DICTIONNAIRE PHILOSOPHIQUE : P comme PRETRES DES PAIENS

Publié le par loveVoltaire

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P comme PRÊTRES DES PAÏENS.

 

 

 

 

 

 

          Dom Navarrète, dans une de ses lettres à Don Juan d’Autriche, rapporte ce discours du dalaï-lama à son conseil privé.

 

« Mes vénérables frères, vous et moi nous savons très bien que je ne suis pas immortel ; mais il est bon que les peuples le croient. Les Tartares du grand et du petit Thibet sont un peuple de col roide et de lumières courtes, qui ont besoin d’un joug pesant et de grosses erreurs. Persuadez-leur bien mon immortalité, dont la gloire rejaillit sur vous, et qui vous procure honneurs et richesses.

 

Quand le temps viendra où les Tartares seront plus éclairés, on pourra leur avouer alors que les grands lamas ne sont point immortels, mais que leurs prédécesseurs l’ont été, et que ce qui était nécessaire pour la fondation de ce divin édifice, ne l’est plus quand l’édifice est affermi sur un fondement inébranlable.

 

J’ai eu d’abord quelque peine à faire distribuer aux vassaux de mon empire les agréments de ma chaise percée, proprement enchâssés dans des cristaux ornés de cuivre doré ; mais ces monuments ont été reçus avec tant de respect qu’il a fallu continuer cet usage, lequel, après tout, ne répugne en rien aux bonnes mœurs, et qui fait entrer beaucoup d’argent dans notre trésor sacré.

 

Si jamais quelque raisonneur impie persuade au peuple que notre derrière n’est pas aussi divin que notre tête, si on se révolte contre nos reliques, vous en soutiendrez la valeur autant que vous le pourrez. Et si vous êtes forcés enfin d’abandonner la sainteté de notre cul, vous conserverez toujours dans l’esprit des raisonneurs le profond respect qu’on doit à notre cervelle, ainsi que dans un traité avec les Mongoles nous avons cédé une mauvaise province pour être possesseurs paisibles des autres.

 

Tant que nos Tartares du grand et du petit Thibet ne sauront ni lire ni écrire, tant qu’ils seront grossiers et dévots, vous pourrez prendre hardiment leur argent, coucher avec leurs femmes et avec leurs filles, et les menacer de la colère du dieu Fo s’ils osent se plaindre.

 

Lorsque le temps de raisonner sera arrivé (car enfin il faut bien qu’un jour les hommes raisonnent), vous prendrez alors une conduite tout opposée, et vous direz le contraire de ce que vos prédécesseurs ont dit ; car vous devez changer de bride à mesure que les chevaux deviennent plus difficiles à gouverner. Il faudra que votre extérieur soit plus grave, vos intrigues plus mystérieuses, vos secrets mieux gardés, vos sophisme plus éblouissants, votre politique plus fine. Vous êtes alors les pilotes d’un vaisseau qui fait eau de tous côtés. Ayez sous vous des subalternes qui soient continuellement occupés à pomper, à calfater, à boucher tous les trous. Vous voguerez avec plus de peine ; mais enfin vous voguerez, et vous jetterez dans l’eau ou dans le feu, selon qu’il conviendra le mieux, tous ceux qui voudront examiner si vous avez bien radoubé le vaisseau.

 

Si les incrédules sont, ou le prince des Kalkas, ou le conteish des Calmouks, ou un prince de Casan, ou tel autre grand seigneur qui ait malheureusement trop d’esprit, gardez-vous bien de prendre querelle avec eux. Respectez-les, dites-leur toujours que vous espérez qu’ils rentreront dans la bonne voie. Mais pour les simples citoyens, ne les épargnez jamais ; plus ils seront gens de bien, plus vous devrez travailler à les exterminer, car ce sont les gens d’honneur qui sont les plus dangereux pour vous.

 

Vous aurez la simplicité de la colombe, la prudence du serpent, et la griffe du lion, selon les lieux et selon les temps ».

 

 

          Le dalaï-lama avait à peine prononcé ces paroles, que la terre trembla, les éclairs coururent d’un pôle à l’autre, le tonnerre gronda, une voix céleste se fit entendre : ADOREZ DIEU ET NON LE GRAND LAMA.

 

          Tous les petits lamas soutinrent que la voix avait dit : « Adorez Dieu et le grand lama. » On le crut longtemps dans le royaume du Thibet ; et maintenant on ne le croit plus.

 

 

 

 

P comme PRETRES DES PAIENS

 

 

 

 

 

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james 16/08/2012 14:48


Il y a beau temps que je n'ai pas invoqué mon saint derriére, sans doute grâce à ma sainte cervelle . Cet article est digne d'un sketch de Raymond Devos, j'ai bien ri et je ris encore .


E viva Volti et Mam'zelle Wagnière !

loveVoltaire 17/08/2012 08:27



Moi aussi j'ai bien ri.


 


Bonne journée, Mister James.