LA HENRIADE : Chant quatrième - Partie 2

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SUITE

 

Chant quatrième 

 

 

 

Sixte alors était roi de l’Eglise et de Rome (1)

Si, pour être honoré du titre de grand homme,

Il suffit d’être faux, austère, et redouté,

Au rang des plus grands rois Sixte sera compté.

Il devait sa grandeur à quinze ans d’artifices ;

Il sut cacher, quinze ans, ses vertus et ses vices :

Il sembla fuir le rang qu’il brûlait d’obtenir

Et s’en fit croire indigne afin d’y parvenir.

 

Sous le puissant abri de son bras despotique,

Au fond du Vatican régnait la Politique,

Fille de l’Intérêt et de l’Ambition,

Dont naquirent la Fraude et la Séduction.

Ce monstre ingénieux, en détours si fertile,

Accablé de soucis, paraît simple et tranquille ;

Ses yeux creux et perçants, ennemis du repos,

Jamais du doux sommeil n’ont senti les pavots ;

Par ses déguisements à toute heure elle abuse

Les regards éblouis de l’Europe confuse :

Le Mensonge subtil qui conduit ses discours,

De la Vérité même empruntant le secours,

Du sceau du Dieu vivant empreint ses impostures,

Et fait servir le ciel à venger ses injures (2).

A peine la Discorde avait frappé ses yeux,

Elle court dans ses bras d’un air mystérieux ;

Avec un ris malin la flatte, la caresse ;

Puis prenant tout à coup un ton plein de tristesse :

« Je ne suis plus, dit-elle, en ces temps bienheureux

Où les peuples séduits me présentaient leurs vœux,

Où la crédule Europe, à mon pouvoir soumise,

Confondait dans mes lois les lois de son Eglise.

Je parlais ; et soudain les rois humiliés

Du trône, en frémissant, descendaient à mes pieds.

Sur la terre, à mon gré, ma voix soufflait les guerres ;

Du haut du Vatican je lançais les tonnerres ;

Je tenais dans mes mains la vie et le trépas ;

Je donnais, j’enlevais, je rendais les Etats.

Cet heureux temps n’est plus. Le sénat (3) de la France

Eteint presque en mes mains les foudres que je lance ;

Plein d’amour pour l’Eglise, et pour moi plein d’horreur,

Il ôte aux nations le bandeau de l’erreur (4).

C’est lui qui, le premier, démasquant mon visage,

Vengea la vérité, dont j’empruntais l’image.

Que ne puis-je, ô Discorde ! ardente à te servir,

Le séduire lui-même, ou du moins le punir !

Allons, que tes flambeaux rallument mon tonnerre :

Commençons par la France à ravager la terre ;

Que le prince et l’Etat retombent dans nos fers. »

Elle dit, et soudain s’élance dans les airs (5).

 

Loin du faste de Rome, et des pompes mondaines,

Des temples consacrés aux vanités humaines,

Dont l’appareil superbe impose à l’univers,

L’humble Religion se cache en des déserts :

Elle y vit avec Dieu dans une paix profonde ;

Cependant que son nom, profané dans le monde, 

Est le prétexte saint des fureurs des tyrans,

Le bandeau du vulgaire, et le mépris des grands.

Souffrir est son destin, bénir est son partage :

Elle prie en secret pour l’ingrat qui l’outrage ;

Sans ornement, sans art, belle de ses attraits,

Sa modeste beauté se dérobe à jamais

Aux hypocrites yeux de la foule importune,

Qui court à ses autels adorer la Fortune.

 

Son âme pour Henri brûlait d’un saint amour ;

Cette fille des cieux sait qu’elle doit un jour,

Vengeant de ses autels le culte légitime,

Adopter pour son fils ce héros magnanime :

Elle l’en croyait digne, et ses ardents soupirs

Hâtaient cet heureux temps ? trop lent pour ses désirs.

Soudain la Politique et la Discorde impie

Surprennent en secret leur auguste ennemie.

Elle lève à son Dieu ses yeux mouillés de pleurs :

Son Dieu, pour l’éprouver, la livre à leurs fureurs.

Ces monstres, dont toujours elle a souffert l’injure,

De ses voiles sacrés couvrent leur tête impure,

Prennent ses vêtements respectés des humains,

Et courent dans Paris accomplir leurs desseins.

D’un air insinuant l’adroite Politique

Se glisse au vaste sein de la Sorbonne antique ;

C’est là que s’assemblaient ces sages révérés,

Des vérités du ciel interprètes sacrés,

Qui, des peuples chrétiens arbitres et modèles,

A leur culte attachés, à leur prince fidèles,

Conservaient jusqu’alors une mâle vigueur,

Toujours impénétrable aux flèches de l’erreur.

