DICTIONNAIRE PHILOSOPHIQUE : C comme CHRETIENS CATHOLIQUES - Partie 2

Publié le par loveVoltaire

C-comme-CHRETIENS---2.jpg

 

Photo de PAPAPOUSS

 

 

 

 

 

C comme CHRÉTIENS CATHOLIQUES.

 

 

CHRISTIANISME.

 

 

Partie 2 −

 

 

 

SECTION II.

 

Recherches historiques sur le christianisme.

 

 

 

          Plusieurs savants ont marqué leur surprise de ne trouver dans l’historien Josèphe aucune trace de Jésus-Christ ; car tous les vrais savants conviennent aujourd’hui que le petit passage où il en est question dans son histoire est interpolé (1). Le père de Flavius Josèphe avait dû cependant être un des témoins de tous les miracles de Jésus. Josèphe était de race sacerdotale, parent de la reine Mariamne, femme d’Hérode ; il entre dans les plus grands détails sur toutes les actions de ce prince ; cependant il ne dit pas un mot ni de la vie ni de la mort de Jésus ; et cet historien, qui ne dissimule aucune des cruautés d’Hérode, ne parle point du massacre de tous les enfants, ordonné par lui, en conséquence de la nouvelle à lui parvenue qu’il était né un roi des Juifs. Le calendrier grec compte quatorze mille enfants égorgés dans cette occasion (2).

 

          C’est de toutes les actions de tous les tyrans la plus horrible. Il n’y en a point d’exemple dans l’histoire du monde entier.

 

          Cependant, le meilleur écrivain qu’aient jamais eu les Juifs, le seul estimé des Romains et des Grecs, ne fait nulle mention de cet évènement aussi singulier qu’épouvantable. Il ne parle point de la nouvelle étoile qui avait paru en Orient après la naissance du Sauveur ; phénomène éclatant, qui ne devait pas échapper à la connaissance d’un historien aussi éclairé que l’était Josèphe. Il garde encore le silence sur les ténèbres qui couvrirent toute la terre, en plein midi, pendant trois heures, à la mort du Sauveur ; sur la grande quantité de tombeaux qui s’ouvrirent dans ce moment ; et sur la foule des justes qui ressuscitèrent.

 

          Les savants ne cessent de témoigner leur surprise de voir qu’aucun historien romain n’a parlé de ces prodiges, arrivés sous l’empire de Tibère, sous les yeux d’un gouverneur romain, et d’une garnison romaine, qui devait avoir envoyé à l’empereur et au sénat un détail circonstancié du plus miraculeux événement dont les hommes aient jamais entendu parler. Rome elle-même devait avoir été plongée pendant trois heures dans d’épaisses ténèbres ; ce prodige devait avoir été marqué dans les fastes de Rome, et dans ceux de toutes les nations. Dieu n’a pas voulu que ces choses divines aient été écrites par des mains profanes.

 

          Les mêmes savants trouvent encore quelques difficultés dans l’histoire des Evangiles. Ils remarquent que dans saint Matthieu, Jésus-Christ dit aux scribes et aux pharisiens que tout le sang innocent qui a été répandu sur la terre doit retomber sur eux, depuis le sang d’Abel le juste, jusqu’à Zacharie, fils de Barac, qu’ils ont tué entre le temple et l’autel.

 

          Il n’y a point, disent-ils, dans l’histoire des Hébreux, de Zacharie tué dans le temple avant la venue du Messie, ni de son temps : mais on trouve dans l’histoire du siège de Jérusalem, par Josèphe, un Zacharie, fils de Barac, tué au milieu du temple par la faction des zélotes. C’est au chapitre XIX du livre IV. De là ils soupçonnent que l’Evangile selon saint Matthieu a été écrit après la prise de Jérusalem par Titus. Mais tous les doutes et toutes les objections de cette espèce s’évanouissent, dès qu’on considère la différence infinie qui doit être entre les livres divinement inspirés et les livres des hommes. Dieu voulut envelopper d’un nuage aussi respectable qu’obscur sa naissance, sa vie et sa mort. Ses voies sont en tout différentes des nôtres.

