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Lundi 23 juillet 2012 1 23 /07 /Juil /2012 07:26

CORRESPONDANCE---1750---Partie-1.jpg

 

 Photo de PAPAPOUSS

 

 

 

 

 

 

 

 

à M. le comte d’Argental

A Versailles, Janvier 1750 (1).

 

 

Vous saurez, mes anges, que votre créature s’est trouvée un peu mal à Versailles. Que dites-vous de madame Denis, qui l’a su, je ne sais comment, et qui est partie sur-le-champ pour venir me servir de garde ? Je souhaite qu’Oreste se porte mieux que moi ; vous jugez bien que je n’ai guère pu travailler, pas même à Catilina.

 

Il n’y a point de vraie tragédie d’Oreste sans les cris de Clytemnestre. Si cette viande grecque est trop dure pour les estomacs des petits-maîtres de Paris, j’avoue qu’il ne faut pas d’abord la leur donner.

 

Que Clytemnestre s’en aille, et laisse là son mari, l’urne, le meurtrier, et aille bouder chez elle, cela me paraît abominable. Il y a quelques longueurs, je l’avoue, entre les sœurs ; surtout quand une Gaussin parle, il faut élaguer.

 

Ce malheureux lieu commun des fureurs est une tâche rude. Vous en jugerez à l’heure qu’il vous plaira. Je n’ai certainement pas donné d’étendue à la scène de l’urne ; elle est étranglée à la lecture. Il semble que tous les personnages soient hâtés d’aller ; mais vous verrez les petites corrections que j’ai faites. Nous ne pourrons revenir que vendredi.

 

Je vous demande en grâce de me ménager les bontés de M. le duc d’Aumont. On répète Oreste dimanche. Je veux vivre pour avoir le plaisir de venger Sophocle, mais surtout pour vous faire ma cour ; car ce n’est qu’à vous que je la veux faire, et je ne suis ici qu’en retraite.

 

 

1 – Nous ne garantissons pas que cette lettre, datée de Versailles, soit à sa place. Voyez la lettre à d’Argenson du 10 Mars. (G.A.)

 

 

 

 

 

à Madame la duchesse du Maine

Paris, ce vendredi.

 

 

          Madame, en arrivant à Paris, j’ai trouvé les comédiens assemblés, prêts à répéter une comédie nouvelle (1), en cas que je ne leur donnasse pas Oreste ou Rome sauvée à jouer en huit jours. Ce serait damner Rome sauvée que de la faire jouer si vite par des gens qui ont besoin de travailler six semaines. J’ai pris mon parti, je leur ai donné Oreste, cela se peut jouer tout seul. Me voilà délivré d’un fardeau. J’aurai encore le temps de travailler à Rome, et de la donner ce carême. Tout ce que je fais pour Rome et pour la Grèce vous appartient. Votre altesse a ses raisons pour devoir aimer les grands hommes de ces pays-là. Daignez protéger toujours un Français que vos bontés élèvent au-dessus de lui-même.

 

 

1 – La Force du naturel, de Destouches. (G.A.)

 

 

 

 

 

à M. Lambert (1)

Mercredi…

 

On va jouer incessamment Oreste. J’ai un besoin pressant du Pausanias de M. l’abbé Gédoyn, pour ne point faire de fautes contre la géographie des Grecs, et des œuvres de La Grange (2), pour ne pas me rencontrer avec lui. Si M. Lambert peut me trouver ces livres et y joindre la Poétique d’Aristote, je lui serai très obligé. Il me faudrait ces livres pour vendredi matin au plus tard. Je le prie instamment de me faire cette amitié.

 

 

1 – Editeurs, E. Bayoux et A. François. (G.A.)

 

2 – Auteur d’une tragédie d’Oreste et Pylade. (G.A.)

 

 

 

 

 

à M. Berryer

Paris, 4 Janvier 1750. (1)

 

 

          Voici, monsieur, un petit factum d’un procès singulier. Je vous supplie de le lire, vous êtes assurément un juge compétent. Il y a dix ans que le procès dure : si vous trouvez mes raisons bonnes, je le gagnerai. Je vous demande aussi en grâce de trouver bon que Lemercier imprime ce plaidoyer.

 

          Je me suis présenté chez vous, pour vous renouveler mon attachement, et j’y viendrais bien souvent si ma déplorable santé le permettait.

 

          J’ai l’honneur d’être, avec le dévouement le plus respectueux, monsieur, etc. (2).

 

 

1 – Editeurs de Cayrol et A. François. (G.A.)

 

2 – Dans un coin de la lettre, on lit, de la main de Berryer : Renvoyé le factum le 7 Janvier à M. de Voltaire.

 

 

 

 

 

à Madame de Graffigni

 

 

Si j’avais un moment à moi, madame, je viendrais chez vous vous remercier de vos bontés, et vous prendre pour vous mener où vous savez. Je vous avertis que l’on commence de très bonne heure, que ce n’est point une répétition, que c’est un arrangement de positions et de mines, que vous n’aurez aucun plaisir. Cependant si vous voulez geler et vous ennuyer, vous êtes bien la maîtresse.

