DICTIONNAIRE PHILOSOPHIQUE : B comme BARBE

Publié le par loveVoltaire

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B comme BARBE.

 

 

 

 

 

          Tous les naturalistes nous assurent que la sécrétion qui produit la barbe est la même que celle qui perpétue le genre humain. Les eunuques, dit-on, n’ont point de barbe, parce qu’on leur a ôté les deux bouteilles dans lesquelles s’élaborait la liqueur procréatrice qui devait à la fois former des hommes et de la barbe au menton. On ajoute que la plupart des impuissants n’ont point de barbe, par la raison qu’ils manquent de cette liqueur, laquelle doit être repompée par des vaisseaux absorbants, s’unir à la lymphe nourricière, et lui fournir de petits ognons de poils sous le menton, sur les joues, etc., etc.

 

Il y a des hommes velus de la tête aux pieds comme les singes ; on prétend que ce sont les plus dignes de propager leur espèce, les plus vigoureux, les plus prêts à tout ; et on leur fait souvent beaucoup trop d’honneur, ainsi qu’à certaines dames qui sont un peu velues et qui ont ce qu’on appelle une belle palatine. Le fait est que les hommes et les femmes sont tous velus de la tête aux pieds ; blondes ou brunes, bruns ou blonds, tout cela est égal. Il n’y a que la paume de la main et la plante du pied qui soient absolument sans poil. La seule différence, surtout dans nos climats froids, c’est que les poils des dames, et surtout des blondes, sont plus follets, plus doux, plus imperceptibles. Il y a aussi beaucoup d’hommes dont la peau semble très unie ; mais il en est d’autres qu’on prendrait de loin pour des ours, s’ils avaient une petite queue.

 

Cette affinité constante entre le poil et la liqueur séminale ne peut guère se contester dans notre hémisphère. On peut seulement demander pourquoi les eunuques et les impuissants, étant sans barbe, ont pourtant des cheveux : la chevelure serait-elle d’un autre genre que la barbe et que les autres poils ? n’aurait-elle aucune analogie avec cette liqueur séminale ? Les eunuques ont des sourcils et des cils aux paupières ; voilà encore une nouvelle exception. Cela pourrait nuire à l’opinion dominante que l’origine de la barbe est dans les testicules. Il y a toujours quelques difficultés qui arrêtent tout court les suppositions les mieux établies. Les systèmes sont comme les rats, qui peuvent passer par vingt petits trous, et qui en trouvent enfin deux ou trois qui ne peuvent les admettre.

 

Il y a un hémisphère entier qui semble déposer contre l’union fraternelle de la barbe et de la semence. Les Américains, de quelque contrée, de quelque couleur, de quelque stature qu’ils soient, n’ont ni barbe au menton, ni aucun poil sur le corps, excepté les sourcils et les cheveux. J’ai des attestations juridiques d’hommes en place qui ont vécu, conversé, combattu avec trente nations de l’Amérique septentrionale ; ils attestent qu’ils ne leur ont jamais vu un poil sur le corps, et ils se moquent, comme ils le doivent, des écrivains qui, se copiant les uns les autres, disent que les Américains ne sont sans poil que parce qu’ils se l’arrachent avec des pinces ; comme si Christophe Colomb, Fernand Cortez, et les autres conquérants, avaient chargé leurs vaisseaux de ces petites pincettes avec lesquelles nos dames arrachent leur poils follets, et en avaient distribué dans tous les cantons de l’Amérique.

 

J’avais cru longtemps que les Esquimaux étaient exceptés de la loi générale du Nouveau-Monde ; mais on m’assure qu’ils sont imberbes comme les autres. Cependant on fait des enfants au Chili, au Pérou, en Canada, ainsi que dans notre continent barbu. La virilité n’est point attachée, en Amérique, à des poils tirant sur le noir ou sur le jaune. Il y a donc une différence spécifique entre ces bipèdes et nous, de même que leurs lions, qui n’ont point de crinière, ne sont pas de la même espèce que nos lions d’Afrique.

 

Il est à remarquer que les Orientaux n’ont jamais varié sur leur considération pour la barbe. Le mariage chez eux a toujours été et est encore l’époque de la vie où l’on ne se rase plus le menton. L’habit long et la barbe imposent du respect. Les Occidentaux ont presque toujours changé d’habit, et , si on l’ose dire, de menton. On porta des moustaches sous Louis XIV jusque vers l’année 1672. Sous Louis XIII, c’était une petite barbe en pointe. Henri IV la portait carrée. Charles-Quint, Jules II, François Ier, remirent en honneur à leur cour la large barbe, qui était depuis longtemps passée de mode. Les gens de robe alors, par gravité et par respect pour les usages de leurs pères, se faisaient raser, tandis que les courtisans en pourpoint et en petit manteau portaient la barbe la plus longue qu’ils pouvaient. Les rois alors, quand ils voulaient envoyer un homme de robe en ambassade, priaient ses confrères de souffrir qu’il laissât croître sa barbe, sans qu’on se moquât de lui dans la chambre des comptes ou des enquêtes. En voilà trop sur les barbes.

 

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James 17/07/2012


J'ose espèrer que même de loin on ne peut me confondre avec un ours


Cet article tombe à pic car je viens de raser une barbe de quinze jours , et je ne me pose pas trop de questions sur l'origine de ce poil dur qui pousse au menton de l'homme sans cesse .


Pour accompagner la lecture de cet article quoi de mieux que ceci :


http://www.youtube.com/watch?v=OJb_vHfVSn4


De la part d'un barbu à une imberbe