SIECLE DE LOUIS XIV - CATALOGUE - Écrivains - Partie 30 - S

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SIECLE DE LOUIS XIV - CATALOGUE - Écrivains - Partie 30 - S

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CATALOGUE

 

DE LA PLUPART DES ÉCRIVAINS FRANÇAIS

 

QUI ONT PARU DANS LE SIÈCLE DE LOUIS XIV,

 

Pour servir à l’histoire littéraire de ce temps.

 

 

 

 

______________

 

 

 

 

SANDRAS

 

 

 

 

Voyez COURTILZ.

 

 

 

 

 

SANLECQUE (Louis)

 

1650 - 1714

 

 

Né à Paris en 1650 (*), chanoine régulier, poète qui a fait quelques jolis vers. C’est un des effets du siècle de Louis XIV que le nombre prodigieux de poètes médiocres dans lesquels on trouve des vers heureux. La plupart de ces vers appartiennent au temps, et non au génie. Mort en 1714.

 

 

* En 1652. (G.A.)

 

 

 

 

SANSON (Nicolas)

 

1600 - 1667

 

 

Né à Abbeville en 1600 ; le père de la géographie, avant Guillaume Delisle. Mort en 1667. Ses deux fils héritèrent de son mérite.

 

 

 

 

 

SANTEUIL (Jean-Baptiste)

 

1630 - 1697

 

 

Né à Paris en 1630. Il passe pour excellent poète latin, si on peut l’être, et ne pouvait faire des vers français. Ses hymnes sont chantées dans l’Eglise. Comme je n’ai point vécu chez Mécène entre Horace et Virgile, j’ignore si ces hymnes sont aussi bonnes qu’on le dit ; si, par exemple, Orbis redemptor nunc redemptus n’est pas un jeu de mots puéril. Je me défie beaucoup des vers modernes latins. Mort en 1697.

 

 

 

 

 

SARASIN (Jean-François)

 

1603 - 1654

 

 

Né près de Caen en 1603, a écrit agréablement en prose et en vers. Mort en 1654.

 

 

 

 

 

SAUMAISE (Claude)

 

1588 - 1653

 

 

Né en Bourgogne en 1588, retiré à Leyde pour être libre, homme d’une érudition immense. On prétend que le cardinal de Richelieu lui offrit une pension de douze mille francs pour revenir en France, à condition qu’il écrirait à la gloire de ce ministre, et même qu’il écrirait sa Vie ; mais Saumaise aimait trop la liberté, et haïssait trop celui qu’il regardait comme le plus grand ennemi de cette même liberté, pour accepter ses offres. Le roi d’Angleterre, Charles II, l’engagea à composer le Cri du sang royal contre les parricides de Charles Ier . Le livre ne répondit pas à la réputation de l’auteur : Milton, auteur d’un poème barbare, quelquefois sublime, sur la pomme d’Adam, et le modèle de tous les poèmes barbares tirés de l’ancien Testament, réfuta Saumaise, mais le réfuta comme une bête féroce combat un sauvage. Ces deux ouvrages, d’un pédantisme dégoûtant, sont tombés dans l’oubli. Les noms des auteurs n’ont pas péri. Mort en 1653.

 

 

 

 

 

SAURIN (Jacques)

 

1677 - 1730

 

 

Né à Nîmes en 1677. Il passa pour le meilleur prédicateur des Eglises réformées. Cependant on lui reproche, comme à tous ses confrères, ce qu’on appelle le style réfugié. « Il est difficile, dit-il, que ceux qui ont sacrifié leur patrie à leur religion parlent leur langue avec pureté, etc. » De son temps, cependant, le français ne s’était pas corrompu en Hollande comme il l’est aujourd’hui. Bayle n’avait point le style réfugié ; il ne péchait que par une familiarité qui approche quelquefois de la bassesse. Les défauts du langage des pasteurs calvinistes venaient de ce qu’ils copiaient les phrases incorrectes des premiers réformateurs ; de plus, presque tous ayant été élevés à Saumur, en Poitou, en Dauphiné ou en Languedoc, ils conservaient les manières de parler vicieuses de la province. On créa pour Saurin une place de ministre de la noblesse à La Haye. Il était savant, et homme de plaisir. Mort en 1730.

 

 

 

 

 

SAURIN (Joseph)

 

1659 - 1737

 

 

Né près d’Orange en 1659, de l’Académie des sciences. C’était un génie propre à tout ; mais on n’a de lui que des extraits du Journal des savants, quelques mémoires de mathématiques, et son fameux factum contre Rousseau. Ce procès, si malheureusement célèbre, fit rechercher toute sa vie, et servit à susciter contre lui les plus infâmes accusations. Rousseau, réfugié en Suisse, et sachant que son ennemi avait été pasteur de l’Eglise réformée à Bercher, dans le bailliage d’Yverdun, remua tout pour avoir des témoignages contre lui. Il faut savoir que Joseph Saurin, dégoûté de son ministère, livré à la philosophie et aux mathématiques, avait préféré la France sa patrie, la ville de Paris, et l’Académie des sciences, au village de Bercher. Pour remplir ce dessein, il avait fallu rentrer dans le sein de l’Eglise romaine, et il y rentra dès l’année 1690. L’évêque de Meaux, Bossuet, crut avoir converti un ministre et il ne fit que servir à la petite fortune d’un philosophe. Saurin retourna en Suisse plusieurs années après, pour y recueillir quelques biens de sa femme, qu’il avait persuadée de quitter aussi la religion réformée. Les magistrats le décrétèrent de prise de corps, comme un pasteur apostat qui avait fait apostasier sa femme.