 

Je serai charmé de vous revoir, et de réparer tant de temps que j’ai perdu sans vous faire ma cour.

 

 

 

 

 

à Madame de Graffigni

.

 

M. de Voltaire fait mille tendres compliments à madame de Graffigni. Il n’a pu venir, hier, à l’hôtel de Richelieu. Il est malade, et craint bien de ne pouvoir venir aujourd’hui.

 

 

 

 

 

à M. le comte d’Argental

Janvier 1750.

 

Divin ange, la tête me tourne. Je suis malade ; je n’en travaille pas moins, peut-être mieux. M. Dutertre (1) m’avait hier échauffé le sang ; vous me le calmez ; vous mettez du baume sur toutes les blessures ; Vous êtes ma consolation, salus et vita mea. Vivat madame d’Argental !

 

 

1 – Notaire. (G.A.)

 

 

 

 

 

à Mademoiselle Clairon

Le 12 Janvier au soir. (1)

 

Vous avez été admirable ; vous avez montré dans vingt morceaux ce que c’est que la perfection de l’art, et le rôle d’Electre est certainement votre triomphe ; mais je suis père, et, dans le plaisir extrême que je ressens des compliments que tout un public enchanté fait à ma fille, je lui ferai encore quelques petites observations pardonnables à l’amitié paternelle.

 

Pressez, sans déclamer, quelques endroits comme :

 

 

Sans trouble, sans remords, Egisthe renouvelle

De son hymen affreux la pompe criminelle…

Vous vous trompiez, ma sœur, hélas ! tout nous trahit, etc.

 

 

Vous ne sauriez croire combien cette adresse met de variété dans le jeu, et accroît l’intérêt.

 

Dans votre imprécation contre le tyran :

 

 

 

L’innocent doit périr, le crime est trop heureux,

 

 

vous n’appuyez pas assez. Vous dites l’innocent doit périr trop lentement, trop langoureusement. L’impétueuse Electre ne doit avoir, en cet endroit, qu’un désespoir furieux, précipité, et éclatant. Au dernier hémistiche pesez sur cri, le crime est trop heureux ; c’est sur cri que doit être l’éclat. Mademoiselle Gaussin m’a remercié de lui avoir mis le doigt sur fou ; la foudre va partir. Ah ! que ce fou est favorable, m’a-t-elle dit.

 

La nature en tout temps est funeste en ces lieux.

 

Acte. V, sc. II.

 

 

          Vous avez mis l’accent sur fu, comme mademoiselle Gaussin sur fou ; aussi a-t-on applaudi : mais vous n’avez pas encore assez fait résonner cette corde.

 

          Vous ne sauriez trop déployer les deux morceaux du quatrième et du cinquième acte. Ces Euménides demandent une voix plus qu’humaine, des éclats terribles.

 

          Encore une fois, débridez, avalez des détails, afin de n’être pas uniforme dans les récits douloureux. Il ne faut se négliger sur rien, et ce que je vous dis là n’est pas un rien.

 

          Voilà bien des critiques. Il faut être bien dur pour s’apercevoir de ces nuances dans l’excès de mon admiration et de ma reconnaissance. Bonsoir, Melpomène ; portez-vous bien.

 

 

1 – Après la première représentation d’Oreste. (G.A.)

 

 

 

 

 

à Mademoiselle Clairon

Janvier 1750.

 

          Votre courage résiste-t-il à l’assaut que la nature vous livre à présent, comme il a résisté aux mauvaises critiques, à la cabale, et à la fatigue ? comment vous portez-vous, belle Electre ? Gardez-vous d’écrire jamais votre rôle si dru avec moi ; ce n’est pas là mon compte ; il me faut des espaces terribles. Vous demandez qu’on accourcisse la scène des deux sœurs, au second acte ; cela est fait, sans qu’il vous en coûte rien. J’ai coupé les cotillons d’Iphise, et n’ai point touché à la jupe d’Electre.

 

          Je prie la divine Electre, dont je me confesse très indigne, de ne point trouver mauvais que j’aie chargé son rôle de quelque avis. Je n’ai point prétendu noter son rôle, mais j’ai quelques avis. Je n’ai point prétendu noter son rôle, mais j’ai prétendu indiquer  la variété des sentiments qui doivent y régner, et les nuances des sentiments qu’elle doit exprimer. C’est l’allegro et le piano des musiciens. J’en use ainsi depuis trente ans avec tous les acteurs, qui ne l’ont jamais trouvé mauvais ; et je n’en ai pas certainement moins de confiance dans ses grands talents, dont j’ai été toujours le partisan le plus zélé.

 

          J’oserai en aller raisonner vers les cinq heures avec vous. C’est tout ce qui me reste que de raisonner, et j’en suis bien fâché. Je sens pourtant ce que vous valez, tout comme un autre, et vous suis dévoué plus qu’un autre.

  

 CORRESPONDANCE - 1750 - Partie 1

Par loveVoltaire - Publié dans : Correspondance 1750 à 1756
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