Qu’il est peu de vertus qui résistent sans cesse !

Du monstre déguisé la voix enchanteresse

Ebranle leurs esprits par ses discours flatteurs.

Aux plus ambitieux elle offre des grandeurs ;

Par l’éclat d’une mitre elle éblouit leur vue :

De l’avare en secret la voix lui fut vendue ;

Par un éloge adroit le savant enchanté,

Pour prix d’un vain encens trahit la vérité ;

Menacé par sa voix, le faible s’intimide.

 

On s’assemble en tumulte, en tumulte on décide.

Parmi les cris confus, la dispute, et le bruit,

De ces lieux, en pleurant, la Vérité s’enfuit.

Alors au nom de tous un des vieillards s’écrie :

« L’Eglise fait les rois, les absout, les châtie ;

En nous est cette Eglise, en nous seuls est sa loi :

Nous réprouvons Valois, il n’est plus notre roi.

Serments (6) jadis sacrés, nous brisons votre chaîne ! »

 

A peine a-t-il parlé, la Discorde inhumaine

Trace en lettres de sang ce décret odieux.

Chacun jure par elle, et signe sous ses yeux.

 

Soudain elle s’envole, et d’église en église

Annonce aux factieux cette grande entreprise ;

Sous l’habit d’Augustin, sous le froc de François,

Dans les cloîtres sacrés fait entendre sa voix :

Elle appelle à grands cris tous ces spectres austères,

De leur joug rigoureux esclaves volontaires.

« De la Religion reconnaissez les traits,

Dit-elle, et du Très-Haut vengez les intérêts.

C’est moi qui viens à vous, c’est moi qui vous appelle.

Ce fer, qui dans mes mains à vos yeux étincelle,

Ce glaive redoutable à nos fiers ennemis,

Par la main de Dieu même en la mienne est remis.

Il est temps de sortir de l’ombre de vos temples :

Allez d’un zèle saint répandre les exemples ;

Apprenez aux Français, incertains de leur foi,

Que c’est servir leur Dieu que d’immoler leur roi.

Songez que de Lévi la famille sacrée,

Du ministère saint par Dieu même honorée,

Mérita cet honneur en portant à l’autel

Des mains teintes du sang des enfants d’Israël.

Que dis-je ! Où sont ces temps, où sont ces jours prospères,

Où j’ai vu les Français massacrés par leurs frères ?

C’était vous, prêtres saints, qui conduisiez leurs bras ;

Coligny par vous seul a reçu le trépas.

J’ai nagé dans le sang ; que le sang coule encore :

Montrez-vous, inspirez ce peuple qui m’adore ! »

 

Le monstre au même instant donne à tous le signal ;

Tous sont empoisonnés de son venin fatal ;

Il conduit dans Paris leur marche solennelle ;

L’étendard (7) de la croix flottait au milieu d’elle.

Ils chantent ; et leurs cris, dévots et furieux,

Semblent à leur révolte associer les cieux.

On les entend mêler, dans leurs vœux fanatiques,

Les imprécations aux prières publiques.

Prêtres audacieux, imbéciles soldats,

Du sabre et de l’épée ils ont chargé leurs bras ;

Une lourde cuirasse a couvert leur cilice.

Dans les murs de Paris cette infâme milice

Suit, au milieu des flots d’un peuple impétueux,

Le Dieu, ce Dieu de paix, qu’on porte devant eux.

 

Mayenne, qui de loin voit leur folle entreprise,

La méprise en secret, et tout haut l’autorise ;

Il sait combien le peuple, avec soumission,

Confond le fanatisme et la religion :

Il connaît ce grand art, aux princes nécessaire,

De nourrir la faiblesse et l’erreur du vulgaire.

A ce pieux scandale enfin il applaudit ;

Le sage s’en indigne, et le soldat en rit.

Mais le peuple excité jusques aux cieux envoie

Des cris d’emportement, d’espérance et de joie ;

Et comme à son audace a succédé la peur,

La crainte en un moment fait place à la fureur.

Ainsi l’ange des mers, sur le sein d’Amphitrite,

Calme à son gré les flots, à son gré les irrite.

La Discorde (8) a choisi seize séditieux,

Signalés par le crime entre les factieux,

Ministres insolents de leur reine nouvelle.

Sur son char tout sanglant ils montent avec elle ;

L’Orgueil, la Trahison, la Fureur, le Trépas,

Dans des ruisseaux de sang marchent devant leurs pas.

