. Il n’y eut point d’acte de célébration : on n’en fait que pour constater un état ; et il ne s’agissait ici que de ce qu’on appelle un mariage de conscience. Comment peut-on rapporter qu’après la mort de l’archevêque de Paris, Harlay, en 1695, près de dix ans après le mariage, « ses laquais trouvèrent dans ses vieilles culottes l’acte de célébration ? » Ce conte, qui n’est pas même fait pour des laquais, ne se trouve que dans les Mémoires de Maintenon.

 

9 – Cinquante et unième. (G.A.)

 

10 – On fixe ordinairement ce mariage, comme nous l’avons fait plus haut, en 1685 (novembre). Il se fit la nuit à Versailles, et ce fut le curé de la paroisse, Hébert, qui officia, et non l’archevêque de Paris. « Cet Hébert, dit M. Michelet, avait laissé des Mémoires que connut La Beaumelle. » (G.A.)

 

11 – Il est dit dans les prétendus Mémoire de Maintenon, tome I, page 216, « qu’elle n’eut longtemps qu’un même lit avec la célèbre Ninon Lenclos, sur les ouï-dire de l’abbé de Châteauneuf et de l’auteur du Siècle de Louis XIV. » Mais il ne se trouve pas un mot de cette anecdote chez l’auteur du Siècle de Louis XIV, ni dans tout ce qui nous reste de M. l’abbé de Châteauneuf. L’auteur des Mémoires de Maintenon ne cite jamais qu’au hasard. Ce fait n’est rapporté que dans les Mémoires du marquis de La Fare, page 190, édition de Rotterdam. C’était encore la mode de partager son lit avec ses amis ; et cette mode, qui ne subsiste plus, était très ancienne, même à la cour. On voit dans l’Histoire de France que Charles IX, pour sauver le comte de La Rochefoucauld des massacres de la Saint-Barthélemy, lui proposa de coucher au Louvre dans son lit ; et que le duc de Guise et le prince de Condé avaient longtemps couché ensemble. − Voltaire a raconté que Ninon et mademoiselle d’Aubigné avaient couché ensemble, non dans le Siècle de Louis XIV en effet, mais dans un morceau sur Ninon, publié en 1751. (G.A.)

 

12 – On peut, par vanité, ne point vouloir être gouvernante des enfants d’un particulier, et consentir à élever ceux d’un roi ; mais le mot de scrupule est absurde ; il ne peut rien y avoir de contraire aux principes de la morale à se charger de l’éducation d’un enfant quel qu’il soit. Le bâtard d’un roi et celui d’un particulier sont égaux devant la conscience. Cette lettre prouve que, même avant d’être à la cour, madame de Maintenon savait parler le langage de l’hypocrisie. (K.)

 

13 – Voltaire parle ici des Lettres publiées par La Beaumelle, auteur des Mémoires. Il n’y a pas seulement dans ce recueil des erreurs de dates, mais on y trouve des transpositions, des interpolations, etc. (G.A.)

 

14 – L’auteur du roman des Mémoires de madame de Maintenon lui fait dire à la vue du château Trompette : « Voilà où j’ai été élevée, etc. » Cela est évidemment faux ; elle avait été élevée à Niort.

 

15 – « La Montespan, qui par la trahison, dit M. Michelet, avait supplanté La Vallière, se vit supplantée à son tour. A qui la faute ? A la grâce et à Dieu. Ce n’était infidélité, mais conversion. Quel en serait le caractère ? Le roi, sec et froid, ne donnait guère prise. Les jésuites, trop heureux d’avoir obtenu le silence, ne voulaient rien que gouverner en dessous. » (G.A.)

 

16 – Voyez les lettres à son frère : « Je vous conjure de vivre commodément, et de manger les dix-huit mille francs de l’affaire que nous avons faite : nous en ferons d’autres. »

 

17 – Le compilateur des Mémoires de madame de Maintenon dit, tome IV, page 200 : « Jean-Baptiste Rousseau, vipère acharnée contre ses bienfaiteurs, fit des couplets satiriques contre le maréchal de Noailles. » Cela n’est pas vrai : il ne faut calomnier personne. Rousseau, très jeune alors, ne connaissait pas le premier maréchal de Noailles. Les chansons satiriques dont il parle étaient d’un gentilhomme nommé de Cabanac, qui les avouait hautement.

