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Lundi 12 octobre 2009 1 12 /10 /Oct /2009 19:49

 

 

 

A MADAME NECKER (1)

 

 

− 1776 −

 

 

 

 

J’étais nonchalamment tapi

Dans le creux de cette statue (2).

Contre laquelle a tant glapi

Des méchants l’énorme cohue ;

Je voulais d’un écrit galant

Cajoler la belle héroïne

Qui me fit un si beau présent

Du haut de la double colline.

Mais on m’apprend que votre époux,

Qui sur la croupe du Parnasse

S’était mis à côté de vous,

A changé tout à coup de place ;

Qu’il va de la cour de Phébus,

Petite cour assez brillante,

A la grosse cour de Plutus,

Plus solide et plus importante.

Je l’aimai lorsque dans Paris

De Colbert il prit la défense,

Et qu’au Louvre il obtint le prix

Que le goût donne à l’éloquence.

A monsieur Turgot j’applaudis,

Quoiqu’il parût d’un autre avis

Sur le commerce et la finance.

Il faut qu’entre les beaux esprits

Il soit un peu de différence,

Qu’à son gré chaque mortel pense,

Qu’on soit honnêtement en France

Libre et sans fard dans ses écrits.

On peut tout dire, on peut tout croire :

Plus d’un chemin mène à la gloire,

Et quelquefois au paradis.

 






 

1 – Son mari venait d’être nommé directeur du trésor public. (G.A.)

 

2 – Voir les Stances à la même dame. (G.A.)


Par loveVoltaire - Publié dans : EPITRES
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