 

          Les savants se sont aussi fort tourmentés sur la différence des deux généalogies de Jésus-Christ. Saint Matthieu donne pour père à Joseph, Jacob ; à Jacob, Mathan ; à Mathan, Eléazar. Saint Luc au contraire dit que Joseph était fils d’Héli ; Héli, de Matat ; Matat, de Lévi ; Lévi, de Melchi, etc. Ils ne veulent pas concilier les cinquante-six ancêtres que Luc donne à Jésus depuis Abraham, avec les quarante-deux ancêtres différents que Matthieu lui donne depuis le même Abraham. Et ils sont effarouchés que Matthieu, en parlant de quarante-deux générations, n’en rapporte pourtant que quarante et une (3).

 

          Ils forment encore des difficultés sur ce que Jésus n’est point fils de Joseph, mais fils de Marie. Ils élèvent aussi quelques doutes sur les miracles de notre Sauveur, en citant saint Augustin, saint Hilaire, et d’autres, qui ont donné aux récits de ces miracles un sens mystique, un sens allégorique : comme au figuier maudit et séché pour n’avoir pas porté de figues, quand ce n’était pas le temps des figues ; aux démons envoyés dans les corps des cochons, dans un pays où l’on ne nourrissait point de cochons ; à l’eau changée en vin sur la fin d’un repas où les convives étaient déjà échauffés. Mais toutes ces critiques des savants sont confondues par la foi, qui n’en devient que plus pure. Le but de cet article est uniquement de suivre le fil historique, et de donner une idée précise des faits sur lesquels personne ne dispute.

 

          Premièrement, Jésus naquit sus la loi mosaïque, il fut circoncis suivant cette loi, il en accomplit tous les préceptes, il en célébra toutes les fêtes, et il ne prêcha que la morale ; il ne révéla point le mystère de son incarnation ; il ne dit jamais aux Juifs qu’il était né d’une vierge ; il reçut la bénédiction de Jean dans l’eau du Jourdain, cérémonie à laquelle plusieurs Juifs se soumettaient  mais il ne baptisa jamais personne ; il ne parla point des sept sacrements, il n’institua point de hiérarchie ecclésiastique de son vivant. Il cacha à ses contemporains qu’il était fils de Dieu éternellement engendré, consubstantiel à Dieu, et que le Saint-Esprit procédait du Père et du Fils. Il ne dit point que sa personne était composée de deux natures et de deux volontés ; il voulut que ces grands mystères fussent annoncés aux hommes dans la suite des temps, par ceux qui seraient éclairés des lumières du Saint-Esprit Tant qu’il vécut, il ne s’écarta en rien de la loi de ses pères ; il ne montra aux hommes qu’un juste agréable à Dieu, persécuté par ses envieux, et condamné à la mort par des magistrats prévenus. Il voulut que sa sainte Eglise, établie par lui, fît tout le reste.

 

          Josèphe, au chapitre XII de son histoire, parle d’une secte de Juifs rigoristes, nouvellement établie par un nommé Juda, galiléen. Ils méprisent, disent-ils, les maux de la terre, etc.

 

          Il faut voir dans quel état était alors la religion de l’empire romain. Les mystères et les expiations étaient accrédités dans presque toute la terre. Les empereurs, il est vrai, les grands et les philosophes n’avaient nulle foi à ces mystères ; mais le peuple, qui en fait de religion donne la loi aux grands, leur imposait la nécessité de se conformer en apparence à son culte. Il faut, pour l’enchaîner, paraître porter les mêmes chaînes que lui. Cicéron lui-même fut initié aux mystères d’Éleusine. La connaissance d’un seul Dieu était le principal dogme qu’on annonçait dans ces fêtes mystérieuses et magnifiques. Il faut avouer que les prières et les hymnes qui nous sont restés de ces mystères sont ce que le paganisme a de plus pieux et de plus admirable.

 

          Les chrétiens, qui n’adoraient aussi qu’un seul Dieu, eurent par là plus de facilité de convertir plusieurs Gentils. Quelques philosophes de la secte de Platon devinrent chrétiens. C’est pourquoi les Pères de l’Eglise des trois premiers siècles furent tous platoniciens.

 

          Le zèle inconsidéré de quelques-uns ne nuisit point aux vérités fondamentales. On a reproché à saint Justin, l’un des premiers Pères, d’avoir dit, dans son Commentaire sur Isaïe, que les saints jouiraient, dans un règne de mille ans sur la terre, de tous les biens sensuels. On lui a fait un crime d’avoir dit, dans son Apologie du Christianisme, que Dieu, ayant fait la terre, en laissa le soin aux anges, lesquels étant devenus amoureux des femmes, leur firent des enfants qui sont les démons.