 

18 – Ce fait a été rapporté par le fils de l’illustre Racine, dans la Vie de son père. − Voilà une bien vieille histoire légendaire. Mais Racine ne fut jamais disgracié ; il habita et vécut à la cour ; seulement le roi, le soupçonnant de jansénisme, lui témoigna, vers la fin, quelque froideur. (G.A.)

 

19 – Qui croirait que dans les Mémoires de madame de Maintenon, tome III, page 273, il est dit que ce ministre craignait que le roi ne l’empoisonnât ? Il est bien étrange qu’on débite à Paris des horreurs si insensées, à la suite de tant de contes ridicules.

 

Cette sottise atroce est fondée sur un bruit populaire qui courut à la mort du marquis de Louvois. Ce ministre prenait des eaux (de Balaruc) que Séron, son médecin, lui avait ordonnées, et que La Ligerie, son chirurgien, lui faisait boire. C’est ce même La Ligerie qui a donné au public le remède qu’on nomme aujourd’hui la poudre des Chartreux. Ce La Ligerie m’a souvent dit qu’il avait averti M. de Louvois qu’il risquait sa vie s’il travaillait en prenant des eaux. Le ministre continua son travail : il mourut presque subitement le 16 Juillet 1691, et non pas en 1692, comme le dit l’auteur des faux Mémoires. La Ligerie l’ouvrit et ne trouva d’autre cause de sa mort que celle qu’il avait prédite. On s’avisa de soupçonner le médecin Séron d’avoir empoisonné une bouteille de ces eaux. Nous avons vu combien ces funestes soupçons étaient alors communs. On prétendit qu’un prince voisin (Victor-Amédée, duc de Savoie), que Louvois avait extrêmement irrité et maltraité, avait gagné le médecin Séron. On trouve une partie de ces anecdotes dans les Mémoires du marquis de La Fare, chapitre X. La famille même de Louvois fit mettre en prison un Savoyard qui frottait dans la maison ; mais ce pauvre homme très innocent fut bientôt relâché. Or, si l’on soupçonna, quoique très mal à propos, un prince ennemi de la France d’avoir voulu attenter à la vie d’un ministre de Louis XIV, ce n’était pas certainement une raison pour en soupçonner Louis XIV lui-même.

 

Le même auteur, qui dans les Mémoires de Maintenon, a rassemblé tant de faussetés, prétend au même endroit, que le roi dit « qu’il avait été défait la même année de trois hommes qu’il ne pouvait souffrir, le maréchal de La Feuillade, le marquis de Seignelai et le marquis de Louvois. » Premièrement, M. de Seignelai ne mourut point la même année 1691, mais en 1690. En second lieu, à qui Louis XIV, qui s’exprimait toujours avec circonspection et en honnête homme, a-t-il dit des paroles si imprudentes et si odieuses ? A qui a-t-il développé une âme si ingrate et si dure ? A qui a-t-il pu dire qu’il était bien aise d’être défait de trois hommes qui l’avaient servi avec le plus grand zèle ? Est-il permis de calomnier ainsi, sans la plus légère preuve, sans la moindre vraisemblance, la mémoire d’un roi connu pour avoir toujours parlé sagement ? Tout lecteur sensé ne voit qu’avec indignation ces recueils d’impostures, dont le public est surchargé ; et l’auteur des Mémoires de Maintenon mériterait d’être châtié, si le mépris dont il abuse ne le sauvait de la punition. − On a prétendu que ce médecin Séron était mort empoisonné lui-même peu de temps après, et qu’on l’avait entendu répéter plus d’une fois pendant son agonie :  « Je n’ai que ce que j’ai mérité. » Ces bruits sont dénués de preuves ; et si le prince qui en était l’objet eut souvent une politique artificieuse, jamais il ne fut accusé d’aucun crime particulier. Mais la crainte d’être empoisonné par l’ordre du roi, que La Beaumelle attribue à Louvois, est une véritable absurdité. Louis XIV était fatigué du caractère dur et impérieux de Louvois ; et l’ascendant qu’il avait laissé prendre à ce ministre lui était devenu insupportable. L’indignation que les violences ordonnées par Louvois ; et l’ascendant qu’il avait laissé prendre à ce ministre lui était devenu insupportable. L’indignation que les violences ordonnées par Louvois, et surtout le deuxième incendie du Palatinat, avaient excitée en Europe contre Louis XIV, lui avait rendu odieux un ministre dont les conseils le faisaient haïr. On a dit aussi que Louis XIV avait promis à Louvois, confident de son mariage, de ne jamais reconnaître madame de Maintenon pour reine ; qu’il eut la faiblesse de vouloir oublier sa parole, et que  Louvois la lui rappela avec une fermeté et une hauteur que ni le roi ni madame de Maintenon ne purent lui pardonner. Le chagrin et l’excès du travail accélérèrent sa mort. (K.)

