EPITRE : Au roi de Prusse - 9 Avril 1741

Publié le par loveVoltaire

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Photo de PAPAPOUSS

 

 

 

 

 

 

 

AU ROI DE PRUSSE.

 

 

A Bruxelles, le 9 Avril 1741.

 

 

 

 

Non, il n’est point ingrat, c’est moi qui suis injuste ;

Il fait des vers, il m’aime ; et ce héros auguste,

En inspirant l’amour, en répandant l’effroi,

Caresse encor sa muse, et badine avec moi.

Du bouclier de Mars il s’est fait un pupitre (1) ;

De sa main triomphante il me trace une épître,

Une épître où son cœur a paru tout entier.

J’y vois le bel esprit, et l’homme, et le guerrier.

C’est le vrai coloris de son âme intrépide.

Son style, ainsi que lui, brillant, mâle et rapide

Sans languir un moment, ressemble à ses exploits.

Il dit tout en deux mots, et fait tout en deux mois.

 

O ciel ! veillez sur lui, si vous aimez la terre :

Ecartez loin de lui les foudres de la guerre ;

Mais écartez surtout les poignards des dévots.

Que le fou Loyola défende à ses suppôts

D’imiter saintement, dans les champs germaniques,

Des Châtels, des Cléments, les forfaits catholiques.

Je connais trop l’Eglise et ses saintes fureurs.

Je ne crains point les rois, je crains les directeurs ;

Je crains le front tondu d’un cuistre à robe noire,

Qui, du vieux Testament lisant du nez l’histoire,

D’Aod et de Judith admirant les desseins,

Prêche le parricide, et fait des assassins.

Il sait d’un fanatique enhardir la faiblesse.

Un sot à deux genoux, qui marmotte à confesse

La liste des péchés dont il veut le pardon,

Instrument dangereux dans les mains d’un fripon,

Croit tout, est prêt à tout ; et sa main frénétique

Respecte rarement un héros hérétique.

 

 EPITRE 9 AVRIL 1741

 

 

 

1 – Le roi de Prusse était entré en Silésie depuis le mois de Décembre 1740. (G.A.)

 

 

 

 

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