DICTIONNAIRE PHILOSOPHIQUE : Q comme QUIQUIS (sur les persécuteurs) - 1

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Q comme QUISQUIS

 

(DU) DE RAMUS OU LA RAMÉE

 

 

 

AVEC QUELQUES OBSERVATIONS UTILES SUR LES PERSÉCUTEURS,

LES CALOMNIATEURS ET LES FAISEURS DE LIBELLES

 

 

 

_______

 

 

 

 

         Il vous importe fort peu, mon cher lecteur, qu’une des plus violentes persécutions excitées au seizième siècle contre Ramus (1), ait eu pour objet la manière dont on devait prononcer quisquis et quanquam.

 

         Cette grande dispute partagea longtemps tous les régents de collège et tous les maîtres de pension du seizième siècle ; mais elle est assoupie aujourd’hui, et probablement ne se réveillera pas.

 

         Voulez-vous apprendre (2) si « monsieur Gallandius Torticolis passait monsieur Ramus son ennemi en l’art oratoire, ou si monsieur Ramus passait monsieur Gallandius Torticolis, » vous pourrez vous satisfaire en consultant Thomas Freigius, in vita Rami ; car Thomas Freigius est un auteur qui peut être utile aux curieux, quoi qu’en dise Banosius.

 

         Mais que ce Ramus ou La Ramée, fondateur d’une chaire de mathématiques au Collège royal de Paris, bon philosophe dans un temps où l’on ne pouvait guère en compter que trois, Montaigne, Charron, et de Thou l’historien ; que ce Ramus, homme vertueux dans un siècle de crimes, homme aimable dans la société, et même, si on veut, bel esprit ; qu’un tel homme, dis-je, ait été persécuté toute sa vie, qu’il ait été assassiné par des professeurs et des écoliers de l’université ; qu’on ait traîné les lambeaux de son corps sanglant aux portes de tous les collèges, comme une juste réparation faite à la gloire d’Aristote ; que cette horreur, dis-je encore, ait été commise à l’édification des âmes catholiques et pieuses, ô Français ! avouez que cela est un peu welche.

 

         On me dit que depuis ces temps les choses sont bien changées en Europe, que les mœurs se sont adoucies, qu’on ne persécute plus les gens jusqu’à la mort. Quoi donc ! n’avons-nous pas déjà observé dans ce Dictionnaire que le respectable Barneveldt, le premier homme de la Hollande, mourut sur l’échafaud pour la plus folle et la plus impertinente dispute qui ait troublé les cerveaux théologiques ?

 

         Que le procès criminel du malheureux Théophile n’eut sa source que dans quatre vers d’une ode que les jésuites Garasse et Voisin lui imputèrent, qu’ils le poursuivirent avec la fureur la plus violente et les artifices les plus noirs, qu’ils le firent brûler en effigie (3) ?

 

         Que de nos jours cet autre procès de La Cadière ne fut intenté que par la jalousie d’un jacobin contre un jésuite qui avait disputé avec lui sur la grâce ?

 

         Qu’une misérable querelle de littérature dans un café fut la première origine de ce fameux procès de Jean-Baptiste Rousseau le poète ; procès dans lequel un philosophe innocent fut sur le point de succomber par des manœuvres bien criminelles ?

 

         N’avons-nous pas vu l’abbé Guyot Desfontaines dénoncer le pauvre abbé Pellegrin comme auteur d’une pièce de théâtre, et lui faire ôter la permission de dire la messe qui était son gagne-pain ?

 

         Le fanatique Jurieu ne persécuta-t-il pas sans relâche le philosophe Bayle ; et lorsqu’il fut parvenu enfin à le faire dépouiller de sa pension et de sa place, n’eut-il pas l’infamie de le persécuter encore ?

 

         Le théologien Lange n’accusa-t-il pas Wolf, non-seulement de ne pas croire en Dieu, mais encore d’avoir insinué dans son cours de géométrie qu’il ne fallait pas s’enrôler au service du second roi de Prusse ? Et sur cette belle délation, le roi ne donna-t-il pas au vertueux Wolf le choix de sortir de ses Etats dans vingt-quatre heures, ou d’être pendu ? Enfin, la cabale jésuitique ne voulut-elle pas perdre Fontenelle ?

