CORRESPONDANCE - Année 1746 - Partie 8

Publié le par loveVoltaire

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AL SIGNOR SEGRETARIO DELL’

ACCADEMIA ETURSCA DI CORTONA

Versaglia, 3 luglio.

 

 

         Signore, mi pare che io sia aggregato ad un collegio dei sacerdoti di Memfi, i quali ammettevano tra loro alcuni profani alla cognizioe delle antichità del mondo. La vostra Accademia è salita oltre, ed a superato i primi secoli di Roma ; ed, avendo scoperto alcuni vestigj dei primi ammaestramenti che gli antichi Romani riceverono dai Torscani, vavincolati insieme tutti i tempi, et radunati tutti i pregi dell’ Italia antica e moderna. Poteva ella conferire il titolo d’accademico ad un sogretto più degno di me, ma non ad un più grande ammiratore di si nobili studj. La ringrazio col più  sincero rispetto, e colla più viva gratitudine. Prego vostra signoria illustrissima di porgere alla vostra celebratissima Accademia i miei sensi dell’ onore che ho ricevuto, e d’aggradire l’ossequio e la riverenza con cui mi protesto.

 

         D.V.S. Illustrissima …. Etc. VOLTAIRE.

 

 

 

 

 

AL SIGNOR GUADAGNI

 

SEGRETARIO DELLA SOCIETA’ VOTANICA, A FIRENZE

 

Versaglia, 3 luglio.

 

 

         Signore, tra i grandi favori che il signor principe di Craon mi a compartiti, quello d’introdurmi nell » Accademia dei Botanisti è uno dei più segnalati ; e tanto mi riesce più grato, quantochè mi procurerà frequenti occasioni di aver corrispondenza con vostra signoria illustrissima, e di ricevere i suoi comandi. Sono ora cittadino fiorentino. La venerazione, anzi i amore che portai sempre a questa patria di ogni virtù, m’aveva fatto uno dei suoi vassalli ; il nuovo vincolo che mi stringe colla celebratissima Accademia vostra cumula i miei onori, come pure le mie brame. Porgo all’ Accademia la più ossequiosa gratitudine, e mi protesto con ogni maggiore rispetto di vostra signoria illustrissima. V.

 

 

 

 

 

à M. de Maupertuis

A Versailles, le 3 Juillet 1746 (1).

 

 

         Mon cher philosophe, je compte que vous ayez reçu d’Utrecht un petit paquet contenant ma bavarderie académique. J’ai été privé du plaisir que je me faisais de vous rendre publiquement la justice qui vous est due, et que je vous ai toujours rendue. Vous étiez dans le même cadre avec votre auguste monarque. Je n’avais point séparé le souverain et le philosophe, et vous étiez le Platon qui avait quitté Athènes pour un roi supérieur assurément à Denys. On m’a rayé ce petit article dans lequel j’avais mis toutes mes complaisances.

 

         Lorsque je lus mon Discours à l’Académie, devant les officiers et devant plusieurs autres académiciens, avant de le prononcer, ils exigèrent absolument que je me renfermasse dans les objets de littérature qui sont du ressort de l’Académie, et retranchèrent tout ce qui paraissait s’en écarter. Croyez que j’en ai été plus fâché que vous. Si Limiers (2)  a jugé à propos de mettre mon Discours dans la gazette, au lieu de l’imprimer à part, je ne crois pas que vous puissiez vous en plaindre.

 

         J’ai reçu les lettres les plus polies et les plus remplies de bonté de ceux qui président à l’Académie de la Crusca, à celle de Cortone, à celle de Rome, et à plusieurs autres. J’ai droit d’attendre de vous les mêmes marques d’amitié ; et la justice que je vous ai toujours rendue est un des motifs qui m’y faisaient prétendre. Je suis persudé que vous sera toujours plus touché de mes sentiments pour vous, que de la conduite de M. Limiers, et de la délicatesse de l’Académie.

 

         Bonjour ; ma santé est pire que jamais ; je suis étonné de vivre ; mais tant que je vivrai ; mais tant que je vivrai, ce sera pour vous admirer et pour vous aimer.

 

         Avez-vous détruit les monades, les harmonies préruinées, et le grand art de dire des riens en trente-deux volumes in-4° (3) ?

 

 

 

1 – Cette lettre est quelquefois datée du 26 Mai 1746. (G.A.)

 

2 – Rédacteur de la Gazette d’Utrecht. (G.A.)

 

3 – Œuvres de Wolff. (K.)

 

 

 

 

 

à M. Bollioud Mermet

12 Juillet 1746.

 

 

         Je vous remercie, monsieur du livre (1) pleinde goût et de raison que vous m’avez fait l’honneur de m’envoyer. Je me félicite d’avoir pour confrère l’auteur d’un si agréable ouvrage. Je vois que Lyon sera bientôt plus connu dans l’Europe par ses Académies que par ses manufactures. Vous redoublez, monsieur, l’envie que j’ai d’aller me faire recevoir ; mais pour celle de voir votre aimable intendant (2), rien ne peut la redoubler. Pardonnez à mes ccupations et à ma santé si je n’ai pas plus tôt répondu à l’honneur que vous m’avez fait : je n’y ai pas été moins sensible.

 

 

1 – De la corruption du goût dans la musique française.(G.A.)

 

2 – Pallu. (G.A.)

 

 

 

 

 

à M. le marquis d’Argenson

22 Juillet 1746 (1).

 

 

         Eh bien ! monseigneur, il faut marier notre dauphin (2) à Eléonore-Marie-Thérèse, princesse de Savoie, née le 28 Février 1728, et madame Henriette à Victor-Amédée, duc de Savoie ; renouer ainsi, par ces beaux nœuds, votre traité de Turin, dont je serai l’éternel admirateur ; rendre la France heureuse par une belle paix, et votre nom immortel malgré les sots.

