THÉÂTRE : L'ÉCOSSAISE - Partie 15

Publié le par loveVoltaire

THÉÂTRE : L'ÉCOSSAISE - Partie 15

Photo de PAPAPOUSS

 

 

 

 

 

 

L’ÉCOSSAISE.

 

 

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SCÈNE III.

 

 

LORD MURRAY, POLLY.

 

 

 

 

 

LORD MURRAY, seul un moment.

 

          Un vieux gentilhomme arrivé d’Ecosse, Lindane née dans le même pays ! Hélas ! s’il était possible que je pusse réparer les torts de mon père ? si le ciel permettait ! … Entrons.

 

(à Polly, qui sort de la chambre de Lindane.)

 

          Chère Polly, n’es-tu pas bien étonnée que j’aie passé tant de temps sans venir ici ? deux jours entiers !… je ne me le pardonnerais jamais, si je ne les avais employés pour la respectable fille de milord Monrose : les ministres étaient à Windsor ; il a fallu y courir. Va, le ciel t’inspira bien quand tu te rendis à mes prières, et que tu m’appris le secret de sa naissance.

 

POLLY.

 

          J’en tremble encore ; ma maîtresse me l’avait tant défendu ! Si je lui donnais le moindre chagrin, je mourrais de douleur. Hélas ! votre absence lui a causé aujourd’hui un assez long évanouissement, et je ne sais comment j’ai eu assez de forces pour la secourir.

 

LORD MURRAY.

 

          Tiens, voilà pour le service que tu lui as rendu.

 

POLLY.

 

          Milord, j’accepte vos dons : je ne suis pas si fière que la belle Lindane, qui n’accepte rien, et qui feint d’être à son aise, quand elle est dans la plus extrême indigence.

 

LORD MURRAY.

 

          Juste ciel ! la fille de Monrose dans la pauvreté ! malheureux que je suis ! que m’as-tu dit ? combien je suis coupable ! que je vais tout réparer ! que son sort changera : Hélas ! pourquoi me l’a-t-elle caché ?

 

POLLY.

 

          Je crois que c’est la seule fois de sa vie qu’elle vous trompera.

 

LORD MURRAY.

 

          Entrons, entrons vite ; jetons-nous à ses pieds : c’est trop tarder.

 

POLLY.

 

          Ah ! milord, gardez-vous-en bien, elle est actuellement avec un gentilhomme, si vieux, si vieux, qui est de son pays, et ils se disent des choses si intéressantes !

 

LORD MURRAY.

 

          Quel est-il ce vieux bonhomme, pour qui je m’intéresse déjà comme elle ?

 

POLLY.

 

          Je l’ignore.

 

LORD MURRAY.

 

          O destinée ! juste ciel ! pourrais-tu faire que cet homme fût ce que je désire qu’il soit ? Et que se disaient-ils, Polly ?

 

POLLY.

 

          Milord, ils commençaient à s’attendrir ; et comme ils s’attendrissaient, ce bon homme n’a pas voulu que je fusse présente, et je suis sortie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SCÈNE IV.

 

 

LADY ALTON, LORD MURRAY, POLLY.

 

 

 

 

 

 

LADY ALTON.

 

          Ah ! je vous y prends enfin, perfide ! me voilà sûre de votre inconstance, de mon opprobre, et de votre intrigue.

 

LORD MURRAY.

 

          Oui, madame, vous êtes sûre de tout.

 

(A part.)

 

          Quel contre-temps effroyable !

 

LADY ALTON.

 

          Monstre ! perfide !

 

LORD MURRAY.

 

          Je puis être un monstre à vos yeux, et je n’en suis pas fâché ; mais pour perfide, je suis très loin de l’être : ce n’est pas mon caractère. Avant d’en aimer une autre, je vous ai déclaré que je ne vous aimais plus.

 

LADY ALTON.

 

          Après une promesse de mariage ! scélérat ! après m’avoir juré tant d’amour !

 

LORD MURRAY.

 

          Quand je vous ai juré de l’amour, j’en avais ; quand je vous ai promis de vous épouser, je voulais tenir ma parole.

 

LADY ALTON.

 

          Eh ! qui t’a empêché de tenir ta parole, parjure ?

 

LORD MURRAY.

 

          Votre caractère, vos emportements : je me mariais pour être heureux, et j’ai vu que nous ne l’aurions été ni l’un ni l’autre.

 

LADY ALTON.

 

          Tu me quittes pour une vagabonde, pour une aventurière.

 

LORD MURRAY.

 

          Je vous quitte pour la vertu, pour la douceur, et pour les grâces.

 

LADY ALTON.

 

          Traitre ! tu n’es pas où tu crois en être ; je me vengerai plus tôt que tu ne penses.

 

LORD MURRAY.

 

          Je sais que vous êtes vindicative, envieuse plutôt que jalouse, emportée plutôt que tendre : mais vous serez forcée à respecter celle que j’aime.

 

LADY ALTON.

 

          Allez, lâche, je connais l’objet de vos amours mieux que vous ; je sais qui elle est ; je sais qui est l’étranger arrivé aujourd’hui pour elle ; je sais tout : des hommes plus puissants que vous sont instruits de tout ; et bientôt on vous enlèvera l’indigne objet pour qui vous m’avez méprisée.

 

LORD MURRAY.

 

          Que veut-elle dire, Polly ? elle me fait mourir d’inquiétude.

 

LADY ALTON.

 

          Et moi, de peur. Nous sommes perdus.

 

LORD MURRAY.

 

          Ah ! madame, arrêtez-vous ; un mot ; expliquez-vous, écoutez…

 

LADY ALTON.

 

          Je n’écoute point, je ne réponds rien, je ne m’explique point. Vous êtes, comme je vous l’ai déjà dit, un inconstant, un volage, un cœur faux, un traître, un perfide, un homme abominable.

 

(Elle sort.)

 

 

 

 

 

SCÈNE V.

 

 

LORD MURRAY, POLLY.

 

 

 

 

 

 

 

LORD MURRAY.

 

          Que prétend cette furie ? que la jalousie est affreuse ! O ciel ! fais que je sois toujours amoureux et jamais jaloux ! Que veut-elle ? elle parle de faire enlever ma chère Lindane et cet étranger ; que veut-elle dire ? sait-elle quelque chose ?

 

POLLY.

 

          Hélas ! il faut vous l’avouer ; ma maîtresse est arrêtée par l’ordre du gouvernement : je crois que je le suis aussi ; et, sans un homme, qui est la bonté même, et qui a bien voulu être notre caution, nous serions en prison à l’heure que je vous parle : on m’avait fait jurer de n’en rien dire ; mais le moyen de se taire avec vous ?

 

LORD MURRAY.

 

          Qu’ai-je entendu ? quelle aventure ! et que de revers accumulés en foule ! Je vois que le nom de ta maîtresse est toujours suspect. Hélas ! ma famille a fait tous les malheurs de la sienne : le ciel, la fortune, mon amour, l’équité, la raison, allaient tout réparer ; la vertu m’inspirait ; le crime s’oppose à tout ce que je tente : il ne triomphera pas. N’alarme point ta maîtresse ; je cours chez le ministre ; je vais tout presser, tout faire. Je m’arrache au bonheur de la voir pour celui de la servir. Je cours, et je revole. Dis-lui bien que je m’éloigne parce que je l’adore.

 

(Il sort.)

 

POLLY.

 

          Voilà d’étranges aventures ! je vois que ce monde-ci n’est qu’un combat perpétuel des méchants contre les bons, et qu’on en veut toujours aux pauvres filles.

 

 

 

 

 

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