 

         Je vous citerais cent exemples des fureurs de la jalousie pédantesque ; et j’ose maintenir, à la honte de cette indigne passion, que si tous ceux qui ont persécuté les hommes célèbres ne les ont pas traités comme les gens de collège traitèrent Ramus, c’est qu’ils ne l’ont pas pu.

 

         C’est surtout dans la canaille de la littérature et dans la fange de la théologie que cette passion éclate avec le plus de rage.

 

         Nous allons, mon cher lecteur, vous en donner quelques exemples.

 

 

1 – Ce ne fut pas la seule cause des persécutions sans fin dirigées contre Pierre de la Ramée, dont la bibliothèque et les meubles furent pillés en 1562, qui fut exilé en 1567, et que des fanatiques égorgèrent le 24 Août 1572. Fils d’un gentilhomme liégeois ruiné par la guerre et réfugié en Picardie, Pierre de la Ramée avait quitté le métier de berger pour entrer comme domestique au collège de Navarre. A force de travail, de persévérance, de privations, il parvint à mériter et à remplir avec éclat les fonctions de principal du collège de Presles et de professeur d’éloquence et de philosophie au collège de France.

 

            Son premier crime fut d’attaquer Aristote et la scolastique ; son second, d’incliner vers la réforme et d’y apporter des idées tellement avancées, que Théodore de Bèze les fit rejeter par le synode de Nîmes comme trop favorables à la démocratie. Voltaire, dont l’attention s’est constamment portée sur les novateurs pour les réhabiliter, ne pouvait oublier ce martyr du progrès. (E.B.)

 

2 – Voyez Brantôme, Hommes illustres, tome II. (Voltaire.)

 

3 – Voyez l’article THÉOPHILE, au chapitre Athéisme. − Ou plutôt voyez la septième des Lettres à Son Altesse Monseigneur le prince de Brunswick. (G.A.)

 

 

 

 

 

 

 

EXEMPLES DES PERSÉCUTIONS QUE DES HOMMES DE LETTRES INCONNUS ONT EXCITÉES OU TACHÉ D’EXCITER

CONTRE DES HOMMES DE LETTRES CONNUS.

 

 

 

 

         Le catalogue de ces persécutions serait bien long ; il faut se borner.

 

         Le premier qui éleva l’orage contre le très estimable et très regretté Helvétius fut un petit convulsionnaire.

 

         Si ce malheureux avait été un véritable homme de lettres, il aurait pu relever avec honnêteté les défauts du livre.

 

         Il aurait pu remarquer que ce mot esprit, étant seul, ne signifie pas l’entendement humain, titre convenable au livre de Locke ; qu’en français le mot esprit ne veut dire ordinairement que pensée brillante. Ainsi la manière de bien penser dans les ouvrages d’esprit signifie, dans le titre de ce livre, la manière de mettre de la justesse dans les ouvrages agréables, dans les ouvrages d’imagination. Le titre Esprit, sans aucune explication, pouvait donc paraître équivoque ; et c’était assurément une bien petite faute.

 

         Ensuite, en examinant ce livre, on aurait pu observer :

 

         Que ce n’est point parce que les singes ont les mains différentes de nous qu’ils ont moins de pensées, car leurs mains sont comme les nôtres ;

 

         Qu’il n’est pas vrai que l’homme soit l’animal le plus multiplié sur la terre ; car dans chaque maison il y a deux ou trois mille fois plus de mouches que d’hommes ;

 

         Qu’il est faux que du temps de Néron on se plaignît de la doctrine de l’autre monde nouvellement introduite, laquelle énervait les courages ; car cette doctrine était introduite depuis longtemps (1) ;

 

         Qu’il est faux que les mots nous rappellent des images ou des idées ; car les images sont des idées : il fallait dire des idées simples ou composées ;

 

         Qu’il est faux que la Suisse ait à proportion plus d’habitants que la France et l’Angleterre ;

 

         Qu’il est faux que le mot de libre soit le synonyme d’éclairé : lisez le chapitre de Locke sur la puissance ;