Nés dans l’obscurité, nourris dans la bassesse,

Leur haine pour les rois leur tient lieu de noblesse ;

Et jusque sous le dais par le peuple portés,

Mayenne, en frémissant, les voit à ses côtés :

Des jeux de la Discorde ordinaires caprices,

Qui souvent rend égaux ceux qu’elle rend complices (9)

Ainsi, lorsque les vents, fougueux tyrans des eaux,

De la Seine ou du Rhône ont soulevé les flots,

Le limon croupissant dans leurs grottes profondes

S’élève, en bouillonnant, sur la face des ondes ;

Ainsi, dans les fureurs de ces embrasements

Qui changent les cités en de funestes champs,

Le fer, l’airain, le plomb, que les feux amollissent,

Se mêlent dans la flamme à l’or qu’ils obscurcissent.

 

Dans ces jours de tumulte et de sédition,

Thémis résistait seule à la contagion ;

La soif de s’agrandir, la crainte, l’espérance,

Rien n’avait dans ses mains fait pencher sa balance ;

Son temple était sans tache, et la simple Equité

Auprès d’elle, en fuyant, cherchait sa sûreté.

 

Il était dans ce temple un sénat vénérable,

Propice à l’innocence, au crime redoutable,

Qui, des lois de son prince et l’organe et l’appui,

Marchait d’un pas égal entre son peuple et lui.

Dans l’équité des rois sa juste confiance

Souvent porte à leurs pieds les plaintes de la France :

Le seul bien de l’Etat fait son ambition ;

Il hait la tyrannie et la rébellion ;

Toujours plein de respect, toujours plein de courage,

De la soumission distingue l’esclavage ;

Et, pour nos libertés toujours prompt à s’armer,

Connaît Rome, l’honore, et la sait réprimer (10)

 

Des tyrans de la Ligue une affreuse cohorte

Du temple de Thémis environne la porte :

Bussi les conduisait : ce vil gladiateur,

Monté par son audace à ce coupable honneur,

Entre, et parle en ces mots à l’auguste assemblée

Par qui des citoyens la fortune est réglée :

« Mercenaires appuis d’un dédale de lois,

Plébéiens, qui pensez être tuteurs des rois,

Lâches, qui dans le trouble et parmi les cabales

Mettez l’honneur honteux de vos grandeurs vénales,

Timides dans la guerre, et tyrans dans la paix,

Obéissez au peuple, écoutez ses décrets.

Il fut des citoyens avant qu’il fût des maîtres.

Nous rentrons dans les droits qu’ont perdus nos ancêtres,

Ce peuple fut longtemps par vous-même abusé ;

Il s’est lassé du sceptre, et le sceptre est brisé (11).

Effacez ces grands noms qui vous gênaient sans doute,

Ces mots DE PLEIN POUVOIR, qu’on hait et qu’on redoute :

Jugez au nom du peuple ; et tenez au sénat,

Non la place du roi, mais celle de l’Etat !

Imitez la Sorbonne, ou craignez ma vengeance. »

 

Le sénat répondit par un noble silence.

Tels, dans les murs de Rome abattus et brûlants,

Ces sénateurs courbés sous le fardeau des ans

Attendaient fièrement, sur leur siège immobiles,

Les Gaulois et la mort avec des yeux tranquilles.

Bussi, plein de fureur, et non pas sans effroi :

« Obéissez, dit-il, tyrans, ou suivez-moi… »

Alors Harlay se lève, Harlay, ce noble guide,

Ce chef d’un parlement juste autant qu’intrépide ;

Il se présente aux Seize, il demande des fers

Du front dont il aurait condamné ces pervers (12).

On voit auprès de lui les chefs de la justice,

Brûlant de partager l’honneur de son supplice,

Victimes de la foi qu’on doit aux souverains,

Tendre aux fers des tyrans leurs généreuses mains (13).

 

Muse, redites-moi ces noms chers à la France ;

Consacrez ces héros qu’opprima la licence,

Le vertueux de Thou (14), Molé, Scarron, Bayeul,

Potier, cet homme juste, et vous, jeune Longueil,

Vous en qui, pour hâter vos belles destinées,

L’esprit et la vertu devançaient les années :

Tout le sénat enfin, par les Seize enchaîné,

A travers un vil peuple en triomphe est mené

Dans cet affreux château (15), palais de la vengeance,

Qui renferme souvent le crime et l’innocence (16).

Ainsi ces factieux ont changé tout l’Etat ;

La Sorbonne est tombée, il n’est plus de sénat…

Mais pourquoi ce concours et ces cris lamentables ?

Pourquoi ces instruments de la mort des coupables ?