 

          Cela se passait en 1712, après le fameux procès de Rousseau ; et Rousseau était à Soleure précisément dans ce temps-là. Ce fut alors que les accusations les plus flétrissantes éclatèrent contre Saurin. On lui imputa d’anciens délits qui auraient mérité la corde ; on produisit ensuite contre lui une ancienne lettre, dans laquelle il avait fait lui-même, disait-on, la confession de ses crimes à un pasteur de ses amis.

 

          Enfin, pour comble d’indignité, on eut la bassesse cruelle d’imprimer ces accusations et cette lettre dans plusieurs journaux, dans le supplément de Bayle, dans celui de Moréri ; nouveau moyen malheureusement inventé pour flétrir un homme dans l’Europe. C’est étrangement avilir la littérature que de faire d’un dictionnaire un greffe criminel, et de souiller d’opprobres scandaleux des ouvrages qui ne doivent être que le dépôt des sciences ; ce n’était pas, sans doute, l’intention des premiers auteurs de ces archives de la littérature, qu’on a depuis infectées de tant d’additions aussi erronées qu’odieuses. L’art d’écrire est devenu souvent un vil métier, dans lequel des libraires qui ne savent pas lire  payent des mensonges et des futilités, à tant la feuille, à des écrivains mercenaires qui ont fait de la littérature la plus lâche des professions. Il n’est pas permis au moins de consigner dans un dictionnaire des accusations criminelles, et de s’ériger en délateur sans avoir des preuves juridiques. J’ai été à portée d’examiner ces accusations contre Joseph Saurin ; j’ai parlé au seigneur de la terre de Bercher, dans laquelle Saurin avait été pasteur ; je me suis adressé à toute la famille du seigneur de cette terre : lui et tous ses parents m’ont dit unanimement qu’ils n’avaient jamais vu l’original de la lettre imputée à Saurin  ils m’ont tous marqué la plus vive indignation contre l’abus scandaleux dont on a chargé les suppléments aux dictionnaires de Bayle et de Moréri ; et cette juste indignation qu’ils m’ont témoignée doit passer dans le cœur de tous les honnêtes gens. J’ai en main les attestations de trois pasteurs, qui avouent « qu’ils n’ont jamais vu l’original de cette prétendue lettre de Saurin, ni connu personne qui l’eût vue, ni ouï dire qu’elle eût été adressée à aucun pasteur du pays de Vaud, et qu’ils ne peuvent qu’improuver l’usage qu’on a fait de cette pièce (*). »

 

Joseph Saurin mourut en 1737, en philosophe intrépide qui connaissait le néant de toutes les choses de ce monde, et plein du plus profond  mépris pour tous ces vains préjugés, pour toutes ces disputes, pour ces opinions erronées qui surchargent d’un nouveau poids les malheurs innombrables de la vie humaine (**).

 

Joseph Saurin a laissé un fils d’un vrai mérite, auteur d’une tragédie de Spartacus, dans laquelle il y a des traits comparables à ceux de la plus grande force de Corneille (***).

 

 

* Il est bon de remarquer que ce certificat est de 1757, vingt ans après la mort de Saurin ; cependant les prédicants suisses voulurent déposer les trois dignes pasteurs qui avaient signé suivant leur conscience : tant la haine théologique est implacable, et tant l’hypocrite intolérance de Calvin a jeté de profondes racines dans les pays qu’il a infectés de son esprit. (K.)

 

** La fin de cet article fut bien des fois remaniée. Et d’abord il ne s’agissait pas de certificat en 1751. Ce ne fut qu’en 1757 que Voltaire reçut cette pièce et qu’il l’imprima pour donner satisfaction à Joseph Saurin fils. Mais, le certificat ayant été attaqué, Voltaire n’en donna plus que l’extrait qu’on lit aujourd’hui. Voici, du reste, ce qui se trouvait dans l’édition de 1757 :

 

«Depuis que cet article a été composé, j’ai en main la déclaration suivante ; elle doit fermer la bouche à ceux qui ont voulu décrier un philosophe :

 

« Nous, les pasteurs de l’Eglise de Lausanne, canton de Berne, en Suisse, déclarons que, requis de dire ce que nous pouvons savoir d’une accusation intentée contre feu M. Joseph Saurin, ci-devant pasteur de la baronnie de Bercher, au bailliage d’Yverdun, et touchant une lettre imputée audit sieur Saurin, dans laquelle il paraît s’accuser d’actions criminelles et honteuses, ladite lettre et ladite imputation étant imprimées dans les Suppléments aux Dictionnaires de Bayle et de Moréri, nous déclarons n’avoir jamais vu l’original de cette prétendue lettre, ni connu personne qui l’ait vue, ni ouï dire qu’elle ait été adressée à aucun pasteur de ce pays ; en sorte que nous ne pouvons qu’improuver l’usage qu’on a fait de ladite pièce. En foi de quoi nous nous sommes signés. Ce 30 mars 1757, à Lausanne. Abraham de Crousaz, premier pasteur de l’Eglise de Lausanne, et doyen ; N. Polier de Bottens, remier pasteur de l’Eglise de Lausanne ; Daniel Povillard, pasteur. »

 

Sur cette affaire, voyez encore aux MÉLANGES, Réfutation d’un écrit anonyme concernant la mémoire de feu Joseph Saurin, et Mémoire et Requête. (G.A.)

 

*** Cet alinéa est de 1763. (G.A.)

 

 

 

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