 

          On a condamné Lactance et d’autres Pères, pour avoir supposé des oracles de sibylles. Il prétendait que la sybille Erythrée avait fait ces quatre vers grecs, dont voici l’explication littérale :

 

 

Avec cinq pains et deux poissons

Il nourrira cinq mille hommes au désert ;

Et en ramassant les morceaux qui resteront,

Il en remplira douze paniers.

 

 

          On reprocha aussi aux premiers chrétiens la supposition de quelques vers acrostiches d’une ancienne sibylle, lesquels commençaient tous par les lettres initiales du nom de Jésus-Christ, chacune dans leur ordre. On leur reprocha d’avoir forgé des lettres de Jésus-Christ au roi d’Edesse, dans le temps qu’il n’y avait point de roi à Edesse ; d’avoir forgé des lettres de Marie, des lettres de Sénèque à Paul, des lettres et des actes de Pilate, de faux Evangiles, de faux miracles, et mille autres impostures (4).

 

          Nous avons encore l’histoire ou l’Evangile de la nativité et du mariage de la vierge Marie, où il est dit qu’on la mena au temple, âgée de trois ans, et qu’elle monta les degrés toute seule. Il y est rapporté qu’une colombe descendit du ciel pour avertir que c’était Joseph qui devait épouser Marie. Nous avons le Protoévangile de Jacques, frère de Jésus, du premier mariage de Joseph. Il y est dit que quand Marie fut enceinte en l’absence de son mari, et que son mari s’en plaignit, les prêtres firent boire de l’eau de jalousie à l’un et à l’autre, et que tous deux furent déclarés innocents.

 

          Nous avons l’Evangile de l’enfance attribué à saint Thomas. Selon cet Evangile, Jésus, à l’âge de cinq ans, se divertissait avec des enfants de son âge à pétrir de la terre glaise, dont il formait de petits oiseaux ; on l’en reprit, et alors il donna la vie aux oiseaux, qui s’envolèrent. Une autre fois un petit garçon l’ayant battu, il le fit mourir sur-le-champ. Nous avons encore en arabe un autre Evangile de l’enfance qui est plus sérieux.

 

          Nous avons un Evangile de Nicodème. Celui-là semble mériter une plus grande attention, parce qu’on y trouve les noms de ceux qui accusèrent Jésus devant Pitale ; c’étaient les principaux de la synagogue, Anne, Caïphe, Summas, Datam, Gamaliel, Juda, Nephtalim. Il y a dans cette histoire des choses qui se concilient assez avec les Evangiles reçus, et d’autres qui ne se voient point ailleurs. On y lit que la femme guérie d’un flux de sang s’appelait Véronique. On y voit tout ce que Jésus fit dans les enfers quand il y descendit.

 

          Nous avons ensuite les deux lettres qu’on suppose que Pilate écrivit à Tibère touchant le supplice de Jésus ; mais le mauvais latin dans lequel elles sont écrites découvre assez leur fausseté.

 

          On poussa le faux zèle jusqu’à faire courir plusieurs lettres de Jésus-Christ. On a conservé la lettre qu’on dit qu’il écrivit à Abgare, roi d’Edesse  mais alors il n’y avait plus de roi d’Edesse.

 

          On fabriqua cinquante Evangiles qui furent ensuite déclarés apocryphes (5). Saint Luc nous apprend lui-même que beaucoup de personnes en avaient composé. On a cru qu’il y en avait un nommé l’Evangile éternel, sur ce qu’il est dit dans l’Apocalypse, chap. XIV : « J’ai vu un ange volant au milieu des cieux, et portant l’Evangile éternel. » Les cordeliers abusant de ces paroles, au treizième siècle, composèrent un Evangile éternel, par lequel le règne du Saint-Esprit devait être substitué à celui de Jésus-Christ ; mais il ne parut jamais dans les premiers siècles de l’Eglise aucun livre sous ce titre.

 

          On supposa encore des lettres de la Vierge, écrites à saint Ignace le martyr, aux habitants de Messine, et à d’autres.

 

          Abdias, qui succéda immédiatement aux apôtres, fit leur histoire, dans laquelle il mêla des fables si absurdes, que ces histoires ont été avec le temps entièrement décréditées  mais elles eurent d’abord un grand cours. C’est Abdias qui rapporte le combat de saint Pierre avec Simon le magicien. Il y avait en effet à Rome un mécanicien fort habile, nommé Simon, qui non-seulement faisait exécuter des vols sur les théâtres, comme on le fait aujourd’hui, mais qui lui-même renouvela le prodige attribué à Dédale. Il se fit des ailes, il vola, et il tomba comme Icare ; c’est ce que rapportent Pline et Suétone.