Qui sont ces magistrats que la main d’un bourreau,

Par l’ordre des tyrans, précipite au tombeau ?

Les vertus dans Paris ont le destin des crimes.

Brisson (17), Larcher, Tardif, honorables victimes,

Vous n’êtes point flétris par ce honteux trépas :

Mânes trop généreux, vous n’en rougissez pas ;

Vos noms toujours fameux vivront dans la mémoire ;

Et qui meurt pour son roi meurt toujours avec gloire.

 

Cependant la Discorde, au milieu des mutins,

S’applaudit du succès de ses affreux desseins :

D’un air fier et content, sa cruauté tranquille

Contemple les effets de la guerre civile ;

Dans ces murs tout sanglants, des peuples malheureux

Unis contre leur prince, et divisés entre eux,

Jouets infortunés des fureurs intestines,

De leur triste patrie avançant les ruines ;

Le tumulte au dedans, le péril au dehors,

Et partout le débris, le carnage, et les morts.

 

 

 

 

LA HENRIADE - CHANT 4 - Partie 2 

 

 

 

 

1 – Sixte-Quint, étant cardinal de Montalte, contrefit si bien l’imbécile, près de quinze années, qu’on l’appelait communément l’âne d’Ancône. On sait avec quel artifice il obtient la papauté, et avec quelle hauteur il régna. (G.A.)

 

2 – En 1570, le parlement donna un fameux arrêt contre la bulle In cœna Domini.

 

On connaît ses remontrances célèbres sous Louis XI, au sujet de la pragmatique-sanction ; celles qu’il fit à Henri III contre la bulle scandaleuse de Sixte-Quint, qui appelait la maison régnante génération bâtarde, et sa fermeté constante à soutenir nos libertés contre les prétentions de la cour de Rome. (1730.) (Voltaire.)

 

3 – On a souvent appliqué ce vers à l’auteur de la Henriade, et M. Wircher l’avait mis pour légende à la médaille qu’il a frappée. Cette médaille est fort rare, parce qu’à Genève on exigea de M. Wirchter de supprimer sa légende. (K.)

 

4 – « Que cette tirade est belle, s’écrie le critique de 94, on aime à retrouver ensemble le poète et le philosophe ! C’est le langage de la vérité… » (G.A.)

 

5 – Le 7 janvier de l’an 1589, la faculté de théologie de Paris donna ce fameux décret par lequel il fut déclaré que les sujets étaient déliés de leur serment de fidélité, et pouvaient légitimement faire la guerre au roi. Le Fèvre, doyen, et quelques-uns des plus sages, refusèrent de signer. Depuis, dès que la Sorbonne fut libre, elle révoqué ce décret, que la tyrannie de la Ligue avait arraché de quelques-uns de son corps. Tous les ordres religieux qui, comme la Sorbonne, s’étaient déclarés contre la maison royale, se rétractèrent depuis comme elle. Mais, si la maison de Lorraine avait eu le dessus, se serait-on rétracté ? (1730.) (Voltaire.)

 

6 – Dès que Henri III et le roi de Navarre parurent en armes devant Paris, la plupart des moines endossèrent la cuirasse, et firent la garde avec les bourgeois. Cependant cet endroit du poème désigne la procession de la Ligue, où douze cents moines armés firent la revue dans Paris, ayant Guillaume Rose, évêque de Senlis, à leur tête. (1723). On a placé ici ce fait, quoiqu’il ne soit arrivé qu’après la mort de Henri III. (1730. (Voltaire.)

 

7 – Ce n’est point à dire qu’il n’y eût que seize particuliers séditieux, comme l’a marqué l’abbé Legendre dans sa petite Histoire de France ; mais on les nomma les Seize à cause des seize quartiers de Paris qu’ils gouvernaient par leurs intelligences et leurs émissaires. Ils avaient mis d’abord à leur tête seize des plus factieux de leurs corps. Les principaux étaient Bussi Le Clerc, gouverneur de la Bastille, ci-devant maître en fait d’armes ; La Bruyère, lieutenant-particulier ; le commissaire Louchart ; Emmonot et Morin, procureurs ; Oudinet, Passart, et surtout Senault, commis au greffe du parlement, homme de beaucoup d’esprit, qui le premier développa cette question obscure et dangereuse, du pouvoir qu’une nation peut avoir sur son roi. Je dirai en passant que Senault était père du Père.J.-F. Senault, cet homme éloquent qui est mort général des prêtres de l’Oratoire en France. (1730 et 1741.) (Voltaire.)

