SIECLE DE LOUIS XIV - CATALOGUE - Peintres - Partie 35

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SIECLE DE LOUIS XIV - CATALOGUE - Peintres - Partie 35

Photo de PAPAPOUSS

 

 

 

 

 

 

CATALOGUE

 

DE LA PLUPART DES ARTISTES CÉLÈBRES

 

QUI ONT PARU DANS LE SIÈCLE DE LOUIS XIV,

 

Pour servir à l’histoire littéraire de ce temps.

 

 

 

 

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PEINTRES.

 

 

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          Il n’en est pas de la peinture comme de la musique. Une nation peut avoir un chant qui ne plaise qu’à elle, parce que le génie de sa langue n’en admettra pas d’autres ; mais les peintres doivent représenter la nature, qui est la même dans tous les pays, et qui est vue avec les mêmes yeux.

 

          Il faut, pour qu’un peintre ait une juste réputation, que ses ouvrages aient un prix chez les étrangers. Ce n’est pas assez d’avoir un petit parti, et d’être loué dans de petits livres ; il faut être acheté.

 

          Ce qui resserre quelquefois les talents des peintres est ce qui semblerait devoir les étendre ; c’est le goût académique ; c’est la manière qu’ils prennent d’après ceux qui président. Les académies sont sans doute très utiles pour former des élèves, surtout quand les directeurs travaillent dans le grand goût : mais, si le chef a le goût petit, si sa manière est aride et léchée, si les figures grimacent, si ses tableaux sont peints comme les éventails, les élèves, subjugués par l’imitation ou par l’envie de plaire à un mauvais maître, perdent entièrement l’idée de la belle nature. Il y a une fatalité sur les académies : aucun ouvrage qu’on appelle académique n’a été encore, en aucun genre, un ouvrage de génie. Donnez-moi un artiste tout occupé de la crainte de ne pas saisir la manière de ses confrères, ses productions seront compassées et contraintes. Donnez-moi un homme d’un esprit libre, plein de la nature qu’il copie, il réussira. Presque tous les artistes sublimes, ou ont fleuri avant les établissements des académies, ou ont travaillé dans un goût différent de celui qui régnait dans ces sociétés (*).

 

          Corneille, Racine, Despréaux, Lesueur, Lemoine, non-seulement prirent une route différente de leurs confrères, mais ils les avaient presque tous pour ennemis.

 

 

* Tout cet alinéa serait signé volontiers par Diderot, le grand critique d’art. (G.A.)

 

 

 

 

 

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POUSSIN (Nicolas)

 

1594 - 1665

 

 

Né aux Andelys, en Normandie, en 1594, fut l’élève de son génie ; il se perfectionna à Rome. On l’appelle le peintre des gens d’esprit ; on pourrait aussi l’appeler celui des gens de goût. Il n’a d’autre défaut que celui d’avoir outré le sombre du coloris de l’école romaine. Il était, dans son temps, le plus grand peintre de l’Europe. Rappelé de Rome à Paris, il y céda à l’envie et aux cabales ; il se retira : c’est ce qui est arrivé à plus d’un artiste. Le Poussin retourna à Rome, où il vécut pauvre, mais content. Sa philosophie le mit au-dessus de la fortune. Mort en 1665.

 

 

 

 

 

LESUEUR (Eustache)

 

1617 - 1655

 

 

Né à Paris, en 1617, n’ayant eu que Vouët pour maître, devint cependant un peintre excellent. Il avait porté l’art de la peinture au plus haut point, lorsqu’il mourut, à l’âge de trente-huit ans, en 1655.

 

 

 

 

 

BOURDON et le VALENTIN

 

 

 

 

Ont été célèbres. Trois des meilleurs tableaux qui ornent l’église de Saint-Pierre de Rome sont du Poussin, du Bourdon, et du Valentin.

 

 

 

 

 

LEBRUN (Charles)

 

1619 - 1690

 

 

Né à Paris en 1619. A peine eut-il développé son talent, que le surintendant Fouquet, l’un des plus généreux et des plus malheureux hommes qui aient jamais été, lui donna une pension de vingt-quatre mille livres de notre monnaie d’aujourd’hui. Il est à remarquer que son tableau de la Famille de Darius, qui est à Versailles, n’est point effacé par le coloris du tableau de Paul de Véronèse, qu’on voit à côté, et le surpasse beaucoup par le dessin, la composition, la dignité, l’expression, et la fidélité du costume. Les estampes de ses tableaux des batailles d’Alexandre sont encore plus recherchées que les batailles de Constantin, par Raphaël et par Jules Romain. Mort en 1690.