 

 

 

1 – Editeurs de Cayrol et A. François. (G.A.)

 

2 – Ce jour même, 22 Juillet, le dauphin était veuf. (G.A.)

 

 

 

 

 

à M. le comte d’Argental

Août 1746 (1).

 

 

         Que dites-vous de moi, mes adorables anges, de revoir sans moi madame du Châtelet ? Vous ne direz pas que je suis un courtisan, mais que je suis un vrai commis au bureau de la guerre, dépouillant des registres, examinant des lettres des généraux, et travaillant à cette histoire dont vous avez approuvé le commencement. J’ai reçu les anecdotes de M. d’Azincourt (2), que vous m’avez bien voulu envoyer. Je n’ai pas manqué d’en faire usage et de les placer dans leur niche. Cet ouvrage fera la consolation de ma vie, s’il a votre approbation. Je voudrais travailler pour la gloire de ma nation et vivre avec vous.

 

 

 

1 – Editeurs de Cayrol et A. François. (G.A.)

 

2 – Jeune officier qui s’était particulièrement distingué dans les dernières campagnes. Il s’agissait de l’Histoire de la guerre de 1741. (G.A.)

 

 

 

 

 

à M. le comte Algarotti

13 Agosto 1746.

 

 

         Si compiacerà, per questa volta, che io non le discorra di letteratura, perchè solo mi riservo a supplicarla, con tutta la maggior efficacia, d’un favore che attendo in riguardo di quella amicizia e bontà con cui ella degnassi graziarmi, ed anche per quella che conserva alla signora du Châtelet ; ed eccone il succinto.

 

         La signora duchessa di Montenero vive desiderosissima d’essere annoverata fra le dame di palazzo della regina (1) di Napoli : e sapendo essere il miglior mezzo per ottenere quest’ onore, quello della regina di Polonia, sua madre, bramerei che vostra eccellenza interponesse ogni suo potere acciocchè, con una lettera di S.M. venisse raccomandata alla regina sua figlia, e con questo autorevole patrocinio fosse secondata la brama della sopra accennata duchessa. La supplico, colla più viva istanza, di parlarne al padre Guarini (2), o al signor conte di Brühl (3), e non tralasci di propovere con tutto calore ogni opportuno mezzo per arrivarne al desiato fine ; e lene saro eternamente obbligato, porgendogliene fin d’adesso umilissime grazie. Madame du Châtelet vene sarà sommamente obbligata. Lo domando in nome della signora Beatrice, e di tutte le donne di che avete cantato la beltà, e goduto i favori. Addio, carissimo e stimatissimo amico. Vive felix. V.

 

 

 

1 – Fille de l’électeur de Saxe, roi de Pologne, à la cour duquel Algarotti se trouvait alors. (G.A.)

 

2 – Confesseur du roi et de la reine de Pologne. (G.A.)

 

3 – Ministre et favori dudit roi. (G.A.)

 

 

 

 

 

 

à M. de Cideville

A Paris, le 19 Août 1746.

 

         Mon cher ami, pardonnerez-vous à un homme qui a été accablé de maladies et d’une tragédie (1) ? Figurez-vous qu’on m’avait ordonné une grande pièce de théâtre pour les relevailes de madame la dauphine ; que j’en étais au quatrième acte, quand madame la dauphine mourut, et que, moi chétif, j’ai été sur le point de mourir pour avoir voulu lui plaire. Voilà comme la destinée se joue des têtes couronnées, des premiers gentilshommes de la chambre, et de ceux qui font des vers pour la cour :

 

         Le poème (2) de madame du Boccage, que vous m’avez envoyé, a eu une meilleure fortune. Je lui en ai fait, quoique très tard, les remerciements les plus sincères. C’est une belle époque pour les lettres et pour votre Académie. J’ai trouvé son poème écrit facilement et avec naturel ; ce n’est pas là un petit mérite, puisque c’est avoir surmonté la plus grande des difficultés.

 

         Nous avons ici un jeune homme (3) du pays de Pourceaugnac qui a remporté notre prix ; cela n’a pas l’air si galant que votre Académie ; mais en vérité, sa pièce est une des meilleures qui se soient faites depuis trente ans. La littérature languit d’ailleurs. La terre se repose. Il ne faut pas faires des moissons tous les jours ; la trop grande abondance déoûterait. Il n’y a que la douceur de l’amitié et de la société qui ne lasse point. Et cependant, mon ancien ami, ai-je vécu avec vous ? ai-je eu cette consolation ? je n’ai fait que souffrir pendant tout le temps que vous avez été à Paris, et j’ai passé une vie douloureuse à espérer inutilement de jouir des agréments et du commerce charmant de mon chef Cideville. Il y a deux mois que je ne vois personne, et que je n’ai pu répondre à une lettre. Mon âme était à Babylone, mon corps dans mon lit ; et de là je dictais à mon valet de chambre de grands diables de vers tragiques qu’il estropiait.

 

         J’ai exécuté tous vos ordres sur le poème de la Sapho (4) de Normandie. Dieu, vous qui en êtes l’Anacréon ; aimez tujours ce pauvre malade. Je vous embrasse tendrement. Madame du Châtelet vous fait mille compliments.

 

 

1 – Sémiramis. (G.A.)

 

2 – Prix alternatif entre les belles-lettres et les sciences,poème couronné par l’Académie de Rouen en 1745. (G.A.)

 

3 – Marmontel. Le sujet du prix était la Gloire de Louis-le-Grand perpétuée dans le roi son successeur. (G.A.)

 

4 – Madame du Boccage. (G.A.)

 

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