THÉÂTRE - Les lois de Minos - Partie 5

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THÉÂTRE - Les lois de Minos - Partie 5

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LES LOIS DE MINOS.

 

 

 

 

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ACTE DEUXIÈME.

 

 

 

 

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SCÈNE I.

 

 

 

DICTIME, GARDES ; DATAME,

LES CYDONIENS, dans le fond.

 

 

 

 

DICTIME.

 

Où sont ces députés envoyés à mon maître ?

Qu’on les fasse approcher … Mais je les vois paraître.

Quel est celui de vous dont Datame est le nom ?

 

DATAME.

 

C’est moi.

 

DICTIME.

 

Quel est celui qui porte une rançon,

Et qui croit, par des dons aux Crétois inutiles,

Racheter des captifs enfermés dans nos villes ?...

 

DATAME.

 

Nous ne rougissons pas de proposer la paix.

Je l’aime, je la veux, sans l’acheter jamais.

Le vieillard Azémon, que mon pays révère,

Qui m’instruisit à vaincre, et qui me sert de père,

S’est chargé, m’a-t-il dit, de mettre un digne prix

A nos concitoyens, par les vôtres surpris.

Nous venons les tirer d’un infâme esclavage,

Nous venons pour traiter.

 

DICTIME.

 

Est-il ici ?

 

DATAME.

 

Son âge

A retardé sa course, et je puis, en son nom,

De la belle Astérie annoncer la rançon.

Du sommet des rochers qui divisent les nues

J’ai volé, j’ai franchi des routes inconnues,

Tandis que ce vieillard, qui nous suivra de près,

A percé les détours de nos vastes forêts ;

Par le fardeau des ans sa marche est ralentie.

 

DICTIME.

 

Il apporte, dis-tu, la rançon d’Astérie ?

 

DATAME.

 

Oui. J’ignore à ton roi ce qu’il peut présenter ;

Cydon ne produit rien qui puisse vous flatter.

Vous allez ravir l’or au sein de la Colchide ;

Le ciel nous a privés de ce métal perfide ;

Dans notre pauvreté que pouvons-nous offrir ?

 

DICTIME.

 

Votre cœur et vos bras, dignes de nous servir.

 

DATAME.

 

Il ne tiendra qu’à vous ; longtemps nos adversaires,

Si vous l’aviez voulu, nous aurions été frères.

Ne prétendez jamais parler en souverains ;

Remettez, dès ce jour, Astérie en nos mains.

 

DICTIME.

 

Sais-tu quel est son sort ?

 

DATAME.

 

Elle me fut ravie.

A peine ai-je touché cette terre ennemie :

J’arrive : je demande Astérie à ton roi,

A tes dieux, à ton peuple, à tout ce que je voi ;

Je viens ou la reprendre ou périr avec elle.

Une Hélène coupable, une illustre infidèle,

Arma dix ans vos Grecs indignement séduits ;

Une cause plus juste ici nous a conduits ;

Nous vous redemandons la vertu la plus pure :

Rendez-moi mon seul bien, réparez mon injure.

Tremblez de m’outrager ; nous avons tous promis

D’être jusqu’au tombeau vos plus grands ennemis ;

Nous mourrons dans les murs de vos cités en flammes

Sur les corps expirants de vos fils, de vos femmes…

 

 

(A Dictime.)

 

 

Guerrier, qui que tu sois, c’est à toi de savoir

Ce que peut le courage armé du désespoir.

Tu nous connais : préviens le malheur de la Crète.

 

 

DICTIME.

 

Nous savons réprimer cette audace indiscrète.

J’ai pitié de l’erreur qui paraît t’emporter.

Tu demandes la paix, er viens nous insulter !

Calme tes vains transports ; apprends, jeune barbare,

Que pour toi, pour les tiens, mon prince se déclare ;

Qu’il épargne souvent le sang qu’on veut verser ;

Qu’il punit à regret, qu’il sait récompenser :

Qu’intrépide aux combats, clément dans la victoire,

Il préfère surtout la justice à la gloire ;

Mérite de lui plaire.

 

DATAME.

 

Et quel est donc ce roi ?

