JUGEMENT SUR VOLTAIRE de SCHLEGEL

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Frédéric SCHLEGEL

 

 

 

 

 

 

JUGEMENT SUR VOLTAIRE

 

De

 

 

Frédéric SCHLEGEL

 

 

1772 - 1829

 

 

PHILOSOPHE, CRITIQUE, ÉCRIVAIN ALLEMAND

 

 

 

 

 

 

         On ne trouve dans Voltaire ni un véritable système d’incrédulité, ni en général des principes solides ou des opinions philosophiques arrêtées, ni une manière particulière d’émettre le doute philosophique. De même que les sophistes de l’antiquité faisaient briller leur esprit, en exposant et en soutenant tour à tour et avec la plus belle éloquence les opinions les plus opposées, de même aussi Voltaire écrit d’abord un livre sur la Providence, puis un autre dans lequel il la combat. Ici, du moins, il est assez sincère pour que l’on puisse facilement reconnaître auquel des deux ouvrages il a travaillé avec le plus de plaisir. En général, il s’abandonnait, suivant son caprice et suivant les circonstances, à l’esprit de plaisanterie  que lui inspirait sa répugnance pour le christianisme, et en partie aussi pour toute espèce de religion. Sous ce rapport, son esprit agit comme un moyen désorganisateur pour l’anéantissement de toute philosophie grave, morale et religieuse. Cependant je pense que Voltaire a été encore plus dangereux par les idées qu’il a accréditées sur l’histoire que par ses railleries amères contre la religion…

 

         L’essence de cette manière d’envisager l’histoire, dont Voltaire est le créateur, consiste dans la haine qui éclate partout, à toute occasion et sous toutes les formes imaginables, contre les religieux et les prêtres, contre le christianisme et contre toute religion. Dans ce point de vue politique domine une prédilection étroite, inapplicable à l’Europe, pour tout ce qui est républicain ; et souvent, avec une fausse appréciation et une connaissance très imparfaite du véritable esprit républicain et de la véritable république…

 

         Quelque penchant qu’il eût à rendre hommage à la vanité de sa nation, il avait cependant parfois des moments d’humeur et de mécontentement où il s’exprimait à son égard avec sincérité et même avec amertume, comme dans ces mots, « Il y a du tigre et du singe dans la nation française, » qu’on eût pu facilement rétorquer contre lui-même ; tant il était impossible à cet esprit mordant de traiter un sujet quelconque avec l’attention convenable et une gravité soutenue ? En flattant la vanité de sa nation, il lui donna pour longtemps une fausse direction, dont les suites funestes n’ont commencé à diminuer que lorsque les Français ont repris vis-à-vis des autres nations une attitude naturelle et plus convenable.

 

 

 

 

 

 

Histoire de la Littérature.

 

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