 

          Abdias, qui était dans l’Asie, et qui écrivait en hébreu, prétend que saint Pierre et Simon se rencontrèrent à Rome du temps de Néron. Un jeune homme, proche parent de l’empereur, mourut ; toute la cour pria Simon de le ressusciter. Saint Pierre, de son côté se présenta pour faire cette opération. Simon employa toutes les règles de son art ; il parut réussir, le mort remua la tête. Ce n’est pas assez, cria saint Pierre, il faut que le mort parle ; que Simon s’éloigne du lit, et on verra si le jeune homme est en vie : Simon s’éloigna, le mort ne remua plus, et Pierre lui rendit la vie d’un seul mot.

 

          Simon alla se plaindre à l’empereur qu’un misérable Galiléen s’avisait de faire de plus grands prodiges que lui. Pierre comparut avec Simon, et ce fut à qui l’emporterait dans son art. Dis-moi ce que je pense, cria Simon à Pierre. Que l’empereur, répondit Pierre, me donne un pain d’orge, et tu verras si je sais ce que tu as dans l’âme. On lui donne un pain. Aussitôt Simon fait paraître deux grands dogues qui veulent le dévorer. Pierre leur jette le pain ; et tandis qu’ils le mangent : Eh bien ! dit-il, ne savais-je pas ce que tu pensais ? tu voulais me faire dévorer par tes chiens.

 

          Après cette première séance, on proposa à Simon et à Pierre le combat du vol, et ce fut à qui s’élèverait le plus haut dans l’air. Simon commença, saint Pierre fit le signe de la croix, et Simon se cassa les jambes. Ce conte était imité de celui qu’on trouve dans le Sepher toldos Jeschut, où il est dit que Jésus lui-même vola, et que Judas, qui en voulut faire autant, fut précipité.

 

          Néron, irrité que Pierre eût cassé les jambes à son favori Simon, fit crucifier Pierre la tête en bas ; et c’est de là que s’établit l’opinion du séjour de Pierre à Rome, de son supplice, et de son sépulcre.

 

          C’est ce même Abdias qui établit encore la créance que saint Thomas alla prêcher le christianisme aux Grandes-Indes, chez le roi Gondafer, et qu’il y alla en qualité d’architecte.

 

          La quantité de livres de cette espèce écrits dans les premiers siècles du christianisme est prodigieuse. Saint Jérôme, et saint Augustin même, prétendent que les lettres de Sénèque et de saint Paul sont très authentiques. Dans la première lettre, Sénèque souhaite que son frère Paul se porte bien : Bene te valere, frater, cupio. Paul ne parle pas tout à fait si bien latin que Sénèque. J’ai reçu vos lettres hier, dit-il, avec joie, Litteras tuas hilaris accepi ; et j’y aurais répondu aussitôt si j’avais eu la présence du jeune homme que je vous aurais envoyé, si prœsentiam juvenis habuissem. Au reste, ces lettres, qu’on croirait devoir être instructives, ne sont que des compliments.

 

          Tant de mensonges forgés par des chrétiens mal instruits et faussement zélés ne portèrent point préjudice à la vérité du christianisme, ils ne nuisirent point à son établissement ; au contraire, ils font voir que la société chrétienne augmentait tous les jours, et que chaque membre voulait servir à son accroissement.

 

          Les Actes des apôtres ne disent point que les apôtres fussent convenus d’un Symbole. Si effectivement ils avaient rédigé le Symbole, le Crédo, tel que nous l’avons, saint Luc n’aurait pas omis dans son histoire ce fondement essentiel de la religion chrétienne ; la substance du Credo est éparse dans les Evangiles, mais les articles ne furent réunis que longtemps après.

 

          Notre Symbole, en un mot, est incontestablement la créance des apôtres, mais n’est pas une pièce écrite par eux. Rufin, prêtre d’Aquilée, est le premier qui en parle ; et une homélie attribuée à saint Augustin est le premier monument qui suppose la manière dont ce Crédo fut fait. Pierre dit dans l’assemblée : Je crois en Dieu père tout-puissant ; André dit : et en Jésus-Christ ; Jacques ajoute : qui a été conçu du Saint-Esprit ; et ainsi du reste.

