JUGEMENT SUR VOLTAIRE de MARMONTEL

Publié le par loveVoltaire

Jean-François MARMONTEL

 

 

 

JUGEMENT SUR VOLTAIRE

 

DE

 

Jean-François MARMONTEL

 

 

1723 - 1799

 

 

 

 

 

ENCYCLOPÉDISTE, HISTORIEN, CONTEUR, ROMANCIER,

 

GRAMMAIRIEN, POÈTE, DRAMATURGE,

 

PHILOSOPHE FRANÇAIS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

         On sait avec quelle bonté Voltaire accueillait les jeunes gens qui s’annonçaient par quelques talents pour la poésie : le Parnasse français était comme un empire dont il n’aurait voulu céder le sceptre à personne au monde, mais dont il se plaisait à voir les sujets se multiplier…

 

 

         Les conversations de Voltaire et de Vauvenargues étaient ce que jamais on peut entendre de plus riche et de plus fécond. C’était, du côté de Voltaire, une abondance intarissable de faits intéressants et de traits de lumière. C’était, du côté de Vauvenargues, une éloquence pleine d’aménité, de grâce et de sagesse. Jamais dans la dispute on ne mit tant d’esprit, de douceur, de bonne foi, et, ce qui me charmait plus encore, c’était, d’un côté, le respect de Vauvenargues pour le génie de Voltaire, et, de l’autre, la tendre vénération de Voltaire pour la vertu de Vauvenargues…

 

 

         Voltaire avait cherché la gloire par toutes les routes ouvertes au génie, et l’avait méritée par d’immenses travaux et par des succès éclatants ; mais sur toutes ces routes il avait rencontré l’envie et toutes les furies dont elle est escortée. Jamais homme de lettres n’avait essuyé tant d’outrages, sans autre crime que de grands talents et l’ardeur de les signaler. On croyait être ses rivaux en se montrant ses ennemis ; ceux qu’en passant il foulait aux pieds, l’insultaient encore dans leur fange. Sa vie entière fut une lutte, et il y fut infatigable. Le combat ne fut pas toujours digne de lui, et il eut encore plus d’insectes à écraser que de serpents à étouffer. Mais il ne sut jamais ni dédaigner ni provoquer l’offense : les plus vils de ses agresseurs ont été flétris de sa main ; l’arme du ridicule fut l’instrument de ses vengeances, et il s’en fit un jeu redoutable et cruel. Mais le plus grand des biens, le repos, lui fut inconnu.

 

 

(Mémoires.)

 

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J


Je dois avouer que c'est actuellement cette vue de Volti qui me touche le plus, car elle est plus nuancée et faite par un proche contemporain de Volti.


Vive Marmontel ! Vive Volti !


Merci et bravo LoveV ! 



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L


J'accepte votre Merci, mais non le bravo. Je ne suis que la secrétaire particulière de Monsieur de Voltaire.