 

         Qu’il est faux que les Romains aient accordé à César, sous le nom d’imperator, ce qu’ils lui refusaient sous le nom de rex : car ils le créèrent dictateur perpétuel, et quiconque avait gagné une bataille était imperator : Cicéron était imperator ;

 

         Qu’il est faux que la science ne soit que le souvenir des idées d’autrui, car Archimède et Newton inventaient ;

 

         Qu’il est faux autant que déplacé de dire que la Lecouvreur et Ninon aient eu autant d’esprit qu’Aristote et Solon ; car Solon fit des lois, Aristote quelques livres excellents, et nous n’avons rien de ces deux demoiselles ;

 

         Qu’il est faux de conclure que l’esprit soit le premier des dons, de ce que l’envie permet à chacun d’être le panégyriste de sa probité, et qu’il n’est pas permis de vanter son esprit : car, premièrement, il n’est permis de parler de sa probité que quand elle est attaquée ; secondement, l’esprit est un ornement dont il est impertinent de se vanter, et la probité une chose nécessaire dont il est abominable de manquer ;

 

         Qu’il est faux que l’on devienne stupide dès qu’on cesse d’être passionné ; car, au contraire, une passion violente rend l’âme stupide sur tous les autres objets ;

 

         Qu’il est faux que tous les hommes soient nés avec les mêmes talents ; car dans toutes les écoles des arts et des sciences, tous ayant les mêmes maîtres, il y en a toujours très peu qui réussissent ;

 

         Qu’enfin, sans aller plus loin, cet ouvrage, d’ailleurs estimable, est un peu confus, qu’il manque de méthode, et qu’il est gâté par des contes indignes d’un livre de philosophie.

 

         Voilà ce qu’un véritable homme de lettres auraient pu remarquer. Mais de crier au déisme et à l’athéisme tout à la fois, de recourir indignement à ces deux accusations contradictoires, de cabaler pour perdre un homme d’un très grand mérite, pour le dépouiller lui et son approbateur de leurs charges, de solliciter contre lui non-seulement la Sorbonne qui ne peut faire aucun mal par elle-même, mais le parlement qui en pouvait faire beaucoup, ce fut la manœuvre la plus lâche et la plus cruelle ; et c’est ce qu’ont fait deux ou trois hommes pétris de fanatisme, d’orgueil et d’envie (2).

 

 

1 – Voyez Cicéron, Lucrèce, Virgile, etc. (Voltaire.)

 

2 – La Sorbonne censura d’abord le livre d’Helvétius ; puis quelques prêtres et le nommé Neuville, jésuite, prêchèrent à Paris et à la cour contre l’ouvrage ; puis les jansénistes se mirent à crier qu’il fallait brûler l’auteur lui-même ; puis Chaumeix publia son Examen critique du livre de l’Esprit ; et le gazetier ecclésiastique, et Berthier du journal de Trévoux, se déchaînèrent contre l’athée ; enfin, la mère d’Helvétius elle-même, poussée par les jésuites, conjura son fils de se rétracter ; et comme il résistait, on lui cria que sa résistance pouvait compromettre le censeur royal qui avait laissé passer le livre. C’est alors qu’Helvétius signa ce qu’on voulut. Mais vaine soumission ! piège tendu à son honneur seul ! Car dès qu’il eut signé, il reçut ordre de se démettre de sa charge de maître d’hôtel de la reine ; et son censeur qu’il avait cru sauver, M. Tercier, fut destitué de sa place de premier commis aux affaires étrangères. Le parlement s’apprêtait même à sévir contre les personnes, quand un arrêt du conseil qui supprima le livre sauva l’auteur et le censeur. (G.A.)

 

 

 

 

 

DU GAZETIER ECCLÉSIASTIQUE.

 

 

 

 

         Lorsque l’Esprit des lois parut, le gazetier ecclésiastique ne manqua pas de gagner de l’argent, ainsi que nous l’avons déjà remarqué, en accusant dans deux feuilles absurdes le président de Montesquieu d’être déiste et athée. Sous un autre gouvernement, Montesquieu eût été perdu : mais les feuilles du gazetier, qui, à la vérité, furent bien vendues, parce qu’elles étaient calomnieuses, lui valurent aussi les sifflets et l’horreur du public.