S’il est grand, s’il est bon, que ne vient-il à moi ?

Je veux l’entretenir.

 

DICTIME.

 

Le chef de l’ambassade

Doit paraître au sénat avec tes compagnons.

Il faut se conformer aux lois des nations.

 

DATAME.

 

Est-ce ici son palais ?

 

DICTIME.

 

Non ; ce vaste édifice

Est le temple où des dieux j’ai prié la justice

De détourner de nous les fléaux destructeurs,

D’éclairer les humains, de les rendre meilleurs.

Minos bâtit ces murs fameux dans tous les âges,

Et cent villes de Crète y portent leurs hommages.

 

DATAME.

 

Qui, Minos ? ce grand fourbe, et ce roi si cruel ?

Lui, dont nous détestons et le trône et l’autel ;

Qui le teignit de sang ? lui ont la race impur

Par des amours affreux étonna la nature ?

Lui, qui du poids des fers nous voulut écraser,

Et qui donna des lois pour nous tyranniser ?

Lui, qui du plus pur sang que votre Grèce honore

Nourrit sept ans ce monstre appelé Minotaure ?

Lui, qu’enfin vous peignez, dans vos mensonges vains,

Au bord de l’Achéron jugeant tous les humains,

Et qui ne mérita, par ses fureurs impies,

Que d’éternels tourments sous les mains des furies ?

Parle : est-ce là ton sage ? est-ce là ton héros ?

Crois-tu nous effrayer à ce nom de Minos ?

Oh ! que la renommée est injuste et trompeuse !

Sa mémoire à la Grèce est encor précieuse :

Ses lois et ses travaux sont par nous abhorrés.

On méprise en Cydon ce que vous adorez ;

On y voit en pitié les fables ridicules

Que l’imposture étale à vos peuples crédules.

 

DICTIME.

 

Tout peuple a ses abus, et les nôtres sont grands ;

Mais nous avons un prince ennemi des tyrans,

Ami de l’équité, dont les lois salutaires

Aboliront bientôt tant de lois sanguinaires.

Prends confiance en lui, sois sûr de ses bienfaits :

Je jure par les dieux…

 

DATAME.

 

Ne jure point ; promets…

Promets-nous que ton roi sera juste et sincère ;

Qu’il rendra dès ce jour Astérie à son père …

De ses autres bienfaits nous pouvons le quitter.

Nous n’avons rien à craindre et rien à souhaiter ;

La nature pour nous fut assez bienfaisante :

Au creux de nos vallons sa main toute-puissante

A prodigué ses biens pour prix de nos travaux ;

Nous possédons les airs, et la terre, et les eaux ;

Que nous faut-il de plus ? Brillez dans vos cent villes

De l’éclat fastueux de vos arts inutiles ;

La culture des champs, la guerre, sont nos arts ;

L’enceinte des rochers a formé nos remparts :

Nous n’avons jamais eu, nous n’aurons point de maître.

Nous voulons des amis ; méritez-vous de l’être ?

 

DICTIME.

 

Oui, Teucer en est digne ; oui, peut-être aujourd’hui,

En le connaissant mieux, vous combattrez pour lui.

 

DATAME.

 

Nous !

 

DICTIME.

 

Vous-même. Il est temps que nos haines finissent,

Que, pour leur intérêt, nos deux peuples s’unissent.

Je ne te réponds pas que ta dure fierté

Ne puisse de mon roi blesser la dignité ;

 

 

(A sa suite.)

 

 

Mais il l’estimera. Vous, allez ; qu’on prépare

Ce que les champs de Crète ont produit de plus rare ;

Qu’on traite avec respect ces guerriers généreux.

 

 

(Ils sortent.)

 

 

Puissent tous les Crétois penser un jour comme eux !

Que leur franchise est noble, ainsi que leur courage !

Le lion n’est point né pour souffrir l’esclavage :

Qu’ils soient nos alliés, et non pas nos sujets.

Leur mâle liberté peut servir nos projets.

J’aime mieux leur audace et leur candeur hautaine

Que les lois de la Crète, et tous les arts d’Athène.

 

 

 

 

 

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