 

20 – Cette lettre est authentique, et l’auteur l’avait déjà vue en manuscrit avant que le fils du grand Racine l’eût fait imprimer.

 

21 – Voir au chapitre XII du Précis du Siècle de Louis XV. (G.A.)

 

22 – Il faut lire M. Michelet sur la fistule du roi : « Tel le roi, telle la France. Elle subit toutes les variations de sa santé. La proscription (protestante) s’aigrit avec le mal du roi. L’opération amène une pétente subite, une faiblesse, une énervation générale. Résultat pitoyable qui n’eut point d’amélioration. La Révocation, en 86, est une fureur ; en 87, une affaire. On surseoit aux martyres, on se rue sur les biens. » (G.A.)

 

23 -  Elle avait déjà fait jouer Andromaque. (G.A.)

 

24 – Les Hébreux figurent aux yeux de M. Michelet, non pas les protestants, mais les réfugiés anglais, ces martyrs de la foi catholique, que Louvois ne voulait pas soutenir dans leurs projets. (G.A.)

 

25 – Il est dit, dans les Mémoires de Maintenon, que Racine voyant le mauvais succès d’Esther dans le public, s’écria : « Pourquoi m’y suis-je exposé ? Pourquoi m’a-t-on détourné de me faire chartreux ? Mille louis le consolèrent. »

 

1°/ Il est faux qu’Esther fût alors mal reçue.

 

2°/ Il est faux et impossible que Racine ait dit qu’on l’avait empêché alors de se faire chartreux, puisque sa femme vivait. L’auteur, qui a tout écrit au hasard et tout confondu, devait consulter les Mémoires sur la vie de Jean Racine, par Louis Racine, son fils ; il y aurait vu que Jean Racine voulait se faire chartreux avant son mariage.

 

3°/ Il est faux que le roi lui eût donné alors mille louis. Cette fausseté est encore prouvée par les mêmes Mémoires. Le roi lui fit présent d’une charge de gentilhomme ordinaire de sa chambre, en 1690, après la représentation d’Athalie, à Versailles. Ces minuties acquièrent quelque importance quand il s’agit d’un aussi grand homme que Racine. Les fausses anecdotes sur ceux qui illustrèrent le beau siècle de Louis XIV sont répétées dans tant de livres ridicules, et ces livres sont en si grand nombre, tant de lecteurs oisifs et mal instruits prennent ces contes pour des vérités, qu’on ne peut trop les prémunir contre tous ces mensonges. Et si l’on dément souvent l’auteur des Mémoires de Maintenon, c’est que jamais auteur n’a plus menti que lui (Voltaire).

 

26 – Comment le marquis de La Fare peut-il dire dans ses Mémoires que « depuis la mort de Madame ce ne fut que jeu, confusion et impolitesse ? » On jouait beaucoup dans les voyages de Marly et de Fontainebleau, mais jamais chez madame de Maintenon ; et la cour fut en tout temps le modèle de la plus parfaite politesse. La duchesse d’Orléans, alors duchesse de Chartres, la princesse de Conti, madame la Duchesse, démentaient bien ce que le marquis de La Fare avance. Cet homme, qui dans le commerce était de la plus grande indulgence, n’a presque écrit qu’une satire. Il était mécontent du gouvernement : il passait sa vie dans une société qui se faisait un mérite de condamner la cour, et cette société fit d’un homme très aimable un historien quelquefois injuste. (Voltaire)

 

 

 

Par loveVoltaire - Publié dans : Le Siècle de Louis XIV
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil
 
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés