CORRESPONDANCE - Année 1778 - Partie 9

Publié le par loveVoltaire

CORRESPONDANCE - Année 1778 - Partie 9

Photo de PAPAPOUSS

 

 

 

 

 

à M. le marquis d’Argence de Dirac.

 

Paris, le 30 Avril 1778 (1).

 

 

          Votre vieil ami de quatre-vingt-quatre ans, mon cher marquis, est bien consolé de ses maux par votre souvenir.

 

          Nous sommes bien malades, madame Denis et moi, dans une maison charmante. J’ai eu le plaisir de voir un de vos aimables enfants. Mes consolations viennent de vous. Mon triste état ne me permet pas d’en dire davantage, et je ne pourrais rien ajouter aux tendres sentiments que je conserverai pour vous toute ma vie.

 

 

1 – Editeurs de Cayrol et A. François. (G.A.)

 

 

 

 

 

à M. de Vaines.

 

Jeudi 7 Mai, quai des Théatins.

 

 

          Le vieux malade V. abuse peut-être un peu des bontés de M. de Vaines ; mais il le supplie de vouloir bien donner cours à cette lettre pour l’ami Wagnière. Il lui sera très obligé. Il lui fait les plus tendres compliments.

 

 

 

 

 

à M. l’abbé de l’Attaignant.

 

A Paris, le 16 Mai 1778.

 

 

L’Attaignant chanta les belles (1) ;

Il trouva peu de cruelles,

Car il sut plaire comme elles :

Aujourd’hui, plus généreux,

Il fait des chansons nouvelles

Pour un vieillard malheureux.

Je supporte avec constance

Ma longue et triste existence,

Sans l’erreur de l’espérance :

Mais vos vers m’ont consolé ;

C’est la seule jouissance

De mon esprit accablé.

 

 

          Je ne peux aller plus loin, monsieur : M. Tronchin, témoin du triste état où je suis, trouverait trop étrange que je répondisse en mauvais vers à vos charmants couplets. L’esprit d’ailleurs se ressent trop des tourments du corps ; mais le cœur du vieux Voltaire est plein de vos bontés.

 

 

1 – Ces vers ont la même coupe que ceux de l’Attaignant à Voltaire. (G.A.)

 

 

 

 

 

à M. le docteur Tronchin. (1)

 

(D’une écriture tremblée.)

 

 

 

 

          Votre vieux malade a la fièvre. Son corps glorieux a les jambes fort enflées et parsemées de taches rouges. Il voulait ce matin se transporter au temple d’Esculape ; il ne le peut.

 

 

1 – Editeurs, de Cayrol et A. François. (G.A.)

 

 

 

 

 

à M. le docteur Tronchin. (1)

 

 

 

 

          Le patient de la rue de Beaune a eu toute la nuit et a encore des convulsions d’une toux violente. Il a vomi trois fois du sang. Il demande pardon de donner tant de peine pour un cadavre (2).

 

 

1 – Editeurs, de Cayrol et A. François. (G.A.)

 

2 – A ce billet est collée, avec deux pains à cacheter, une carte à jouer où on lit, de la main de Voltaire :

 

 

Non cecidit.

Panem mitto. Non in solo pane vivit homo, sed in omni verbo quod oritur ex ore Tronchin. – V.

 

 

On trouve des expressions analogues dans les Concordiœ Bibliorum : On pense que ce mot, Panem mitto, peut se rapporter à quelque ouvrage philosophique que Voltaire adressait à Tronchin et qu’il considérait comme son pain quotidien. (A. François.)

 

 

 

 

 

à M. le comte de Lally.

 

26 Mai 1778.

 

 

          Le mourant ressuscite en apprenant cette grande nouvelle (1) ; il embrasse bien tendrement M. de Lally ; il voit que le roi est le défenseur de la justice : il mourra content (2).

 

 

1 – La cassation de l’arrêt du parlement qui avait condamné Lally père. Voyez, les Fragments sur l’Inde. (G.A.)

2 – M. de Voltaire était au lit de la mort quand on lui fit part de cet événement ; il sembla se ranimer pour écrire ce billet, qui peut être regardé comme le dernier soupir de ce grand hommes ; il retomba, après l’avoir écrit, dans l’accablement dont il n’est plus sorti, et expira le 30 de mai 1778, âgé de quatre-vingt-quatre ans et quelques mois. (K.)

 

 

 

F I N DE LA CORRESPONDANCE

 

CORRESPONDANCE - Année 1778 - Partie 9
CORRESPONDANCE - Année 1778 - Partie 9

TRANSFERT DES CENDRES DE VOLTAIRE

(LE 11 JUILLET 1791, 3 ANS APRÈS SA MORT.)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commenter cet article