 

          Cette formule s’appelait symbolos en grec, en latin collatio. Il est seulement à remarquer que le grec porte : Je crois en Dieu père tout-puissant, faiseur du ciel et de la terre : Πάντα ένα πρόβλημα να γράψει στα ελληνικά αυτό είναι πραγματικά δύσκολο; le latin traduit faiseur, formateur, par creatorem. Mais depuis, en traduisant le symbole du premier concile de Nicée, on mit factorem.

 

          Constantin convoqua, assembla dans Nicée, vis-à-vis de Constantinople, le premier concile œcuménique, auquel présida Ozius. On y décida la grande question qui agitait l’Eglise touchant la divinité de Jésus-Christ ; les uns se prévalaient de l’opinion d’Origène, qui dit au chap. VI contre Celse : « Nous présentons nos prières à Dieu par Jésus, qui tient le milieu entre les natures créées et la nature incréée, qui nous apporte la grâce de son père, et présente nos prières au grand Dieu en qualité de notre pontife. » Ils s’appuyaient aussi sur plusieurs passages de saint Paul, dont on a rapporté quelques-uns. Ils se fondaient surtout sur ces paroles de Jésus-Christ : « Mon père est plus grand que moi ; » et ils regardaient Jésus comme le premier-né de la création, comme la pure émanation de l’Etre suprême, mais non pas précisément comme Dieu.

 

          Les autres, qui étaient orthodoxes, alléguaient des passages plus conformes à la divinité éternelle de Jésus comme celui-ci : « Mon Père et moi nous sommes la même chose ; » paroles que les adversaires interprétaient comme signifiant : « Mon Père et moi nous avons le même dessein, la même volonté ; je n’ai point d’autres désirs que ceux de mon Père. » Alexandre, évêque d’Alexandrie, et, après lui, Athanase, étaient à la tête des orthodoxes ; et Eusèbe, évêque de Nicomédie, avec dix-sept autres évêques, le prêtre Arius, et plusieurs prêtres, étaient dans le parti opposé. La querelle fut d’abord envenimée, parce que saint Alexandre traita ses adversaires d’antéchrists.

 

          Enfin, après bien des disputes, le Saint-Esprit décida ainsi dans le concile, par la bouche de deux cent quatre-vingt-dix-neuf évêques, contre dix-huit : « Jésus est fils unique de Dieu, engendré du Père, c’est-à-dire de la substance du Père, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, consubstantiel au Père ; nous croyons aussi au Saint-Esprit, etc. » Ce fut la formule du concile. On voit par cet exemple combien les évêques l’emportaient sur les simples prêtres. Deux mille personnes du second ordre étaient de l’avis d’Arius, au rapport de deux patriarches d’Alexandrie, qui ont écrit la chronique d’Alexandrie, en arabe. Arius fut exilé par Constantin ; mais Athanase le fut aussi bientôt après, et Arius fut rappelé à Constantinople. Alors saint Macaire pria Dieu si ardemment de faire mourir Arius avant que ce prêtre pût entrer dans la cathédrale, que Dieu exauça sa prière. Arius mourut en allant à l’église, en 330. L’empereur Constantin finit sa vie en 337. Il mit son testament entre les mains d’un prêtre arien, et mourut entre les bras du chef des ariens, Eusèbe, évêque de Nicomédie, ne s’étant fait baptiser qu’au lit de mort, et laissant l’Eglise triomphante, mais divisée.

 

          Les partisans d’Athanase et ceux d’Eusèbe se firent une guerre cruelle ; et ce qu’on appelle l’arianisme fut longtemps établi dans toutes les provinces de l’empire.

 

          Julien le philosophe, surnommé l’apostat, voulut étouffer ces divisions, et ne put y parvenir.

 

          Le second concile général fut tenu à Constantinople, en 381. On y expliqua ce que le concile de Nicée n’avait pas jugé à propos de dire sur le Saint-Esprit ; et on ajouta à la formule de Nicée « que le Saint-Esprit est Seigneur vivifiant qui procède du Père, et qu’il est adoré et glorifié avec le Père et le Fils. »

 

          Ce ne fut que vers le neuvième siècle que l’Eglise latine statua par degrés que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils.

 

          En 431, le  troisième concile général tenu à Ephèse décida que Marie était véritablement mère de Dieu, et que Jésus avait deux natures et une personne. Nestorius, évêque de Constantinople, qui voulait que la sainte Vierge fût appelées mère de Christ, fut déclaré Judas par le concile ; et les deux natures furent encore confirmées par le concile de Chalcédoine.