 

 

 

 

 

MIGNARD (Pierre)

 

1610 - 1695

 

 

Né à Troyes en Champagne, en 1610, fut le rival de Lebrun pendant quelque temps ; mais il ne l’est pas aux yeux de la postérité. Mort en 1695.

 

 

 

 

 

GELÉE (Claude) dit LE LORRAIN.

 

? - 1678

 

 

Son père, qui en voulait faire un garçon pâtissier, ne prévoyait pas qu’un jour son fils ferait des tableaux qui seraient regardés comme ceux d’un des premiers paysagistes de l’Europe. Mort à Rome, en 1678.

 

 

 

 

 

CAZES (Pierre-Jacques)

 

? - ?

 

 

On a de lui des tableaux qui commencent à être d’un grand prix. On rend trop tard justice, en France, aux bons artistes. Leurs ouvrages médiocres y font trop de tort à leurs chefs-d’œuvre. Les Italiens, au contraire, passent chez eux le médiocre en faveur de l’excellent. Chaque nation cherche à se faire avoir. Les Français font valoir les autres nations en tout genre.

 

 

 

 

 

PARROCEL (Joseph)

 

1648 - 1704

 

 

Bon peintre, et surpassé par son fils. Mort en 1704.

 

 

 

 

 

JOUVENET (Jean)

 

1644 - 1717

 

 

Né à Rouen en 1644 (*), élève de Lebrun, inférieur à son maître, quoique bon peintre. Il a peint presque tous les objets d’une couleur un peu jaune. Il les voyait de cette couleur par une singulière conformation d’organes. Devenu paralytique du bras droit, il s’exerça à peindre de la main gauche, et on a de lui de grandes compositions exécutées de cette manière. Mort en 1717.

 

 

* En 1647.

 

 

 

 

 

SANTERRE (Jean-Baptiste)

 

1651 - 1717

 

 

Il y a de lui des tableaux de chevalet admirables, d’un coloris vrai et tendre. Son tableau d’Adam et d’Eve est un des plus beaux qu’il y ait en Europe. Celui de sainte Thérèse, dans la chapelle de Versailles, est un chef-d’œuvre de grâce ; et on ne lui a reproché que d’être trop voluptueux pour un tableau d’autel. Né en 1651. Mort en 1717.

 

 

 

 

 

LA FOSSE (Charles de)

 

? - ?

 

 

Il s’est distingué par un mérite à peu près semblable.

 

 

 

 

 

BOULLONGNE (Bon)

 

? - ?

 

 

Excellent peintre ; la preuve en est que ses tableaux sont vendus fort cher.

 

 

 

 

 

BOULLONGNE (Louis)

 

? - ?

 

 

Ses tableaux, qui ne sont pas sans mérite, sont moins recherchés que ceux de son frère.

 

 

 

 

 

RAOUX

 

? - ?

 

 

Peintre inégal ; mais, quand il a réussi, il a égalé le Rembrandt.

 

 

 

 

 

RIGAUD (Hyacinthe)

 

1663 - 1743

 

 

Né à Perpignan en 1663. Quoiqu’il n’ait guère de réputation que dans le portrait, le grand tableau où il a représenté le cardinal de Bouillon ouvrant l’année sainte est un chef-d’œuvre égal aux plus beaux ouvrages de Rubens. Mort en 1743.

 

 

 

 

 

DETROY (François)

 

? - ?

 

 

Il a travaillé dans le goût de Rigaud. On a de son fils des tableaux d’histoire estimés.

 

 

 

 

 

WATTEAU (Antoine)

 

? - ?

 

 

Il a été dans le gracieux à peu près ce que Téniers a été dans le grotesque. Il a fait des disciples dont les tableaux sont recherchés.

 

 

 

 

 

LEMOINE

 

1688 - 1737

 

 

Né à Paris en 1688, a peut-être surpassé tous ces peintres par la composition du Salon d’Hercule, à Versailles. Cette apothéose d’Hercule était une flatterie pour le cardinal Hercule de Fleury, qui n’avait rien de commun avec l’Hercule de la fable. Il eût mieux valu, dans le salon d’un roi de France, représenter l’apothéose de Henri IV. Lemoine, envié de ses confrères, et se croyant mal récompensé du cardinal, se tua de désespoir en 1737.

 

 

 

 

 

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          Quelques autres ont excellé à peindre des animaux, comme DESPORTES et OUDRY ; d’autres ont réussi dans la miniature ; plusieurs dans le portrait. Quelques peintres, et surtout le célèbre VANLOO, se sont distingués depuis dans de plus grands genres ; et il est à croire que cet art ne périra pas.

 

 

 

 

 

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