HISTOIRE DE L'ÉTABLISSEMENT DU CHRISTIANISME - 1776 - Partie 21

Publié le par loveVoltaire

HISTOIRE DE L'ÉTABLISSEMENT DU CHRISTIANISME - 1776 - Partie 21

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CHAPITRE X.

 

Du dogme de la fin du monde, joint au platonisme.

 

 

 

 

          La méthode des allégories s’étant jointe à cette philosophie platonicienne, la religion des chrétiens, qui n’était auparavant que la juive, en fut totalement différente par l’esprit, quoiqu’elle en conservât les livres, les prières, le baptême, et même assez longtemps la circoncision : je dis la circoncision, car dès que les chrétiens eurent une espèce d’hiérarchie, les quinze premier prêtres, ou surveillants, ou évêques de Jérusalem, furent tous circoncis (1).

 

          Auparavant les Juifs chassaient les prétendus diables, et exorcisaient les prétendus possédés au nom de Salomon ; les chrétiens firent les mêmes cérémonies au nom de Jésu-Christ. Les filles malades des pâles couleurs ou du mal hystérique se croyaient possédées, se faisaient exorciser, et pensaient être guéries. On les inscrivait de bonne foi dans la liste des miracles.

 

          Ce qui contribua le plus à l’accroissement de la religion nouvelle, ce fut l’idée qui se répandait alors que le temps de la fin du monde approchait. La plupart des philosophes, et encore plus le peuple de presque tous les pays, crurent que notre globe périrait un jour par le sec  qui l’emporterait sur l’humide. Ce n’était pas l’opinion des platoniciens ; Philon même a fait un traité exprès pour prouver que l’univers est incréé et impérissable ; et il n’a guère mieux prouvé l’éternité du monde, que ses adversaires n’en ont prouvé l’embrasement futur. Les Juifs, qui ne savaient pas mieux l’avenir que le passé, disaient, et Flavius Josèphe le raconte, que leur Adam avait prédit deux destructions de notre terre, l’une par l’eau, l’autre par le feu : ils ajutaient que les enfants de Seth érigèrent une grande colonne de brique pour résister au feu, quand le monde serait brûlé, et une de pierre pour résister à l’eau, quand il serait noyé ; précaution assez inutile, quand il n’y aurait plus personne pour voir les deux colonnes.

 

          On sait quels malheurs fondirent sur la Judée du temps de Néron et de Vespasien, et ensuite sous Adrien. Les Juifs furent en droit d’imaginer que la fin de toutes choses arriverait, du moins pour eux. Ce fut vers ce temps que chaque troupeau de demi-juifs, de demi-chrétiens, eut son petit Evangile secret. Celui qui est attribué à Luc parle nettement de la fin du monde qui arrive, et du jugement dernier que Jésu va prononcer dans les nuées ; il fait parler ainsi Jésu :

 

          « Il y aura des signes dans la lune et dans les étoiles, des bruit de la mer et des flots ; les hommes, séchant de crainte, attendront ce qui doit arriver à l’univers entier. Les vertus des cieux seront ébranlées. Et alors ils verront le fils de l’homme venant dans une nuée avec grande puissance et grande majesté. En vérité, je vous dis que la génération présente ne passera point que tout cela ne s’accomplisse. »

 

          Nous avons déjà vu au chapitre VIII que Paul écrivait aux Thessaloniciens qu’ils iraient avec lui dans les nuées au-devant de Jésu.

 

          Pierre dit dans une épître qu’on lui attribue : « L’Evangile a été prêché aux morts ; la fin du monde approche… Nous attendons de nouveaux cieux et une nouvelle terre. » C’était apparemment pour vivre sous ces nouveaux cieux et dans cette nouvelle terre que les apôtres faisaient apporter à leurs pieds tout l’argent de leurs prosélytes, et qu’ils faisaient mourir Ananias et Saphira pour n’avoir pas tout donné.

 

          Le monde allant être détruit, le royaume des cieux étant ouvert ; Simon Barjone en ayant les clefs, ainsi qu’il est d’usage d’avoir les clefs d’un royaume ; la terre étant prête à se renouveler ; la Jérusalem céleste commençant à être bâtie, comme de fait elle fut bâtie dans l’Apocalypse, et parut dans l’air pendant quarante nuits de suite ; toutes ces grandes choses augmentèrent le nombre des croyants. Ceux qui avaient quelque argent le donnèrent à la communauté, et on se servit de cet argent pour attirer des gueux au parti, la canaille étant d’une nécessité absolue pour établir toute nouvelle secte. Car les pères de famille qui ont pignon sur rue sont tièdes ; et les hommes puissants qui se moquent longtemps d’une superstition naissante, ne l’embrassent que quand ils peuvent s’en servir pour leurs intérêts, et mener le peuple avec le licou qu’il s’est fait lui-même.

 

          Les religions dominantes, la grecque, la romaine, l’égyptiaque, la syriaque, avaient leurs mystères. La secte christiaque voulut avoir les siens aussi. Chaque société christiaque eut donc ses mystères, qui n’étaient pas communiqués aux catéchumènes, et que les baptisés juraient sous les plus horribles serments de ne jamais révéler. Le baptême des morts était un de ces mystères ; et cette singulière superstition dura si longtemps que Jean Chrysostôme ou bouche d’or, qui mourut au cinquième siècle, dit à propos de ce baptême des morts qu’on reprochait tant aux chrétiens : « Je voudrais m’expliquer plus clairement, mais je ne le puis qu’à des initiés. On nous met dans un triste défilé ; il faut ou être inintelligible, ou trahir des mystères que nous devons cacher. »

 

          Les chrétiens, en minant sourdement la religion dominante, opposaient donc mystères à mystères, initiation à initiation, oracles à oracles, miracles à miracles.

 

 

 

1 – Voyez Grabe, Bingham, Fabricius. (Voltaire.)

 

 

 

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Shana lilie 19/10/2017 02:36

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