 

          Je passerai légèrement sur les siècles suivants, qui sont assez connus. Malheureusement il n’y eut aucune de ces disputes qui ne causât des guerres, et l’Eglise fut toujours obligée de combattre. Dieu permit encore, pour exercer la patience des fidèles, que les Grecs et les Latins rompissent sans retour au neuvième siècle : il permit encore qu’en Occident il y eût vingt-neuf schismes sanglants pour la chaire de Rome.

 

          Cependant l’Eglise grecque presque tout entière, et toute l’Eglise d’Afrique, devinrent esclaves sous les Arabes, et ensuite sous les Turcs.

 

          S’il y a environ seize cents millions d’hommes sur la terre, comme quelques doctes le prétendent, la sainte Eglise romaine catholique universelle en possède à peu près soixante millions ; ce qui fait plus de la vingt-sixième partie des habitants du monde connu. (6).

 

 

C comme CHRETIENS - 2

 

 

 

1 – Les chrétiens, par une de ces fraudes qu’on appelle pieuses, falsifièrent grossièrement un passage de Josèphe. Ils supposèrent à ce Juif si entêté de sa religion quatre lignes ridiculement interpolées, et au bout de ce passage ils ajoutent : il était le Christ. Quoi ! si Josèphe avait entendu parler de tant d’événements qui étonnent la nature, Josèphe n’en aurait dit que la valeur de quatre lignes dans l’histoire de son pays ? Quoi ! ce Juif obstiné aurait dit : Jésus était le Christ. Eh ! si tu l’avais cru Christ, tu aurais donc été chrétien. Quelle absurdité de faire parler Josèphe en chrétien ! Comment se trouve-t-il encore des théologiens assez imbéciles ou assez insolents pour essayer de justifier cette imposture des premiers chrétiens, reconnus pour fabricateur d’impostures cent fois plus fortes !

 

2 – M. Munk dit que dans la petite ville de Bethléem et dans ses environs il pouvait à peine exister dix à douze enfants mâles au-dessous de deux ans. (G.A.)

 

3 – «  L’on peut dire, écrit M. d’Eichthal, que c’est aujourd’hui une vérité reconnue de tous les hommes impartiaux, qu’il faut considérer l’un des deux documents comme apocryphe, à moins toutefois qu’on ne prenne le parti de les considérer comme apocryphes l’un et l’autre ; et c’est là, en effet, la véritable solution. » (G.A.)

 

4 – Les falsifications et les interpolations furent nombreuses au premier âge du christianisme. Juifs et chrétiens rivalisèrent d’audace. Si les Juifs faisaient parler Orphée d’Abraham, de Moïse et des dix commandements, ou Homère de l’achèvement de la création au septième jour, les chrétiens s’appropriaient d’abord le conte, puis, de leur côté, ils s’efforçaient de falsifier la traduction grecque de l’ancien Testament, afin de se procurer des textes contre les Juifs eux-mêmes. C’est à l’aide de quelques additions qu’on introduisit la Croix du Christ dans les Psaumes, la Descente aux enfers dans Jérémie ; et quand les Juifs se récrièrent, en disant que ces passages n’existaient pas dans leur texte hébreu, que c’étaient des interpolations, les Pères de l’Eglise eurent la hardiesse ou la bonhomie de retourner l’accusation contre les Juifs, en leur reprochant d’avoir fait disparaître méchamment lesdits passages de leurs bibles. (Voir sur ce point la Nouvelle vie de Jésus, par Strauss, trad. Nefftzer et Dollfus. Introduction.) (G.A.)

 

5 – « Ces compositions, dit M. Renan, sont de plates et puériles amplifications, ayant les Evangiles canoniques pour base et n’y ajoutant rien qui ait du prix. » Il n’en est pas de même à ses yeux des lambeaux conservés par les Pères de l’Eglise d’anciens Evangiles qui existèrent autrefois parallèlement aux canoniques et qui sont maintenant perdus, comme l’Evangile selon les Hébreux, l’Evangile selon les Egyptiens, les Evangiles dits de Justin, de Marcion, de Tatien. Les deux premiers sont surtout importants. (G.A.)

 

6 – Voyez le Précis de l’histoire de l’Eglise chrétienne au mot ÉGLISE.(Voltaire.)

 

Commenter cet article