 

 

 

 

 

DE PATOUILLET.

 

 

 

         Un ex-jésuite, nommé Patouillet, s’avisa de faire, en 1764, un mandement sous le nom d’un prélat, dans lequel il accusait encore deux hommes de lettres connus, d’être déistes et athées, selon la louable coutume de ces messieurs. Mais comme ce mandement attaquait aussi tous les parlements du royaume, et que d’ailleurs il était écrit d’un style de collège, il ne fut guère connu que du procureur-général qui le déféra, et du bourreau qui le brûla.

 

 

 

 

 

DU JOURNAL CHRÉTIEN.

 

 

 

         Quelques écrivains avaient entrepris un journal chrétien, comme si les autres journaux étaient idôlatres. Ils vendaient leur christianisme vingt sous par mois, ensuite ils le proposèrent à quinze, il tomba à douze, puis disparut à jamais. Ces bonnes gens avaient, en 1760, renouvelé l’accusation ordinaire de déisme et d’athéisme contre M. de Saint-Foix, à l’occasion de quelques faits très vrais rapportés dans les Essais sur Paris. Ils trouvèrent cette fois-là dans l’auteur qu’ils attaquaient un homme qui se défendait mieux que Ramus : il leur fit un procès criminel au Châtelet. Ces chrétiens furent obligés de se rétracter, après quoi ils restèrent dans leur néant.

 

 

 

 

 

DE NONOTTE.

 

 

 

         Un autre ex-jésuite, nommé Nonotte, dont nous avons quelquefois dit deux mots pour le faire connaître, fit encore la même manœuvre en deux volumes, et répéta les accusations de déisme et d’athéisme contre un homme assez connu. Sa grande preuve était que cet homme avait, cinquante ans auparavant, traduit dans une tragédie deux vers de Sophocle, dans lesquels il est dit que les prêtres païens s’étaient souvent trompés (1). Nonotte envoya son livre à Rome au secrétaire des brefs ; il espérait un bénéfice, et n’en eut point ; mais il obtint l’honneur inestimable de recevoir une lettre du secrétaire des brefs.

 

         C’est une chose plaisante que tous ces dogues attaqués de la rage aient encore de la vanité. Ce Nonotte, régent de collège et prédicateur de village, le plus ignorant des prédicateurs, avait imprimé, dans son libelle, que Constantin fut en effet très doux et très honnête dans sa famille ; qu’en conséquence le labatum s’était fait voir à lui dans le ciel ; que Dioclétien avait passé toute sa vie à massacrer des chrétiens pour son plaisir, quoiqu’il les eût protégés sans interruption pendant dix-huit années ; que Clovis ne fut jamais cruel ; que les rois de ce temps-là n’eurent jamais plusieurs femmes à la fois ; que les confessionnaux furent en usage dès les premiers siècles de l’Eglise ; que ce fut une action très méritoire de faire une croisade contre le comte de Toulouse, de lui donner le fouet, et de le dépouiller de ses Etats.

 

         M. Damilaville daigna relever les erreurs de Nonotte (2), et l’avertit qu’il n’était pas poli de dire de grosses injures, sans aucune raison, à l’auteur de l’Essai sur les mœurs et l’esprit des nations ; qu’un critique est obligé d’avoir toujours raison, et que Nonotte avait trop rarement observé cette loi.

 

         Comment ! s’écrie Nonotte, je n’aurais pas toujours raison, moi qui suis jésuite, ou qui du moins l’ai été ! Je pourrais me tromper, moi qui ai régenté en province, et qui même ai prêché ! Et voilà Nonotte qui fait encore un gros livre, pour prouver à l’univers que, s’il s’est trompé, c’est sur la foi de quelques jésuites ; que par conséquent on doit le croire. Et il entasse, il entasse bévue sur bévue, pour se plaindre à l’univers du tort qu’on lui fait, pour éclairer l’univers très peu instruit de la vanité de Nonotte et de ses erreurs. (3).