 

8 – Les Seize furent longtemps indépendants du duc de Mayenne. L’un d’eux, nommé  Normand, dit un jour dans la chambre du duc : « Ceux qui l’ont fait pourraient bien le défaire. » (1730.) (Voltaire.)

 

9 – Cette peinture du parlement ne ressemble guère à celle que Voltaire fera quarante ans plus tard. (G.A.)

 

10 – Vers qui furent populaires en 1789 et 1792. (G.A.)

 

11– Voilà le plus beau tableau de la Rome catholique et de la politique des papes qui soit dans la littérature française. (G.A.)

 

12 – Voyez la Préface de Marmontel. (G.A.)

 

13 – Le 16 Janvier 1589, Bussi Le Clerc, l’un des Seize, qui de tireur d’armes était devenu gouverneur de la Bastille, et le chef de cette faction, entra dans la grand’chambre du parlement, suivi de cinquante satellites : il présenta au parlement une requête, ou plutôt un ordre, pour forcer cette compagnie à ne plus reconnaître la maison royale.

 

Sur le refus de la compagnie, il mena lui-même à la Bastille tous ceux qui étaient opposés à son parti ; il les y fit jeûner au pain et à l’eau, pour les obliger à se racheter plus tôt de ses mains : voilà pourquoi on l’appelait le grand-pénitencier du parlement. (1730.) (Voltaire.)

 

14 – Augustin de Thou, second du nom, oncle du célèbre historien ; il eut la charge de président du fameux Pibrac, en 1585.

 

Molé ne peut être qu’Edouard Molé, conseiller au parlement, mort en 1634.

 

Scarron était le bisaïeul du fameux Scarron, si connu par ses poésies et par l’enjouement de son esprit.

 

Bayeul était oncle du surintendant des finances.

 

Nicolas Potier de Novion de Blancménil, président à mortier, se nommait Blancménil, à cause de la terre de ce nom, qui depuis tomba dans la maison de Lamoignon, par le mariage de sa petite-fille avec le président de Lamoignon.

 

Nicolas Potier ne fut pas, à la vérité, conduit à la Bastille avec les autres membres du parlement, car il n’était pas venu ce jour-là à la grand’chambre ; mais il fut depuis emprisonné au Louvre, dans le temps de la mort de Brisson. On voulut lui faire le même traitement qu’à ce président. On l’accusait d’avoir une correspondance secrète avec Henri IV. Les Seize lui firent son procès dans les formes, afin de mettre de leur côté les apparences de la justice, et de ne plus effaroucher le peuple par des exécutions précipitées, que l’on regardait comme des assassinats.

 

Enfin comme Blancménil allait être condamné à être pendu, le duc de Mayenne revint à Paris. Ce prince avait toujours eu pour Blancménil une vénération qu’on ne pouvait refuser à sa vertu ; il alla lui-même le tirer de prison. Le prisonnier se jeta à ses pieds, et lui dit : « Monseigneur, je vous ai obligation de la vie ; mais j’ose vous demander un plus grand bienfait : c’est de me permettre de me retirer auprès de Henri IV, mon légitime roi : je vous reconnaîtrai toute ma vie pour mon bienfaiteur ; mais je ne puis vous servir comme mon maître. » Le duc de Mayenne, touché de ce discours, le releva, l’embrassa, et le renvoya à Henri IV. Le récit de cette aventure, avec l’interrogatoire de Blancménil, sont encore dans les papiers de M. le président de Novion d’aujourd’hui.

 

Bussi Le Clerc avait été d’abord maître en fait d’armes, et ensuite procureur. Quand le hasard et le malheur des temps l’eurent mis en quelque crédit, il prit le surnom de Bussi, comme s’il eût été aussi redoutable que le fameux Bussi d’Amboise. Il se faisait aussi nommer Bussi Grande-Puissance. (1723.) (Voltaire.)

 

15 – La Bastille. (1723.) (Voltaire.)

 

16 – Vers souvent cités aussi lors de la prise de la Bastille. (G.A.)

 

17 – En 1591, un vendredi 15 Novembre, Barnabé Brisson, homme très savant, et qui faisait les fonctions de premier président, en l’absence d’Achille de Harlay, Claude Larcher, conseiller aux enquêtes, et Jean Tardif, conseiller au Châtelet, furent pendus à une poutre, dans le petit Châtelet, par l’ordre des Seize. Il est à remarquer que Hamilton, curé de Saint-Côme, furieux ligueur, était venu prendre lui-même Tardif dans sa maison, ayant avec lui des prêtres qui servaient d’archers. (1730) – Voyez sur ces événements l’ouvrage intitulé Histoire du Parlement ; l’auteur y parle comme historien ; ici il parle comme poète. (K.)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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