 

         Tous ces-gens-là trouvent toujours mauvais qu’on ose se défendre contre eux. Ils ressemblent au Scaramouche de l’ancienne comédie italienne, qui volait un rabat de point à Mezzetin : celui-ci déchirait un peu le rabat en se défendant ; et Scaramouche lui disait : Comment ! insolent, vous me déchirez mon rabat !

 

 

1 – Ce sont les deux vers d’Œdipe, acte IV, scène I :

 

Les prêtres ne sont pas ce qu’un vain peuple pense ;

Notre crédulité fait toute leur science.

 

2 – Nonotte, ou plutôt Nonnotte, avait publié, en 1762, les Erreurs de M. de Voltaire, où non content de relever les citations fausses de l’Essai sur les mœurs, il dénonçait les opinions anticatholiques de l’écrivain. Vinrent ensuite Lettre d’un ami à un ami sur les HONNÊTETÉS LITTÉRAIRES, ou Supplément aux erreurs de Voltaire (1767), et le Dictionnaire philosophique de la religion, 1772. Voltaire se moque avec raison de la vanité de Nonotte : elle était, en effet, fort grande : « Mon discours préliminaire sur les Erreurs de M. de Voltaire, écrivait par exemple le jésuite, est l’un des plus excellents morceaux en genre de préface. » (G.A.)

 

3 – Voltaire avait donné, sous le nom de Damilaville, les Eclaircissements historiques.

 

 

 

 

 

DE LARCHER,

 

ANCIEN RÉPÉTITEUR DU COLLÈGE MAZARIN.

 

 

(1)

 

 

 

         Une autre lumière de collège, un nommé Larcher, pouvait, sans être un méchant homme, faire un méchant livre de critique, dans lequel il semble inviter toutes les belles dames de Paris à venir coucher pour de l’argent dans l’église Notre-Dame, avec tous les rouliers et tous les bateliers, et cela par dévotion. Il prétend que les jeunes Parisiens sont fort sujets à la sodomie ; il cite pour son garant un auteur grec son favori. Il s’étend avec complaisance sur la bestialité ; et il se fâche sérieusement de ce que dans un errata de son livre on a mis par mégarde : Bestialité, lisez bêtise.

 

         Mais ce même Larcher commence son livre comme ceux de ses confrères, par vouloir faire brûler l’abbé Bazin. Il l’accuse de déisme et d’athéisme, pour avoir dit que les fléaux qui affligent la nature viennent tous de la Providence. Et après cela M. Larcher est tout étonné qu’on se soit moqué de lui.

 

         A présent que toutes les impostures de ces messieurs sont reconnues, que les délateurs en fait de religion sont devenus l’opprobre du genre humain ; que leurs livres, s’ils trouvent deux ou trois lecteurs, n’excitent que la risée ; c’est une chose divertissante de voir comment tous ces gens-là s’imaginent que l’univers a les yeux sur eux ; comme ils accumulent brochures sur brochures, dans lesquelles ils prennent à témoin tout le public de leurs innombrables efforts pour inspirer les bonnes mœurs, la modération et la piété.

 

 

1 – Larcher avait publié contre Voltaire un Supplément à la philosophie de l’histoire, où il traitait le philosophe de bête féroce dont on a tout à craindre. Voltaire lui répondit par la Défense de mon oncle, où il se moqua de Larcher et de ses injures. Celui-ci riposta par une Réponse à la défense, où il voulut faire à son tour le plaisant et ne fut que ridicule. C’est dans cette réponse qu’on lit : « Dans un demi-siècle, le Dictionnaire philosophique, la Philosophie de l’histoire, les Honnêtetés littéraires, l’Ingénu et autres pareilles rapsodies, ne se trouveront plus, pas même chez les épiciers. » Si un demi-siècle après cette bonne prédiction on n’avait pas oublié Voltaire, on n’avait pourtant pas oublié non plus maître Larcher ; car Paul-Louis Courier se moquait de lui dans sa préface d’Hérodote ; mais c’était pour la dernière fois. (G.A.)

 

 

 

Q comme QUIQUIS - Partie 1

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